Bonjour à tous,Je vois un psychiatre psychanalyste. Je ne sais pas trop en quoi consiste une analyse, en tous cas, je ne sais pas en quoi consiste le travail d'un psychanalyste. Je laisse faire. Je crois que j'ai moi-même fais le choix d'une analyse, sans en être vraiment sûr. Ce dont j'ai besoin, c'est de me remémorer mon enfance. Je crois que sans ça, je n'aurais aucune raison d'exister. Je me réfugie dans le passé en somme, un passé qui n'est pas très joyeux pourtant. Mais j'ai le sentiment d'avoir une emprise sur celui-ci, et donc sur une partie de ma vie actuelle.
Je pratique l'auto-analyse depuis longtemps, c'est presque devenu un passe-temps, un loisir même !!! Au début, ça ne m'a pas empéché de mal réagir à certaines réactions de mon psy, mais, bien que je sois plutôt méfiant vis-à-vis de la psychanalyse, je lui attribue des vertues : c'est en renouant des liens avec ma famille que je me porte mieux, et comme celle-ci est au centre de la psychanalyse ...
En fait, j'ai pas mal de repproche à faire à la psychanalyse ( celle que je connais ), mais je me fiche éperdument de mon médecin. Non, je le respecte, mais je veux dire que je considère que le plus gros travail doit venir de moi. J'sais pas, c'est un peu comme pour les religions, je n'adhère à aucune d'entre elles mais ça ne m'empèche pas de croire en l'existence d'une divinité. Et cette divinité, je ne cherche plus à savoir si elle existe ou pas ou à quoi elle pourrait ressembler. Je m'en sert égoïstement pour avancer dans la vie. Je crois que le transfert se passe plutôt bien dans mon cas, j'espère que ça va durer, car la psychanalyse m'aide beaucoup.
C'est pas toujours facile à gérer, mais j'ai choisi de travailler de cette façon. C'est, je crois, ce qu'il faut comprendre en premier quand on voit un psychanaliste : considérer les séances comme un travail. La distance avec le psychanalyste est plus grande qu'avec un autre médecin, mais j'en suis conscient, je ne cherche plus à juger mon psychanalyste. Son travail me dépasse, je le laisse faire et je fais confiance à son expérience. Vous allez me trouver puéril, mais c'est sa réputation qui me rassure. Son âge aussi. Dans certaines professions, on ne peut pas nier que l'expérience a beaucoup d'importance. Si je dis ce que je veux, quand je veux, sans trop me demander qui j'ai en face de moi, j'accepte néanmoins l'autorité qu'exerce mon psy sur moi. Il me rabaisse souvent à l'état d'enfant, c'est parfois humiliant, mais au moins je me sens grandir quand j'ai compris la finalité de sa démarche. Et puis tout cela reste entre nous, c'est vraiment quelque chose qu'il ne faut pas oublier.
On nous demande souvent de ne pas culpabiliser, mais c'est pourtant ce que fait un psychanalyste. En réalité, ce n'est pas lui qui nous culpabilise, nous n'assumons pas ce que nous sommes ( c'est pour cela que je parle de distance avec le thérapeute aussi ). Il ne fait que nous renvoyer en pleine figure ce qui nous perturbe. Mais quand on sait que personne n'est parfait et que la maladie explique bien des choses, on peut relativiser ces sentiments de culpabilité. Je pense souvent aux handicapés physiques, ceux qui n'ont rien fait pour être ainsi : ils ont de sacrés problèmes, mais pour vivre à peu près comme tout le monde, ils doivent les assumer, qu'ils en soient responsables ou pas. Il y a toujours moyen de mesurer un handicap sans pour autant culpabiliser. Quoiqu'il en soit, le plus important est de mettre en place des stratégies cohérentes d'adaptation. Pour prendre un exemple, je dirais qu'il n'est pas possible d'accepter de se déplacer en fauteuil roulant tant qu'on n'accepte pas qu'on a plus de jambes. Mais là, ça reviendrait à peu près à accepter que l'on est schizophrène. Le plus dur, c'est d'accepter les nombreux problèmes qu'un handicap posent au quotidien. Une meilleure connaissance de nos faiblesses ( même subies !!! ) permet de trouver des solutions pour vivre avec. Ce que je suis aujourd'hui, c'est aussi ce que j'ai été durant mon enfance. Et bien je dois apprendre à assumer cette partie de moi-même, sans culpabiliser. Non, assumer n'est pas culpabiliser.
Vous savez, quand je suis en face de mon psy, je me fiche complètement du ça, du moi et du surmoi. C'est son métier, pas le mien. Ce que je sais, c'est qu'en dépis des critiques qu'on a pu faire à la psychanalyse, cette discipline a quand même fait ses preuves. Je suis sûr qu'un bon psychanalyste ( le mien est d'abord psychiatre ) sait tenir compte de cette évolution. Je préfère me dire que je suis en face de quelqu'un de bon et d'extrêmement intelligent plutôt que d'imaginer qu'il est incompétent. Sans ça, il n'y a même pas moyen de commencer une thérapie. Et puis s'il est incompétent, on verra par la suite. Pourtant, il y a de quoi être méfiant, il paraît qu'il y a beaucoup de psychanalystes incompétents. Mais celui que l'on m'a conseillé est médecin psychiatre, il est reconnu par ses pairs.
Bien sûr qu'il faut vivre et ne pas tout ramener à la psychanalyse ! Et puis c'est vrai que le transfert ne se passe pas toujours bien avec les schizophrènes. Mais ça dépend de nous, de ce qu'on veut. Il faut vouloir s'assumer. On n'est pas responsable de ce qui nous arrive, nos parents non plus et encore moins notre psy. Une analyse ne consiste pas à trouver un bouc-émissaire à nos problèmes, c'est juste un moyen de mieux connaître les tenants et les les aboutissants de certains de nos comportements actuels. Sur cette maladie pour laquelle il n'y a pas de responsable se sont greffés des troubles qui s'expliquent très bien. Puisque ces troubles proviennent fondamentalement de la maladie, il n'y a pas de responsable. C'est difficile à expliquer. Quelqu'un qui est né aveugle n'y peut rien, il n'y a pas de responsable, mais s'il a peur de l'eau aujourd'hui, c'est peut-être parce qu'il n'a pas suffisamment fait confiance à son maître-nageur ( spécialisé, si ça existe ) quand il a été confronté pour les premières fois à la piscine municipale. Peut-être avait-il oublié ( refoulé ) cette peur. Aujourd'hui, s'il veut lui aussi se détendre dans une piscine, il lui faudra revenir sur son passé. Il est aveugle, ses peurs sont justifiées, mais il a la possibilité tout de même de se détendre dans une piscine, à condition de faire confiance aux personnes qui sont là pour l'aider. Tout ça, ça se travaille.
Mais suis-je en train de parler de psychanalyse ? Si oui, alors elle peut être très utile, y compris pour des schizophrènes. Mais tout le monde n'est peut-être pas près à entamer une analyse. Le mieux est d'en parler à un médecin qui vous connaît bien, votre généraliste par exemple.
Je vous souhaite un bon week-end.
Felipe.