Bonsoir à tous, Je vous remercie pour vos réponses enrichissantes, Amateur, Pandore, et Laurence.
Sans vouloir créer "un club de schizos", je pense que certains schizophrènes de ce forum peuvent se sentir "envahis" par les non-schizophrènes. Je pense notamment aux plus fragiles, ceux pour qui sortir faire des courses est un exploit, ceux pour qui conduire une voiture est un exploit, ceux pour qui poster sur ce forum est un exploit. Il suffit de regarder les chiffres: le nombre de lectures est disproportionné par rapport au nombre de messages. Les schizophrènes qui ne font que lire peuvent être intimidés par tous ces gens non-schizophrènes à la syntaxe claire, au discours ordonné, sérieux, ancré dans la réalité (quant aux petites disputes qui peuvent facilement effrayer...). Et je ne parle pas de tous ceux qui disent avoir longuement hésité avant de poster, ceux qui s'excusent d'avoir ennuyé le lecteur après un long message...etc.
Bien entendu, il ne faut pas tomber dans un paternalisme condescendant et s'imaginer que ce forum doit être un hopital virtuel, complètement déconnecté de la réalité: si des schizophrènes ont peur de s'exprimer sur ce forum, ou s'ils n'ont pas les pensées suffisamment claires pour le faire, et bien ce forum peut être le lieu d'une confrontation en douceur avec la réalité (on a en effet du mal à imaginer un forum où seuls les schizophrènes les plus fragiles s'exprimeraient: quiproquos, erreurs de syntaxe, absence de fonds dans les discussions bref tout ce qui découle d'un désordre de la pensée ou d'un repli sur soi). Le forum doit aussi garder son côté pédagogique et informatif.
Par ailleurs, il y a un défaut à ce forum qui lui est inhérent: l'identification à l'autre à travers la lecture des messages. Je pense qu'il est aussi mauvais pour un schizophrène que pour un non schizophrène (qui croit être schizophrène)de trop se reconnaître dans certains messages. Trop de messages écrits par des gens qui se croient schizophrènes peuvent induire le vrai schizophrène à penser qu'il est encore plus atteint qu'il ne le pensait, et l'empêcher de conceptualiser correctement sa maladie, l'empêcher de la comprendre. C'est également vrai pour celui qui croit être schizophrène: c'est mon expérience qui parle: on peut se sentir à même de comprendre toutes les souffrances des autres, s'approprier un statut pour ce qu'il a de confortable (je pense notamment à Demi-Lune qui, après deux ou trois messages sur ce forum, s'est mis à parler comme un schizophrène sans avoir été diagnostiqué, mais bon, il a dix-sept ans et la jeunesse excuse certaines choses).
C'est donc pour cela que j'ai constaté, et non décidé, que mes messages seraient moins nombreux: j'éprouvais un plaisir certain à renseigner les parents de schizophrènes ou les étudiantes en psychologie sur ce qu'était la schizophrénie, et force est de constater que je n'ai plus le droit de le faire (du moins sans préciser que je ne suis pas schizophrène).
Voilà, il est tard, il faut que j'aille me coucher, même si ma psy a divisé par deux ma dose de risperdal et qu'il est probable que je me réveille plus tôt demain.
Sympathie,
Nicolas.