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Nora, Dominique,
Comme vous, j'ai ressenti si fort qu'à défaut de faire, être près de son enfant était déjà beaucoup. Je nous revois dans la verdure des pelouses d'hôpital, dans la lumière de tant d'après midi de printemps, c'était l'an dernier.
La routine des visites s'était vite installée. Des jours durant, on s'est dit bonjour comme la veille. Chaque jour je guettais les signes de progrès ; un jour content, la veille déçu, mais demain ça irait mieux.
On sortait, je souriais aux infirmières : "on revient dans deux heures" disais-je d'un air enjoué un peu fabriqué, comme si il y avait besoin de se voir confirmer verbalement une permission de sortir.
A l'hôpital, le père se voyait comme un visiteur.
Des jours durant, on est allé faire notre petit tour dans le parc. J'emmenais le ballon de foot, on se faisait des passes.
Rapidement, le ballon nous ennuyait, on s'asseyait dans l'herbe.
J'étais là moi, le père, tout encombré de lui-même, devant ce fils qui ne disait plus rien, récupérant de ces efforts allongé dans l'herbe. On ne faisait rien, mais je n'ai jamais eu l'impression de perdre mon temps avec ces riens....qui n'étaient pas rien.
Au fil des après-midi, j'ai appris à regarder de nouveau mon fils. Le regarder comme je ne l'avais plus regardé depuis...je ne sais plus.
Oui ces après-midi là, on se sent impuissant. Oui après on pleure, on a pleuré, on pleurera peut-être encore.
Pour lui. Sur nous mêmes aussi, pourquoi le cacher ?
Pleurer de rage pour l'injustice qui est faite à cet enfant. De rage aussi de ne pas voir près de lui d'autres qui pourraient, tout comme nous, avec nous être là, partager, prendre leur part. Et qui ne sont pas là.
Mais je garde la vision d'un garçon étendu sur la pelouse bras et jambes étalés, la poitrine montant et descendant au rythme d'une respiration à reprendre après une partie de foot, les yeux clos et le visage affichant un sourire indolent et enfantin sous le soleil printanier. C'était la vie, elle était bien là en lui, malgré et par-dessus tout.
Olivier