Dans un cadre politique et social fonctionnant de plus en plus sans réel système de références, la médecine peut être amenée malgré elle à pallier l'absence de valeurs individuelles. Devant des situations conflictuelles, d'inadaptation sociale quel qu'en soit le type, la tentation est grande de remplacer certaines valeurs morales par des critères de normalité et de pathologies.
Pour illustrer cette remarque, nous noterons à titre d'exemple que la notion de "droit à la santé" est devenue très extensive :
Les tensions, les difficultés de la vie sociale dues aux moyens et conditions de transports, au mode de travail, aux difficultés de communications interpersonnelles, deviennent des "stress", des "traumatismes", entraînant des "dépressions".
L'échec scolaire devient un drame médical.
La vieillesse devient sénescence.
Les difficultés professionnelles, les licenciements, les mésententes conjugales entraînent un malaise bien sûr normal, mais ce malaise devient maladie et conduit alors chez le médecin généraliste, quand ce n'est pas au psychiatre, considéré alors comme seul capable d'apporter le soulagement attendu.
Dans les sociétés traditionnelles, l'homme est, théoriquement, responsable de son comportement devant la société. Notre culture, en transformant un certain nombre de difficultés en faits médicaux, rend au contraire la société responsable envers l'homme qui souffre : c'est elle qui doit le délivrer de ses douleurs.
"D'une part, l'individu demande à la société de supprimer un nombre croissant de difficultés qui jusqu'ici n'avaient pas de solutions, sinon résultant de son initiative et de sa volonté personnelle. D'autre part, la société demande à la médecine de régler un nombre croissant de situations pour lesquelles la science médicale n'a pas toujours de solution à proposer". (Pr Sournia).
Lorsque l'individu recherche un bonheur affectif et la satisfaction de ses désirs, la médecine lui propose le soulagement d'une douleur physique ou l'apaisement de troubles organiques. Sa déception entraîne une revendication de sa part et une nouvelle demande, qui ne pourront qu'être à leur tour déçues, puisqu'il y a malentendu initial et confusion de langage.
"Nous arrivons à un moment de la médecine où manifestement un effort nouveau, non seulement matériel mais aussi sur le plan des idées et de la réflexion, doit être fait dans le sens de la prise en compte des paramètres liés à la personnalité du malade et de son environnement".