Bonjour,Cette présence n'est-elle pas surtout très déstabilisante pour le spécialiste lui-même ?
Il se produit forcément un transfert, qui n'est pas facile à vivre pour les personnes schizophrènes. Et le contre-transfert qui lui répond en écho est quelque chose qui est sûrement aussi très difficile à gérer émotionnellement pour le spécialiste. Les plus grands psychiatres-psychanalystes, rompus aux contacts quotidiens avec des malades en chair et en os, ont connu les affres de ce contre-transfert. Ils sont plusieurs à en avoir parlé dans leurs livres : Harold Searles, Paul-Claude Racamier...
Je vous cite Paul-Claude Racamier, dans "Le génie des origines" (éditions Payot) :
"Les psychanalystes qui s'occupent de schizophrènes connaissent tous un phénomène contre-transférentiel qui se reproduit envers chaque patient ; il consiste en ce qu'on se sent prendre charge d'âme et devenir comme le dépositaire de son existence et le porteur de sa personne : le patient vit en nous ; il vit par nous.(...) Ce qui est constant, c'est que les schizophrènes nous préoccupent bien plus que tous les patients que nous avons en analyse classique, ce qui n'est évidemment pas sans évoquer la préoccupation maternelle primaire. Disons plus simplement que ces patients nous occupent : ils occupent notre espace intérieur ; ils nous habitent".
Ce qui se vit difficilement dans la réalité n'est pas plus simple, et pas moins fort ni impliquant sur un forum. La place et le rôle du soignant, du spécialiste, n'est donc ni évidente ni facile.
Est-ce une raison pour laisser la place vide ?
Pandore