Bonjour Agathe, ou bonsoir,Les questions que tu te poses sont intéressantes. Tu parles de " violence interne ", et c'est vrai que ce mot est juste. Si des gens peuvent croire que nous nous faisons violence, si la violence comme actes de destruction envers un corps humain concerne beaucoup de schizophrènes, la violence dont tu parles est beaucoup moins connue. Elle n'est pas seulement à l'image d'un délire ou d'hallucinations, elle est aussi une entité bien à part qui nous empèche d'avoir des relations comme tout le monde. Je suis de ton avis, les crises que nous avons vécues génèrent des peurs sur le long terme. Je ne sais pas si on peut parler de destructuration, en tout cas, le traumatisme d'une crise aigüe est tel que nous pouvons douter de nous et remettre beaucoup de choses acquises en question. Là, je crois que la psychanalyse peut aider.
Oui, nous sommes beaucoup plus sensibles que des gens en bonnes santé. Plus fragiles surtout, car être sensible ne signifie pas forcément décompenser. Les qualités dont tu parles à propos de tolérance et d'ouverture d'esprit n'empèchent pas d'avoir des défauts qui peuvent être invivables. Je ne dis pas ça pour moi ni pour les schizophrènes, c'est selon moi valable pour tout le monde. On peut prêcher la tolérance et voter pour l'extrême droite par exemple. Et puis dans mon cas, je sais qu'avoir une philosophie de la vie idéaliste ne permet pas forcément d'être aimé. Il est bon de voir les choses simplement parfois, et c'est une autre histoire, car ma sensibilité ( la mienne, je ne dis pas que je suis plus sensible que quiconque ) me joue des tours. Je peux me tromper sur le sens du comportement de quelqu'un envers moi, et je peux aussi être désagréable ( je ne parle pas de mon humeur mais d'un manque de charisme ). Quelqu'un peut avoir du répondant, sourire ou pleurer au bon moment, je ne réagis pas comme il le faudrait. Il n'y a pas que la peur des autres ou le manque d'estime de soi qui m'handicape. Mais bon, j'espère que la psychanalyse peut aider dans tout ça. Il y a des choses qui changent en nous sans qu'on le veuille vraiment et sans qu'on y prête attention. Les petites améliorations génèrent des attitudes plus appropriées face à quelqu'un.
Enfin voilà. Je m'arrête là, je ne voudrais pas partir sur un autre sujet.
Ah, je voulais te dire que tes propos ont changé ma façon de concevoir le statut d'handicapé. Je m'étais déjà interrogé là-dessus, et j'ai réalisé qu'on pouvait parler de statut en ce qui concerne les handicapés qui ne travaillent pas ( ça me gênait avant ). Finalement, la maladie nous caractérise tellement qu'on peut parler de statut à part entière. C'est plus difficile à accepter quand on va mieux et qu'on peut travailler, mais on reste très fragile.
A bientôt.
Felipe.