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"Quand le médecin a un diagnostic en tête..."

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Forum : Ethique médicale (Protected)
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Nausica (3061 messages) Envoyer message email à: Nausica Envoyer message privé à: Nausica Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
23-09-04, 17:32  (GMT)
"Quand le médecin a un diagnostic en tête..."
Bonjour,

Est-ce qu'on enseigne aux futurs médecins l'art d'interroger son patient?
Il y a des silences et des questions tendancieuses qui relèvent carrément de la manipulation ou de l'auto-aveuglement.

Exemple:
un médecin des urgences voulait absolument me dagnostiquer une crise d'épilepsie, allez savoir pourquoi ("j'aime bien cette hypothèse"). Il m'a donc posé toute une série de questions et quelques recherches sur le net m'ont fait me rendre compte que c'était les symptômes de l'epilepsie.
En fait, pendant tout l'interrogatoire, il y a eu un malentendu que je n'ai pas pu remarquer puisque j'ignorais tout des symptômes de l'epilepsie. Il aurait suffi qu'il reconstitue le fil des événements, qu'il sépare clairement ma syncope, provoquée par une douleur, et les mouvements tonico-cloniques qui ont suivi le choc sur la tête (chute). Moi, ce qui m'inquiétait, c'était la douleur initiale, donc je répondais en pensant à ce qui l'avait précédée, mais lui ne songeait qu'aux convulsions.

Ce qui donne pour l'aura:
Question du médecin: "avez-vous senti venir la crise?"
Moi, je comprends "sentiez-vous que vous alliez vous évanouir?" donc je réponds oui
Seulement, ça n'a RIEN à voir!

Il a ainsi passé en revue tous les autres symptômes, et quand il n'y avait pas, il disait: "ce n'est pas grave, ce n'est pas obligatoire"

J'ai trouvé plus tard un cours pour infirmiers dont l'objectif est de savoir distinguer entre convulsions et crise d'epilepsie. Mais moi je ne maîtrise pas les prérequis. Je suis juste persuadée qu'il s'est trompé. Je ne saurai jamais, la mémoire de tout ça commençant à se dissiper...

Mais ça m'énerve!
Il aurait pu faire attention.

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  Liste des réponses à ce message

  Sujet     Auteur     Posté le:     ID  
 RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête... Cafe_Sante 23-09-04 1
 RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête... Laurence2 23-09-04 2
   RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête... Cafe_Sante 23-09-04 3
       RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête... Nausica 24-09-04 4
 RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête... D_Dupagne 24-09-04 5

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Texte des réponses

Cafe_Sante (8965 messages) Envoyer message email à: Cafe_Sante Envoyer message privé à: Cafe_Sante Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
23-09-04, 21:19  (GMT)
1. "RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête..."
Bonjour,
>
>Est-ce qu'on enseigne aux futurs médecins l'art d'interroger son patient?

Non !
Il manque une enseignement fondamental pendant les études de médecine, l'étude de la communication qui représente pourtant les trois-quarts de notre métier.

Quand j'ai commencé à exercer, j'étais étonné de voir des gens "me quitter" alors que j'avais raison et que mon diagnostic et ma manière d'agir étaient correcte. Je me suis aperçu que je n'écoutais pas assez mes patients.

Un médecin interrompt en moyenne le discours de son patient au bout de 16 secondes. Rien que le fait de prendre conscience de cela a changé énormément de chose dans ma communication.

Philippe,
médecin à la campagne

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Laurence2 (702 messages) Envoyer message email à: Laurence2 Envoyer message privé à: Laurence2 Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
23-09-04, 21:51  (GMT)
2. "RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête..."
Bonjour Nausica,

j'ai vécu quelque chose de semblable.
La psychiatre que je voyais en Espagne avait décidé que j'étais dépressive (je l'étais effectivement à la première consultation, mais c'était un effet secondaire du Temesta). Quand je lui énonçais des symptômes psychotiques, elle ne répondait pas ou pensait que je fabulais. Malgré l'avis du médecin généraliste, d'une infirmière, de la psychologue et de son assistante qui lui disaient qu'ils me pensaient psychotiques, elle ne voulait pas l'entendre. Tout ce qu'elle faisait, c'était augmenter ma dose d'antidépresseurs et s'étonner que ça ne fasse pas d'effets.
Il a fallu qu'à force de ne pas être soignée correctement je pète un câble dans l'hôpital pour qu'on me change de psy et que j'aie des neuroleptiques.
Je me suis toujours demandée pourquoi ma psychiatre refusait de voir l'évidence, ne portait d'intérêt à ce que je disais que quand ça avait un rapport avec la dépression et pas le reste du temps. Tout ce qu'elle a bien voulu admettre, c'est que j'avais des symptômes dissociatifs.
Peut-être que je ne rentrais pas dans l'idée qu'elle se faisait des psychotiques et que donc je ne pouvais que mentir, je n'en sais rien, mais ça m'a fait plusieurs mois sans traitement efficace parce qu'elle voulait que je colle au diagnostic qu'elle avait fait en premier lieu, et non adapter son diagnostic à ce qu'elle observait.

Cordialement,

Laurence

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Cafe_Sante (8965 messages) Envoyer message email à: Cafe_Sante Envoyer message privé à: Cafe_Sante Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
23-09-04, 22:00  (GMT)
3. "RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête..."
Bonsoir,

>Peut-être que je ne rentrais pas dans l'idée qu'elle se faisait
>des psychotiques et que donc je ne pouvais que mentir,
>je n'en sais rien, mais ça m'a fait plusieurs mois
>sans traitement efficace parce qu'elle voulait que je colle au
>diagnostic qu'elle avait fait en premier lieu, et non adapter
>son diagnostic à ce qu'elle observait.

Il est très difficile parfois de remettre en question ce que l'on a trouvé. La médecine est un art complexe où les symptômes doivent être interprétés par le médecin et triés pour savoir s'ils rentrent dans le cadre de la maladie.

Je me rappelle quelques erreurs que j'ai faites en m'"obstinant" dans un diagnostic, alors que la "réalité" me crevait les yeux. Parfois, je n'avais pas "envie" que ce diagnostic soit porté (Maladie d'Alzheimer chez une voisine que j'estime particulièrement) ou alors une confiance trop aveugle en certains signes ou résultats de laboratoire ou d'examen ou tout simplement, la fatigue qui fait aller à la solution la plus simple.

Ce métier est très difficile, c'est pour cela que nous l'aimons.
Philippe,
médecin à la campagne

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Nausica (3061 messages) Envoyer message email à: Nausica Envoyer message privé à: Nausica Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
24-09-04, 00:35  (GMT)
4. "RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête..."
Modifié le 24-09-04 à 01:16  (GMT)

Bonsoir,

>La médecine est un art complexe où
>les symptômes doivent être interprétés par le médecin et triés
>pour savoir s'ils rentrent dans le cadre de la maladie.

ce qui suppose que tous les symptômes soient énoncés... Parfois il y a des choses qui nous (patients) semblent importantes, mais que le médecin considère comme de la broutille.
Quand je ne sais pas ce que j'ai, j'attends que le médecin m'interroge, et quand je sais, j'énumère juste ce qu'il veut entendre. C'est donc important qu'il sache poser les bonnes questions, et toutes les bonnes questions

Parfois je me demande si la "prise de tension" ne permet pas justement au patient de s'exprimer librement; c'est le seul moment où le médecin s'arrête de parler! Je me le demande depuis qu'on m'a fait taire à ce moment et là j'ai compris que pour prendre vraiment la tension, il fallait le silence...

L'interruption au bout de 16 secondes: il y a eu des études là-dessus?

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D_Dupagne (14037 messages) Envoyer message email à: D_Dupagne Envoyer message privé à: D_Dupagne Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
24-09-04, 06:05  (GMT)
5. "RE: Quand le médecin a un diagnostic en tête..."
Bonjour,
Le meilleur moyen de faire un mauvais diagnostic est de ne pas assez écouter ses patients et de partir sur une idée préconçue en oubliant de la remettre en cause quand cela ne "colle pas".

Il faut tout de même signaler que certains patients nous abreuvent d'informations sans intérêt, ce qui nous rend parfois nerveux car le temps que nous avons à leur consacrer a forcément une limite. Il faut trouver un juste milieu entre l'écoute attentive et la prise en compte d'informations inattendues d'une part, et le recentrage sur le sujet d'autre part. C'est assez difficile.

Dr Dominique Dupagne

Administrateur du Forum

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