Une année de désenfumageBen oui, c'est une date, l'occasion de faire le point.
Je retourne encore régulièrement sur ce forum mais ne poste plus depuis des mois.
Un an sans clope pourrait-on dire, mais plutôt que de parler en négatif ("sans") je préfère parler en positif ("avec"). Il ne faut pas qualifier cette nouvelle vie de "sans" car sinon cela implique qu'il y un manque définitif de quelque chose, mais plutôt "avec", comme une vie en plus, en découverte, en remise en question et en expérience aussi.
Un an de vie avec de l'oxygène
Un an de vie avec des bonnes odeurs
Un an de vie avec de la liberté gagnée
Un an de vie avec un corps qui respire, qui cours plus vite, qui monte les escaliers...
Un an de vie avec une santé retrouvée
Un an de vie avec un esprit désenfumé, qui voit plus clair...
Evidemment, ça n'a pas été simple et le combat n'est jamais tout à fait gagné
Pour ma part, ce n'était pas ma première tentative. La première fois que j'ai tenter d'arrêter de fumer j'avais à peine 20 ans. J'ai aussi failli arrêter à 30, mais un deuil terrible m'a amené à stopper l'arrêt et à la différer jusqu'à... 40.
J'ai encore essayé à 40, deux fois 3 mois. Et c'est à chaque fois la tristesse, la déprime qui m'ont rattrapé. Comme dirait le Professeur Molimard, je n'étais pas encore arrivé à maturité.
Tout ça pour dire à ceux qui replongent que si c'est un échec, c'est aussi un apprentissage pour mieux arrêter, la fois suivante.
Arrêter en force, dans les larmes, je n'y crois pas. Oui pour les premiers jours, les premières semaines, mais vite, très vite, il faut apprendre à vivre sans tabac, à être "heureux sans tabac", à se reconstruire "avec de l'oxygène". Sinon, on a vite fait de replonger.
A 42 ans, même si j'ai passé largement plus de la moitié de ma vie à être fumeur, je sais que je renverserai un jour cet équilibre et que, sans jamais devenir un non-fumeur, j'ai une bonne chance d'arriver à rester un Ex-fumeur non frustré.
Différentes étapes,
Au début le sevrage physique qui dure des semaines, avant que les grosses sensations de manque disparaissent. En même temps j'ai l'habitude, j'ai déjà arrêté plusieurs semaines voir plusieurs mois.
Je fais du sport, je consacre beaucoup de temps à cet arrêt (d'ailleurs je n'arrive pas à bosser, à me concentrer), je mange des légumes et des fruits et bois beaucoup d'eau. Je prend un café chaque fois que l'envie est trop forte. Pas de patch et autre nicorette. Ca va passer...
3 mois
Record battu. J'arrive aux 3 mois sans être déprimé comme les autres fois. Il faut dire que j'ai arrêté à un moment où je n'avais pas vraiment la pêche donc je ne pouvais plus me dire que la clope allais me remettre sur pieds, que si je déprimais c'était à cause du manque. Et puis, j'ai continué le sport, j'ai continué à nourrir quotidiennement ma détermination. Les 3 mois, c'est aussi le signe du premier relâchement. On arrête de penser tout le temps au fait qu'on arrête, donc on risque de reprendre. Si on est pas déterminé à ce moment là, si on ne tient que sur les nerfs, c'est dur.
Six mois
Je tombe malade. 15 jours au lit. Plusieurs semaines à ne pas pouvoir faire un effort, à monter les escaliers comme un p'tit vieux. Plusieurs mois de profonde fatigue. Alors que j'avais beaucoup investi sur le sport pour arrêter, sur la santé retrouvée, il faut que je m'arme de patience... mais j'ai peux quand même vérifier que, tant qu'à être malade, autant être non fumeur, on est en moins mauvaise santé !
Neuf mois
Et puis le rythme se prend, on se sent incroyablement mieux dans son corps. Bien sûr, il y a des moment où l'on manque de quelque chose, mais de quoi ??? On ne sait pas, mais on sait que jusqu'à présent, c'était avec une cigarette qu'on répondait à la question.
Un an
Ma copine est parti travailler à l'autre bout du monde pour plusieurs années. Elle m'a vu arrêter, elle ne risque pas de me voir reprendre. Et si j'en profitais pour en fumer une ? En plus, je viens de retrouver un boulot bien speed, où il faut être capable de rester concentré tout en prenant 25 décisions à l'heure. Et là-bas, tout le monde fume, dans les bureaux, en réunion. Je suis bien tenté, mais je sais qu'à la première cigarette, en bon addict, je replonge.
Un an et tout est à construire. On sort de la phase "je suis en train d'arrêter de fumer", ou "j'ai arrêté de fumer" pour être un non fumeur, en tous cas, un non fumeur vis à vis de ceux qui ne vous ont jamais connu comme fumeur. Un non fumeur aussi dans le sens où ne passe plus ses journée à parler de son arrêtage de clopage avec ses proches. Décélération lente dans l'addiction, mais besoin plus que jamais de conserver la détermination, de se faire des piqûres de rappel. Pour ça, le forum est super.
Poursuivre l'installation de ce nouveau mode de vie, résister quand l'envie vous surprend et toujours analyser, chercher à comprendre pourquoi, afin que cette envie précise de cette cigarrette là ne revienne pas. Evidemment, physiquement, les envies n'ont rien à voir avec celles des débuts de sevrage. Tout est dans la tête.
Pourtant, il est toujours possible de replonger pour je ne sais quelle bêtise, une histoire d'amour avec une fumeuse par exemple...
Se souvenir aussi de cette question : et si on vous disait que vous alliez mourir dans 3 mois est-ce que vous refumeriez ? Malheureusement, je crois bien que oui. Mais j'essaierai d'attendre au moins une semaine avant de m'y remettre, c'est promis...
Motivation
Un truc qui peut motiver les futurs arrêtant : arrêter de fumer, ce n'est pas simplement éviter éventuellement d'attraper un hypothétique cancer dans dix, vingt ou trente ans (et peut-être l'aurai- je moi-même) mais c'est d'abord retrouver la santé, immédiatement, dans les mois qui suivent l'arrêt, à condition de pouvoir faire un peu de sport, tous les jours.
L'arrêtage apporte immédiatement un bien être au corps. Evidemment, au début il est difficile de s'en rendre compte car la balance avec le manque de fumage est négative, mais après quelque temps, on se rend évidemment compte que ce qu'on appelait le plaisir de fumer n'a absolument aucun intérêt, surtout quand on prend en compte la perte de capacité physique, la perte de liberté. Fumer est une putain de vraie drogue dure !
Quand aux kilos, je n'en ai pas pris un seul, j'en ai même perdu, avec le vélo.
Fumer, ce n'est pas risquer d'avoir des années de vie en moins entre 60 et 95 ans (des années de vieillesse diraient certains). Fumer, c'est avoir à 40 ans le souffle et le cœur de quelqu'un de 60 ans. Arrêter, c'est gagner des années de jeunesse !
Un dernier truc, je l'ai lu plusieurs fois sur le forum, la concentration.
Je fais un métier intellectuel et solitaire. Terriblement difficile de se concentrer sur son PC sans les clopes, quand on a toujours fait ce métier avec des clopes. On imagine impossible d'arriver à écrire et on se dit : entre perdre mes capacités à travailler et fumer en risquant ma santé, tant pis, je fume, c'est une question de survie professionnelle.
J'en ai connu qui disaient pareil avec la cocaïne ou avec l'héroine. Certains en sont tombés. Ce qui est certain, c'est que tout doucement, sans la clopasse, on retrouve tout de même ses capacités de concentration. C'est long, très long. Je n'y suis pas encore tout à fait, mais presque...
Je ne regrette pas d'avoir mis la clope au placard. J'en ai fait mon deuil, ou presque.
Courage à tous les nouveaux arrêtant.
Rémi

Remix