Bonjour Hélène,Voici mes réponses d'insomniaque non-médecin
J’aimerais savoir comment vous réagiriez face à un médecin qui vous
dirait, en substance...
Je me sentirais obligée de le(la) rassurrer et pour ça, je minimiserais mes problèmes.
Questions en vrac :
Est-ce que vous courriez trouver un médecin "qui s'y connait" ?
Je n'avais aucune attente lorsque j'ai vu pour la première fois "mon" médecin.
J'avais peur de me faire engueuler et j'ai été surprise de sa gentillesse. Mais je me moquait bien de ses compétences ou non. Quoi qu'il fasse, c'était toujours mieux que rien, voilà tout.
Est-ce que je fantasme en me disant que les gens peuvent comprendre et même apprécier ce genre de discours ?
Tout le monde n'est pas capable de comprendre. Je pense que les gens qui souffrent le plus seront plus réceptifs (mais je n'en suis pas sûre). Vous aurez sans doute des gros-lourds-centre-du-monde et honnêtement, pour gérer ça, je ne vois pas trente six solutions : subir l'orage pendant la consultation et vous ressourcer dès que possible aurpès de vos proches.
Est-ce que ce qui est à mes yeux une preuve d’honnêteté et de rigueur passerait pour de l’incompétence ?
Pour certains patients oui, pour d'autres non. (réponse de Normand façon Philippe
)
Parler ainsi, est-ce risquer de perdre la confiance qu’on nous porte ?
La confiance ne s'installe pas au premier rendez-vous. La confiance s'établit dans la durée. Vous n'avez rien à perdre et tout à gagner.
Par contre, je pense (ça va sembler tordu, mon truc... essayons d'être claire) que ça peut nuire à la confiance que vous devez accorder à votre patient.
J'aime faire le parrallèle avec une maman dont l'enfant va à l'école.
Vous êtes la maman, le patient est l'enfant.
Vous ne connaissez pas le programme par coeur, vous en avez oublié (depuis le temps), vous étiez nulle dans certaines matières etc...
Mais votre but est d'épauler l'enfant, de l'aiguiller, de le conseiller. Il n'est pas utile de lui faire part de vos propres lacunes. Ce n'est pas ce dont il a besoin.
La maman n'est pas là pour apprendre à la place de l'enfant, mais pour l'aider.
Ben pour les soins, c'est pareil : vous aidez, vous conseillez, vous épaulez, mais vous restez spectatrice, c'est le patient qui vit la maladie, qui guérit ou ne guérit pas.
Pour l'histoire de la confiance, vous comprenez peut-être mieux ce que je veux dire. Le patient va projeter tout un tas de choses sur vous. Vous avez un statut de médecin, et je pense que vous devez conserver cette image dont le patient a besoin.
Je vois ça aussi comme un "coatch" : le coatch ne doit pas faire voir ses faiblesses au sportif qu'il entraine. Si il a des doutes, il peut en parler à sa femme, à un autre coatch, mais si il en parle au sportif, il plombe la dynamique de l'équipe.
Faudrait-il ou non facturer une telle consultation ?
OUI OUI et re-OUI !
Est-ce que trop de franchise tue la franchise ?
Oui.
Voilà. Pour conclure, je pense que chaque patient a une attitude plus ou moins "utile" et là-dessus, vous n'y pouvez rien.
Certaines personnes sont en quelque sorte "fermées", focalisées sur le négatif, et quoi que vous disiez, même si vous tombez très juste, vous aurez du mal à faire avancer la situation.
D'autres personnes sont plus "ouvertes", plus "réceptives" et vont aller chercher dans les moindres détails tout ce que vous pourrez leur apporter de positif.
* * * * *
J'avais parlé de tout ça avec mon médecin, puisque dans mon travail, il y a également une part d'incertitude. Durant longtemps, j'étais outrée que des collègues soient satisfaits d'un travail qui s'avérait parfois complètement faux.
J'ai donc dit à mon cher docteur, sur un ton effarouché "mais vous vous rendez compte ! y'en a qui bluffent !"
Et il m'a répondu, le plus simplement du monde : "ben oui, le bluff, ça aide à prendre confiance en soi et à terme, à faire du meilleur travail".
Donc voilà : le bluff n'est pas une horrible trahison. C'est tout simplement un outil pour travailler dans de meilleures conditions.
(oh là là, je pourrais en écrire des pages et des pages...)
En tout cas, ce n'est pas un problème anodin. Chez nous, on a mis en place un système d'indice de confiance pour être le plus honnête possible.
Mais il y a toujours un moment où l'on doit trancher et prendre le risque de se tromper.
Là par exemple je ne suis pas satisfaite de ma réponse, il est tard, j'ai les idées confuses, mais je prends le risque de vous envoyer tout ça quand même en me disant que c'est toujours mieux que rien, que ça serait bête d'avoir écrit un tel roman pour l'effacer. Je vous fais confiance dans la mesure où vous saurez trier le bon du mauvais, où vous lirez d'autres réponses, et où vous vous ferez votre propre opinion.
"les responsabilités au travail, c'est accepter le risque de se tromper" (c'est une phrase de mon papa).
Cécile