Un grand bonjour Laurence 
Tu as peut-être raison, un schizophrène en crise n'est pas forcément moins intelligent que quiconque. Tout dépend de ce que l'on entend par " intelligence ". Personnellement, je n'ai rien de grave en ce moment mais il m'arrive d'avoir des problèmes de mémoire, d'oublier par exemple que mon frère ne sera pas là ce soir et donc de me demander malgré tout comment il va pouvoir ouvrir la porte sans les clefs. Bon, ça n'est pas ce qui me perturbe le plus mais j'ai pris un exemple encore frais. J'ai mis en place toute une stratégie pour permettre à mon frère de rentrer chez mes parents alors que c'était inutile. Sur le coup, il a du me prendre pour un imbécile !
Toujours est-il qu'il y a des études qui montrent que de nombreux schizophrènes ont un faible QI. J'ai du mal à l'accepter, mais je sais que j'ai parfois de réels problèmes. L'intelligence est multiple, mais je constate que le commun des mortels a des amis et un travail. Je crois en effet que nous avons une certaine forme d'intelligence qui est limitée. Enfin, je dis ça pour moi surtout. Il y a toujours des exceptions à la règle. Mais je ne dirais pas que nous ne sommes pas intelligents ! Qu'est-ce que l'intelligence ? A mon niveau (
), je dirais que c'est notre capacité à assimiler des schémas toujours plus complexes. Faire des relations ne suffit pas ( j'avais entendu dire que l'intelligence était l'art de faire des relations ). Il faut être capable de les mettre à profit, de les concrétiser. Dire des choses intelligentes n'a aucun intérêt quand on ne sait pas passer à l'action.C'est pourquoi il y a des gens intelligents qui agissent alors qu'ils ne sont pas capables de s'exprimer sur leurs agissements. Ils ont intériorisé certaines choses et les mettent en application. On est sur Terre pour vivre, pas pour réfléchir. Quand je serais à la rue ( mais j'ai décidé d'officialiser mes handicaps via la COTOREP ), mes idées ne me seront plus d'aucune utilité. Je n'aurais plus qu'à attendre ma propre mort. Alors, la question est surtout de savoir de quoi je suis capable. Mais surtout, qu'est-ce que je peux apporter à notre société. Je n'ai pas fait d'études, je ne suis pas reconnu par un groupe d'individus. Je peux dire ce que je veux, ça ne m'empèchera pas de mourrir dans la misère. Non, il faut savoir être utile à la société. C'est une forme d'intelligence primordiale. Il n'y a pas que ça bien sûr, je suis d'accord. Mais malheureusement, la solidarité n'est plus à l'ordre du jour en ces temps de prospérité ( qu'on le veuille ou non ). Le jour où nous serons bombardés, on sera plus attentifs à notre incapacité à subvenir à nos besoins. C'est paradoxal, compte tenu des moyens dont nous disposons actuellement, mais le malheur se découvre quand on le vit. Franchement, je ne dis pas ça pour moi qui ne suis pas dans le besoin grâce à mes parents ( et encore ! ), les nantis devraient se sacrifier un peu pour ceux qui vivent dans la misère. Pas forcément en faisant des dons à n'importe qui, mais dans la mise en place d'une solidarité collective. 1 pour cent consacrés aux pays du Tiers-monde, c'est peu ! ( pour nous, je ne sais pas, c'est sûrement plus )
Oui, je change de sujet, l'intelligence, c'est aussi trouver des compromis. J'accepte l'idée de trouver des intérêts dans les pays sous-développés pour y apporter des subsides. Les plus à pleindre doivent fournir un minimum d'effort. Nous aussi, quand c'est possible. Mais comme beaucoup d'entre nous ne peuvent pas travailler, il faut bien admettre que nous avons ( moi de même aujourd'hui ) des tares. Cette intelligence qui consiste à agir de manière à assurer nos besoins fondamentaux nous fait défaut, quelqu'en soient les raisons. Comme pour un criminel, on peut toujours nous trouver des circonstances atténuantes. En réalité, il nous manque quelque chose. Nous ne sommes pas bête, mais notre intelligence est limitée.
Attention Laurence, je suis en partie d'accord avec toi, notamment quand tu dis que " Ce n'est pas parce qu'on a des troubles de la perception, de l'affectivité, des relations aux autres et au monde, que l'on devient tout à coup plus bête. " Notre intelligence s'exprime à sa façon, mais elle n'est pas au service de la communauté, en général du moins.
Je déteste moi aussi les propos de ceux qui disent que les schizophrènes sont moins intelligents que la normale ou qu'ils ne sont pas capable d'aimer. Pour vendre, il faut faire dans la simplicité malheureusement. C'est déplorable. Mais je suis partagé entre mon envie d'être reconnu comme quelqu'un d'ordinnaire et celle qui consiste à dire la vérité. Pour conclure, je dirais que nous sommes intelligents et capables d'aimer, mais que nous vivons de manière inhabituelle. J'espère que la tolérance ira jusqu'à reconnaître nos particularités.
Bien à toi.
Felipe ( inspiré mais néanmoins content de t'avoir retrouvé, si si, j'insiste, je ne le dis pas à tout le monde
)