Bonjour Chile,Si je suis capable d'introspection, c'est parce que je suis plus ou moins stabilisé. Je vais mieux. Mais cela m'a pris plusieurs années avant d'en arriver là. Je suis malade depuis plus de 7 ans et dans les premières années, il m'était impossible de prendre autant de recul qu'aujourd'hui. Le plus dur, comme on le dit souvent, c'est de reconnaître qu'on est schizophrène, qu'on a une maladie mentale. ça ne se fait pas du jour au lendemain, se dire " ok, je suis schizophrène " ne suffit pas. Je me suis rebellé contre mon psy, mes parents et contre la société au début. C'est encore le cas aujourd'hui d'ailleurs, mais j'arrive plus facilement à me raisonner.
Le traitement est indispensable, il faut le prendre régulièrement, mais là encore, on ne l'accepte pas aussi facilement. Au début, tout est sujet au délire, y compris la prise en charge médicale. Alors j'imagine qu'il faut être patient pour les parents. Cependant, ils m'ont beaucoup aidé à aller mieux. J'ai toujours eu la possibilité de me confier à ma mère par exemple. Quand on délire et qu'on est agressif avec ses parents ( je parle de mon cas en fait ), c'est une façon de se confier finalement. Il faut toujours que les parents soient là, à l'écoute, même si on est agressif. C'est dur pour eux, ils doivent nous supporter, ne pas cautionner un comportement trop marginal, mais il faut qu'ils soient présent. La famille est mon seul refuge, c'est en tout cas le premier refuge. Grâce à la compréhension de mes parents, je parviens tout doucement à m'imaginer avoir une vie sociale et professionnelle à peu près normale. J'ai encore du mal, mais je ne me sent plus complètement démuni.
Ma mère me disait souvent : " il n'y a rien d'anormal à voir un psy ", elle en voit un aussi. Elle m'a expliqué que de nombreux schizophrènes pouvaient vivre normalement, que la médecine avait fait de grands progrès. L'image que l'on a de la psychiatrie est souvent celle que l'on découvre à la télévision, dans des films surtout. Là, elle n'est pas très jolie. Alors on refuse de se soigner, et puis on n'arrive pas à croire en l'avenir. Maintenant, il y a eu de bonnes émissions sur la folie, mais les films sont souvent effrayants. Le plus dure est donc de réaliser qu'un médecin veut avant tout que nous nous portions mieux, qu'il veut notre bien-être. Il faut peut-être essayer de valoriser les professions médicales. Ma mère a été infirmière, ça a du m'aider.
Maintenant, il est vrai que je suis longtemps resté hermétique à ce que pouvait me dire mes parents. On a aussi besoin de reprendre confiance en nous, d'être encouragé dans ce que l'on fait. ça prend du temps. Je crois que les parents d'un schizophrène ne doivent pas être trop autoritaires, même si on a des comportements inacceptables. Il faut savoir dire non, il ne faut pas aller dans le sens d'un délire, mais il y a moyen de le faire sans envenimer la situation. Parfois, si notre attitude ne comporte aucun risque majeur, il vaut peut-être mieux se taire, essayer de changer de sujet, parler de choses agréables.
Parfois, c'est en voyant mes parents pleurer ou se disputer que j'ai compris que je devais faire des efforts pour me soigner. Par amour pour eux. Si votre enfant a du mal a créer des liens avec vous, il pourrait très bien en créer avec quelqu'un d'autre. un autre membre de la famille, un ami. Vous pouvez peut-être demander à voir discrètement ses camarades ( ses bons amis ) pour leur demander d'être compréhensifs, de ne pas le rejeter alors qu'il est peut-être plus distant avec eux. Une présence suffit pour que l'on se sente mieux, même s'il n'y a pas beaucoup d'échanges.
Fumer des joints aggrave nos symptômes, c'est bien connu. Pourtant, il n'est peut-être pas très bon de faire trop souvent la morale à son enfant. Contrairement à ce que l'on peut penser, quelqu'un qui délire est réceptif à ce qu'on lui dit. Enfin, d'une certaine façon. Sa mémoire rentre en jeu, sur le coup, il ne comprend pas, mais ce qui est dit peut servir plus tard. Alors c'est bien de dire de temps en temps : ne fume pas ( et expliquer pourquoi surtout ), inscrit-toi à l'ANPE, essayes de reprendre les cours, sors un peu, viens avec nous en randonnée, ou bien pour faire les courses ... c'est bien de le dire régulièrement, mais pas de manière intempestive. Il faut lui laisser un espace de liberté qui s'est réduit considérablement depuis ses premiers symptômes et son premier internement.
Avec le temps, grâce à l'amour que vous avez pour lui, grâce à l'amour qu'il a pour vous, grâce à l'acceptation d'une dure réalité et la prise en charge médicale qui lui est associée, il arrivera progressivement à se poser les bonnes questions.
Il y a différents cas de schizophrénies aussi, certains auront beaucoup plus de mal à s'en sortir que d'autres. C'est souvent une question de temps.
Ce qui m'a aidé aussi, c'est d'obtenir un diplôme équivalent au Bac, et d'avoir trouvé une femme. Ma vie est loin d'être agréable ( j'ai ce qu'on appelle des symptômes négatifs, et encore quelques délires ), mais j'arrive plus facilement à me projeter dans l'avenir. C'est important. Avoir des projets, réussir dans ce que l'on fait. Essayez de valoriser au maximum le moindre effort que votre enfant fournira. Il n'y a pas que les compliments. S'il a changé une ampoule, vous pouvez par exemple lui proposer d'en changer une autre. S'il a rangé sa chambre, vous pouvez lui faire remarquer que ses amis seront content de venir chez lui.
Maintenant, comme les schizophrènes ont souvent du mal à s'entendre avec leurs parents, il ne faut pas non plus trop s'imposer. Vous ne " percerez " pas les " murailles " qui l'entourent. Vous lui montrerez la sortie : les soins, la place qu'il occupe dans la société, les efforts récompensés ...
Cordialement. Courage ! Et comme je dis souvent : patience !
Felipe.