Bonjour Goliath,Là à mon avis tu es en plein coeur du problème, et je crois bien que ce n'est pas seulement le coeur du problème de la schizophrénie, mais aussi d'autres maladies psychiques.
Quand j'étais jeune j'ai été en clinique psychiatrique pendant plus d'un an (je précise que je ne suis pas schizophrène), et presque à chaque fois que je voyais le psychiatre il me répétait qu'il fallait se faire plaisir... A l'époque, je ne comprenais même pas ce qu'il voulait dire par là, c'était pour moi juste des mots, une expression mystérieuse... la notion de plaisir n'avait jamais existé pour moi. A cette époque je n'avais jamais envie de rien, mais vraiment de rien du tout.
Et puis petit à petit, à force de soins, de thérapie, de traitements, de contacts avec les autres, il y a eu un espèce de déclic et j'ai commencé à pouvoir ressentir les petits plaisirs que tu décris, et c'est là que j'ai vraiment pu commencer à vivre. Evidemment il y a des hauts et des bas, des moments où c'est plus difficile, où les problèmes prennent le dessus et m'empêchent d'accéder au bien-être, mais j'arrive quand même toujours à profiter de quelques plaisirs simples.
J'aime bien ce que dit Paul Claude Racamier (dans "Les schizophrènes", ed. Petite Bibliothèque Payot) :
"Je pourrais dire alors que précisément l'une des fonctions humbles mais essentielles de toute cure et de tout accompagnement des psychotiques consiste non seulement à valoriser de toute manière leur vie psychique et leurs forces inavouées, mais aussi à tâcher de réveiller en eux les petits, les tout petits plaisirs de la vie. Défions-nous des hauteurs sans oxygène où nous entraînent comme des noyés glorieux ces déités blindées ou trouées qui ne peuvent pas, qui ne savent pas regarder les pâquerettes..."
et :
"Qui n'a jamais assisté chez un schizophrène à l'éveil du simple plaisir d'exister, que sait-il, celui-là, de la psychose ?".
Amitiés,
Pandore