Bonsoir,Quand j'ai démarré le béénvolat aux Restos du Coeur il y a deux ans, je craignais de ne pouvoir supporter la souffrance humaine.
Il serait trop compliqué d'expliquer le chemin de pensée que j'ai emprunté, j'en suis arrivée à écouter avec empathie et compassion le malheur des autres sans pour autant me laisser dévorer. En fait, sauf à avoir la fibre émotionnelle atrophiée, on n epeut rester insensible au malheur des autres, ce qui n'empêche pas d'être à l'écoute de soi.
J'ai entendu des histoires très dures, vu des situations très pénibles, je suis d'un naturel réceptif et sensible, et je me retrouve là à écrire ce message sans que les souvenirs que j'ai de ces situations pénibles me remontent comme une bouffée d'acide.
Je crois qu'il y a chez l'être humain une sorte d'instinct d'autoconservation qui permet de ressentir de la compassion pour l'être humain sans pour autant se laisser dévorer et en oublier sa propre personne.
L'empathie et la compassion ont permis et permettent encore aux humains de tenir ensemble, mais le sentiment d'exister en tant qu'être humain individualisé - je ne sais si je me fais bien entendre - permet aussi de ne pas tout céder de sa personne à l'autre. Chaque être humain a une histoire propre, inaliénable et incessible, l'histoire des autres le concerne au sens où il a à pâtir ou à se réjouir des actions de l'autre. Mais il se trouve que nous sommes uniques. J'imagine que c'est cela qui nous permet de ne pas confondre empathie et oubli de soi.
L'exemple que vous citez, Philippe, est très parlant, et d'une certaine manière rassurant. Cela signale que, même penché sur le sort des humains, vous restez "propriétaire" de votre propre histoire. En cela je suppose que réside que l'empathie ne vous dévore pas...
Je peux me tromper, mais vous avez d'un côté votre vie personnelle, de l'autre votre devoir professionnel. Vous faites la part des choses, en quelque sorte.