Bonjour,Je suis biologiste et travaille dans un laboratoire de recherche en immunologie. Je vais essayer de vous expliquer pourquoi je pense qu’aujourd’hui, les modèles animaux sont effectivement un mal nécessaire.
L’affirmation que les résultats donnés par les modèles animaux sont souvant faux et inapplicables à l’homme est elle-même fausse ou du moins très exagérée. En effet, un modèle est un modèle, dans bien des cas les résulattas diffèrent mais dans la réalité ces résultats sont générallement partiellement faux et partiellement vrais. C’est finalement ce qu’on attend d’un modèle.
Les modèles cellulaires sont aussi des modèles, c’est-à-dire que nous savons qu’ils ne correspondent pas non plus à la réalité. Il est facile de comprendre que quelques cellules dans un tube ne peuvent pas rendre compte de la complexite d’un organisme complet qui comprend des centaines de cellules différentes. Ces modèles sont extrêmement réducteurs.
Parmi les expériences in vitro les plus complexes réalisées à l’heure actuelle, on réussi à mélanger trois ou quatre types cellulaires dans un tube pour étudier leurs interactions. Ces cellules sont purifiées générallement à partir du sang de collègues volontaires et sympathiques. Je suis moi-même une vampire accomplie et mes collèges sont tous exangues…
Mais voilà, comment obtenir des cellules de foie ? de pancréas ? de coeur ? de cerveau ? de peau ? etc. Il existe bien sûr des modèles, cela est tout-à-fait exact. Ce sont des cellules dites « de lignées », isolées à partir de tumeurs chez des patients. Ces cellules présentent l’avantage d’être facilement cultivées en laboratoire, car elles se multiplient. Elles sont très faciles d’emploi et ressemblent encore beaucoup à ce qu’elles étaient à l’origine. Mais là aussi il ne s’agit que d’un modèle. La première différence est justement la multiplication, mais il y en a beaucoup d’autres. La lignée que j’utilise, une lignée de cellules pancréatiques (je travaille sur le diabète) a été isolée il y a plus de 50 ans. Personne ne peut dire à quel point ces cellules sont encore ressemblantes à des cellules humaines. Et ceci est valable pour toutes les lignées.
J’utilise maintenant pour confirmer mes résultats obtenus avec la lignée, du sang de collègue et, ce qui est moins drôle, des cellules de pancréas qui snt des « restes » de greffe. Ce matériel est extrêmement précieux et psoe également des problèmes éthiques à l’emploi, comme vous le supposez bien.
En fait, voilà où nous en sommes : nous avons deux types de modèles : les modèles cellulaires, ressemblants forts à l’homme mais très réducteurs et posant aussi souvent des problèmes éthiques ; et les modèles animaux qui ne ressemblent pas complètement à l’homme (bien que la souris aie quand même 95% de gènes en commun avec l’homme…) mais qui permettent d’étudier un phénomène réel, sans que nous décidions nous mêmes des intervenants. La seule possibilité à l’heure actuelle est de mélange les deux, utiliser l’un pour faire avancer l’autre. Ceci marche vraiment très bien à l’heure actuelle.
Mais il est aussi évident que c’est une situation qui doit évoluer. Pour certaines expériences il existe aujourd’hui des alternatives, mais qui coutent plus cher que le recours aux modèles animaux. Je suis totalement pour l’obligation de recourir à ces alternatives. Je suppose que vous me voyez venir avec mes gros sabots : financez la recherche…
En réalité, depuis que je travaille dans un laboratoire je me suis rendue compte que l’image du gros sadique manipulant les animax avec cruauté est totalement irréaliste. Bien sûr j’aurais dû m’en douter, mais même un scientifique a des préjugés. J’ai rencontré des tas de manipulateurs consciencieux. Mais je ne peux pas mentir, même si je n’ai jamais vu de cruauté, j’ai vu de la négligence. Des expériences mal préparées, et des sacrifices quasi inutiles. Ce sont de mauvaises pratiques de labo, mais qui sont beaucoup moins fréquentes que les bonnes. En réalité en laboratoire, c’est comme en médecine, il faut bien réfléchir à ce qu’on fait réfléchir au pour et au contre. Tout ça doit être extrêmement controllé. Dès que des alternatives sont possibles et validées, il faut les utiliser. Et puis, comme je vous l’ai dit, les mesures alternatives posent également des problèmes éthiques. Si vous étudiez des pathologies vous obligeant à effectuer des ponctions lombaires chez des volontaires ou chez des patients, il y a aussi une souffrance endurée et là aussi le matériel est extrêmement précieux. Les mêmes personnes qui sont négligentes vis-à-vis de la souffrance animale sauront-elles appliquer de bonnes pratiques dans le cas de ces alternatives? Peut-être le nœud du problème réside-t’il dans l’éductaion des gens au respect, tout simplement.
Bon, j’ai été vraiment très très longue et donc je remercie bien tous ceux qui sont arrivés jusqu’ici. Je précise que je ne donne que mon opinion et j’espère n’avoir choqué personne. Et puis, le jour où mes travaux avançant je devrais travailler sur des souris ou des rats je ferais sûrement moins la maline , moi qui ai déjà du mal à piquer mes collègues pourtant volontaires… 
Claire
PS : la problématique du test des médicaments évoqué par le Dr. Dupagne est encore différente et là l’emploi des modèles animaux pour déterminer des effets secondaires parfois extrêmement graves n’a encore jamais pu être remplacé.