Bonsoir Laurence,Sans vouloir te contredire totalement, je vais revenir sur tes réactions car je ne me suis pas toujours exprimé avec précision.
Pour le premier point, il est vrai que je n'ai fréquenté jusqu'à présent que des personnes n'ayant pas un travail suffisamment rémunérateur ( pour épanouir leurs enfants, les faire voyager, et surtout pour espérer profiter de leur temps libre, partir en vacance _ situation insulaire oblige _ économiser en vue d'avoir un logement avec un jardin et une retraite décente ) et pourtant harassant. Sans parler de ceux qui, à 40 ans, sont encore obligés de vivre chez leurs parents ou dans un studio avec 2 enfants ( ou plus ), n'ayant pas suffisamment de ressources aux yeux des agences immobilères. Je précise que j'habitais dans une région où le taux de chômage était extrêmement élevé. En outre, les CDI se font rares et nous devons de plus en plus mettre à jour nos compétences professionnelles pour s'adapter à l'évolution du monde du travail ( stages, formations ). Bref, le travail est source de nombreuses inquiétudes.
En deuxième lieu, je me suis mal exprimé et j'aurais du dire " nous n'avons pas connu d'événement aussi tragique que la dernière guerre mondiale, en Fance ". Mon analyse s'inscrivait dans un cadre particulier. Je parlais effectivement du malheur collectif, exclusivement. En sachant qu'il en existe d'autres formes. Les difficultés "du quotidien" ( celles dont tu parles, je n'ai pas trouvé d'autre mot ) ne nous empèchent pas de craindre ( et, d'un certain point de vue, de regretter ) les catastrophes de grande ampleur.
Il y a deux idées dans mon message: Les gens espèrent inconsciemment ( pas tous, bien sûr ) que notre pays connaissent une tragédie. Les tragédies d'autres pays contrastent avec nos problèmes plus circonscrits. Nous sommes en quelque sorte des privilégiés ( je parle uniquement du regard que l'on a sur l'étranger ) et aimerions, inconsciemment, connaître un grand malheur pour effacer ce semblant de bonheur que nous vivons ( aux yeux des populations vivant une tragédie ). J'ai bien dit " semblant de bonheur ", car nous souffront également. Voilà peut-être ce que nous cherchons: justifier nos souffrances ( celles d'un pays, et non d'un individus ) face à la misère du Tiers-Monde. Nous culpabilisons, en soit. Un peu comme quelqu'un qui aurait survécu à un accident d'avion ( j'aurais du mourrir à sa place ). Je crois aussi, et c'est ce que j'affirmais dans mon message, que cette culpabilité existe également dans notre rapport aux générations précédentes.
La deuxième idée est que nous sommes individualistes au point de ne plus savoir partager nos émotions. Nos angoisses restent enfouient au plus profond de nous même et ce sont les médias qui les expriment à notre place ( je pourrais développer cela une prochaine fois ). Or, pour reprendre l'exemple des Twin Tower ( World Trade Center ), les événements les plus tragiques ( car touchant un grand nombre d'individus ) nous ont permis, je me répète, d'exprimer nos angoisses, certaines angoisses, sans la moindre pudeur, car si nous savons aisément parler des problèmes d'autrui, les notres sont souvent refoulés. A travers le malheur des autres, nous exprimons nos propres peurs. Et pour le 11 septembre 2001, c'était manifeste. La panique l'a emporté.
Mais cela n'empèche pas que nous y trouvions un certain plaisir ! Au contraire, quel soulagement, enfin, de pouvoir se lacher comme çà ! Notre mal-être s'exprime enfin dans toute son intensité.
A propos des médias, il ne font que répondre aux attentes de la société. Il faut souffrir dans la vie. Nous ne souffront quasiement pas, par rapport à d'autres populations ? Et bien si, regardez mesieurs dames, la France va mal, le malheur est partout !
C'est bien vrai. Mais pourquoi ne sommes nous pas capable d'assumer nos problèmes en toute intimité ? ( j'ai déjà aborder la question de nos sociétés "exhibitionnistes et voyeuristes" dans un autre post ) D'autres souffrent plus que moi, et putôt que de l'aider, je projette mes peurs en lui ( dixit Amateur dans un autre post ). Je me rapproche du malheur d'autrui pour apprivoiser mes peurs, mais pas trop quand même ( tv, radio, presse, internet ), je ne voudrais pas être "contaminé" ( c'est une façon de parler, une image ), juste pouvoir dire que j'ai le droit de souffrir, moi aussi.
Sur le dernier point ( la barbarie des siècles révolus ), je suis d'accord avec toi. Mais je limitais mon analyse aux dernières années.
A bientôt !
Felipe.