Modifié le 19-06-04 à 16:37 (GMT)Bonjour à tutti
Personellement, je viens du côté opposé : chez nous on était JAMAIS malade (on mourait un jour, c'est tout).
Outre-rhin la génération 1900-1945, le savait : nous sommes la race pure et saine et tous ceux qui n'entraient pas dans cadre-là, étaient éliminés avant la 2ème guerre mondiale.
On n'en parle pas beaucoup de cela. Vous pensez que j'éxagère ?
Mon grand père (ancien maire du bourg, donc pas n'importe qui pour la population a été "soigné" dans un camp pour avoir appartenu au partie communiste; mon frère ainé, née avec la même maladie génétique que moi, a été "soigné" dans une clinique spécialisé d'où il n'en est jamais revenu; ma grand-mère qui divagait un peu a été ainsi soigné; tel cousin dépressif...; tel ami de mon père homosexuel...; tel voisin curé du village...; tous ont été "soigné" de la même manière : ils ont été gazés pour nettoyer la race.
Etant née pendant la guerre, ma mère me cachait à la cave, pour que je n'ai pas a subir le mêmes "soins". MERCI à elle !
Aller chez le médecin pour me soigner, pas question. Il aura alors signalé mon handicap. Mais de toute façon consulter un toubib était quelque chose d'un peu honteux en ce temps-là.
Comme j'étais "la honte de la famille" à cause de mes handicaps, par peur d'être rejeté, j'ai appris à refouler, à cacher... une douleur. Je me disais et répétait à moi-même : non, je n'ai pas mal, je n'ai pas mal... et si bien que pour finir quelque chose dans mon cerveau s'est déconnecté et je ne sentais plus du tout la douleur.
C'est ainsi qu'avec une grave péritonite, je fus sauvé in extremis par les Américains qui occupaient notre zone après la guerre;
les suites de nombreuses mastoïtites que je n'ai pas senties, m'ont coûtées l'ouïe d'une oreille;
une rupture du tissus pulmonaire non percue et non soignée m'a value une et demie années de sana... et j'en passe !
Juste pour dire (et cela fait du BIEN de l'exprimer enfin) que je devais (ré)apprendre à ressentir la douleur. Et ce ne fut pas une mince affaire ! Mon médecin et ami m'a donc quelque peu "obligé" un certain temps de le consulter pour le plus petit bobo jusqu'à ce que je puisse renter dans une certaine normalité.
Voilà une suite de la guerre qui n'est que rarement évoquée. Sur un forum comme celui-ci on peut l'exprimer...
Aux yeux de tous, je passe pour une femme exceptionellement forte, pour une "force de la nature"... et c'est vrai aussi.
D'une certaine manière, je le dois à tout ce vécu (rien n'est jamais perdu).
Merci de tout coeur au Dr. Dupagne et à Philippe et Hélène... d'être là pour nous et de nous permettre d'exprimer ce dont on ne parlera peut-être pas dans un cabinet de médecin.
Super bonne fin d'après-midi à tutti.

Ute (un animal heureux d'exister)