Modifié le 30-01-04 à 17:26 (GMT)Bonjour,
je suis Olivier, 40 ans, parent d'un garçon de 18 ans. Je suis intervenu la première fois sur ce forum (discussion : "de l'attitude du parent")en mai dernier. Je vous avais raconté alors l'hospitalisation de mon fils suite à une bouffée délirante, mes inquiétudes quant aux signes qui avaient précédé cette BDA qui laissaient craindre une entrée dans la schizophrénie, puis le retour à la maison, et le traitement (risperdal).
Je veux aujourd'hui compléter le récit arrêté depuis juin.
Après des vacances un peu stressantes pour tout le monde (mon fils et ma compagne ont des relations très tendues, j'y reviendrai), mon fils a décidé de reprendre sa scolarité interrompue : redoublement en 1ère STT, mais malheureusement, dans le lycée où il était précédemment et où il avait déliré (pas moyen de trouver de place ailleurs)...
rapidement, il a fallu se rendre à l'évidence que soit les effets sédatifs du risperdal, soit son état de santé -ou les deux- rendaient les choses difficiles : se lever le matin, certes, mais aussi rester en classe : agoraphobie pourrait-on dire, crainte du regard des autres sûrement, problèmes pour se concentrer, pour lire, impatiences et nécessité de se lever ont fini d'avoir raison de sa motivation à reprendre les cours. Fin octobre, je l'emmenais en cours à 8 heures, il reprenait le bus en sens inverse pour rentrer à la maison.
Début novembre, j'ai accepté qu'il cesse les cours, au moins provisoirement. Dans la même période, je trouvais que son état se dégradait, malgré le traitement : outre ce que je viens de décrire, une hygiène personnelle plus lâche, un retour de l'agressivité avec intolérance à la frustration (le mot "non" est un mot difficile à prononcer pour moi ET à entendre pour lui...), un visage qui se ferme, bref...plein de petites choses mises bout à bout qui m'ont fait craindre une rechute...
un jour, suite à une sévère engueulade entre nous deux, il a accepté de prendre un rendez-vous avec un thérapeute, il y est allé une fois et n'a pas souhaité y retourner.
J'ai fait alors part par écrit de mes inquiétudes au psychiatre qui le suit au CMP...ce dernier l'a reçu et a...arrêté son traitement !
Je mets un point d'exclamation pour montrer quelle fut ma surprise. C'était il y a deux mois.
De fait, mon fils semble se porter bien mieux aujourd'hui. Il dit ne plus ressentir les effets décrits plus haut. Pour autant, il n'a pas retrouvé une franche motivation côté scolarité. Il a fait son entrée dans le monde des demandeurs d'emploi, attend un stage dans l'hôtellerie, mais ne se mobilise pas beaucoup pour trouver du boulot. En fait, je fais (presque) tout pour lui, et je me dis que j'ai sans doute tort...
Je suis partagé d'un côté entre le motiver, le pousser, parfois de façon véhémente, lui demander de se bouger, et de l'autre, prendre en compte ce qui lui est arrivé et qui est peut-être à l'origine de ce manque de ressort (pour le reste, il sort avec des copains, il a une vie sociale, donc on ne peut pas dire qu'il est apathique toute la journée).
Je me sens d'autant "pris entre deux feux" que ma compagne et lui ne s'entendent pas du tout (cela remonte à avant la maladie). Cela est facteur de stress dans la famille ; pour ma compagne, mon fils n'est pas, ou plus malade : pour schématiser, car ce ne sont pas ses mots, c'est juste un fainéant qui "profite" de la situation et de la "bonté" supposée de son père...
tout ça (c'est long, je sais, désolé...) pour dire que je vis la période actuelle sur mes gardes : je guette le comportement de mon fils, à la recherche de signes qu'il va bien ou au contraire qu'il pourrait aller moins bien car depuis qu'il n'a plus de traitement, ma hantise est qu'il rechute...
Je me dis que si le psychiatre a pris la décision d'arrêter son traitement après 6 mois "seulement", c'est qu'il a considéré qu'il y avait plus de problèmes que d'avantages...j'espère qu'il n'a pas fait ça "pour voir"...
et puis, j'essaie de faire comprendre à ma compagne que mon garçon n'aura peut-être jamais le "dynamisme" d'autres jeunes gens, qu'il ne faut pas lui en vouloir pour autant et qu'il n'est pas un "simulateur"...
mission impossible pour l'instant. J'ai lu une récente discussion sur le thème de la "fainéantise", reproche dont sont accablés bon nombre de malades...dans cette société de performance à tout propos, cela ne passe plus pour un handicap, mais pour une tare. Si ils savaient votre courage...
Merci de m'avoir longuement lu.
amicalement,
Olivier