Modifié le 17-10-04 à 22:36 (GMT)Bonjour Luigi,
Merci pour cette précision. Merci également à Laurence qui est de cet avis ( je ne voulais pas remettre en cause ton expérience professionnelle, Laurence ).
En imaginant que ce livre n'a été acheté ou emprunté que par des personnes concernées par la schizophrénie ou travaillant dessus, il est possible que le choix de cet ouvrage plutôt qu'un autre signifie qu'une certaine approche de la maladie soit plus " attractive ".
Je n'ai pas lu le livre de C.Tobin, cependant, il me semble traiter de la schizophrénie sous tous ses aspects ( d'après ce que d'autres participants en ont dit ). Je vais encore parler des démarches visant à faire connaître les schizophrénies ( libre à vous de lire la suite, peu de monde parle du contenu de ce livre, je me permet donc d'aborder l'intérêt de produire des ouvrages de ce genre ). A ce sujet, je pense qu'il est possible d'attirer l'attention d'une certaine catégorie de la population ( laquelle, je ne sais vraiment pas ), non pas sur ce qu'est la schizophrénie en terme médical ( je ne soutiendrais pas ceux qui veulent être médecin à la place de leur médecin, bien qu'il soit légitime ou acceptable d'en apprendre toujours plus sur le fonctionnement du corps humain ), mais sur la vie que nous menons, sur les différentes vies que nous pouvons mener.
Voilà ce qui me semble important : ne pas aller dans le sens de certains médias qui cherchent à satisfaire notre engouement pour les sciences médicales ( que je ne critique que dans le cas d'un phénomène de mode ), mais plutôt faire en sorte que nous ne soyons plus vus comme des monstres ou des gens infréquentables.
Faire connaître la schizophrénie ( ce qui était sûrement l'objectif de C. Tobin, j'explique par là pourquoi je reviens sur notre besoin de reconnaissance ) peut donc consister à parler de symptômes, traitements ou fragilités, mais aussi de notre capacité d'adaptation, de mise en relation ou de réussite professionnelle. C'est sur ces dernières approches que des écrivains devraient s'exprimer à mon avis. Car en effet, Laurence, peu de monde s'intéresse à la définition exacte ( ou plus précise ) d'un délire ou d'une hallucination, même en ayant dans son entourage une personne malade. Par contre, je me demande si un ouvrage présenté comme un guide ne pourrait pas plus intéressé monsieur tout le monde.
Dans ce guide, je ne voudrais pas que l'on donne des conseils sur la manière de se comporter avec un schizophrène, je préfèrererais que l'on s'attache à décrire notre mode de vie ( ou plutôt nos modes de vie ) en des termes simples, à la portée de tous, ET SURTOUT, en l'absence de connotations médicales.
Le livre de C. Tobin est peut-être ainsi fait, je ne l'ai pas lu. Il existe probablement des autobiographies ou des recueils de témoignages, mais je ne parle pas de cela. Je parle d'un ouvrage facilitant le contact d'une personne qui n'est pas malade avec un schizophrène. Parler de délires ou d'hallucinations inquiète et inquiètera toujours. Il ne faut pas partir de là pour parler de nous. Je peux donner un exemple de ce qui pourrait figurer dans un tel ouvrage :
" Certains schizophrènes ont un travail. Il y en a pour qui ça ne pose quasiment aucun problème. Il y en d'autres pour qui on a mis en place un cadre de travail adapté à leurs handicaps. Des exemples : ... " ( toujours en essayant de ne faire aucune référence médicale mais bien sûr en insistant sur les difficultés au quotidien, sur la RÉALITÉ de ces difficultés ).
" Si certains schizophrènes se montrent distants vis-à-vis d'autrui, y compris de personnes proches, ils n'en ont pas forcément moins envie d'aller plus loin dans la relation. Le cadre a son importance. Ils sont plus à l'aise ( par exemple, je ne suis pas celui ou celle qui pourrait écrire un tel bouquin, j'essaye d'éclaircir mon idée ) à certains moments de la journée ou dans certains lieux. "
Bien sûr, ce genre de choses ont déjà été dites. Mais n'y a t-il pas toujours des références médicales très pointues ( même vulgarisées, ça reste très pointu. C'est ce que nous n'apprenons pas dans le livre qui est très pointu ) ?
Je pense donc à un livre qui nous présenterait comme des gens gravement malades ( en introduction, il suffirait de dire que nos problèmes relèvent de la psychiatrie, que nous sommes des psychotiques, que c'est différent de la psychopathologie, que nous n'avons bien souvent aucune emprise sur ce qui nous arrive mais que le traitement a une certaine efficacité ... ) mais surtout comme des gens FRÉQUENTABLES ( quand on se soigne ou sommes soignés ).
Je ne dis pas que ce qui a été publié jusqu'à maintenant est inutile. AU CONTRAIRE. Mais je pense que le meilleur moyen de faciliter notre vie relationnelle est d'éviter certaines références au vocabulaire psychiatrique. Qui lit " délire " s'imaginent beaucoup de choses. Qui lit " repli sur soi " pense que nous ne souhaitons voir personne...
En complément des écrits qui existent déjà sur la schizophrénie, j'espère qu'une approche plus humaine, plus terre-à-terre, prendra place au côté des guides qui nous expliquent par exemple comment vivre à deux, comment trouver le bonheur ou encore comment gérer sa situation familiale.°°°
Voilà. Il faudrait en même temps éviter les conseils du genre " si votre ami est comme ça, faites ceci ou dites lui cela ".
A bientôt.
Felipe.
P.S : Je te crois Laurence, les romans se vendent plus faclilement.
°°° note : Parmi ces livres, on trouve aussi des sujets comme l'autisme, la dépression ou d'autres maladies graves. La schizophrénie n'a rien à voir avec la dépression, mais je parle surtout de méthodes visant à attirer l'attention des gens. La gravité de la schizophrénie serait de toutes façons précisée dans le livre en question ( et à l'arrière du bouquin ). Si je me dis que la présence d'un livre sur la schizophrénie parmi d'autres parlant de beaucoup de choses pourrait être une bonne chose, c'est aussi parce que le mot " schizophrénie " est déjà compris par la plupart des gens comme " maladie grave ".