Bonjour à tous, Je suis personnellement frappé par les différences entre les gens en matière de connaissance de la schizophrénie.
Je pense que, grâce à quelques émissions de télé salutaires (je pense aux émissions de Jean-Luc Delarue notamment), les gens ont maintenant une vision de la schizophrénie à peu près claire (en tous cas j'espère), mais il faut dire quand même qu'il est (et qu'il sera) toujours impossible pour les gens "normaux" de comprendre les délires de schizophrènes sans en avoir peur, sans éprouver un sentiment "d'inquétante étrangeté" vis à vis de ce qu'il faut bien appeler folie, et vis à vis de la différence en général.
Bien sûr il y a ces satanés films (américains)dans lesquels les criminels sont schizophrènes, bien sûr il y a cette émission sur les assassins célèbres, et dans laquelle un jour (récemment), un journaliste avait dit qu'un schizophrène était quelqu'un qui pouvait "vous donner un coup de couteau et vous demander ensuite si ça vous (avait) fait mal" (sic)
Mais cette vision du schizophrène est, je pense, derrière nous.
Toutefois, le mot fait peur: je me souviens de ce moment où ma mère avait dit à mes grands parents que j'avais eu un "passage à vide", un "moment de déprime", sans oser employer le mot "folie" ou "schizophrénie".
Je me souviens aussi de cette fois où je m'étais retrouvé devant une conseillère de l'ANPE qui, quand je lui avais dit "je suis schizophrène sous médicaments, je dors douze heures par jour, jai fait une crise...etc.", m'avait répondu "mais maintenant c'est fini tout ça!"
Je pense à ma petite voisine qui, depuis qu'elle sait que je suis schizophrène (le jour où j'ai volé le camion de son père alors que je me croyais poursuivi par des esprits), n'ose plus me dire bonjour droit dans les yeux.
Je pense à une autre voisine qui, depuis qu'elle a eu vent de mon histoire, me dit bonjour avec un grand sourire compatissant (genre "les débiles ont besoin d'affection"): parfois je regrette le temps où elle détournait le regard froidement.
Concernant l'emploi de ce mot "malade": je l'emploie souvent (c'est vrai qu'il n'y en a pas d'autres et qu'il est même un euphémisme pour "fou")et, jusqu'au moment où j'ai lu ce message, je le faisais sans arrière pensées.
Le mot est "confortable" en de nombreux points: ça donne une excuse, une justification de notre comportement, ça donne une identité sociale, un statut presque "christique", ça nous donne une certaine conception de nous-même (notamment au niveau de l'espoir: un "malade" peut toujours guérir). Mais il pose une barrière, une barrière entre les gens "sains" (ce mot est lui aussi, quand on y pense, horrible) et les autres, une barrière subjective que chacun place où il veut.
J'ai dû remplir, il y a quelque temps, un questionnaire de santé pour être accepté comme professeur de français en Angleterre.
A la question: "avez-vous eu des problèmes psychiatriques?", j'ai menti: j'ai dit non. Puis j'ai eu des remords, je me suis dit que le statut de "prof" serait trop dur à porter pour quelqu'un comme moi. J'ai eu peur: peur d'influencer mes futurs élèves, peur de refaire une crise sous la pression de l'environnement scolaire. J'ai donc abandonné le projet d'être prof.
Puis j'ai voulu être chauffeur de taxi: j'ai dû passer une visite médicale et, quand le médecin m'a demandé si je prenais des médicaments, je lui ai dit "oui, du risperdal": plus que son "verdict", c'est l'attitude du médecin qui m'a déplu, son changement de ton. Il est devenu beaucoup plus froid, distant.
Je dis à tout le monde que je suis schizophrène, avec parfois une attitude psychologique malsaine: il est vrai que dans le milieu de petits bourgeois étudiants en lettres dans lequel je suis, ça fait presque "classe" d'avoir des problèmes psychiatriques (genre Van Gogh, Nietzsche), beaucoup de gens aimeraient être "malades" (mentalement): ça donne une originalité, une identité.
Voilà, une fois de plus j'ai rédigé un message (trop)long, mais j'espère avoir dit l'essentiel, dans une discussion qui, je pense, est sans fin.
Nicolas.