Modifié le 14-02-03 à 20:22 (GMT)Bonjour flore,
Votre question éveille en moi des souvenirs douloureux, parce que vous n'êtes pas la première à qui cela arrive. Nombre de médecins ont le souci - en soi louable - de ne pas accabler leurs patients d'une étiquette pénible - et celle de schizophrène l'est, terriblement, à mon avis. Donc, on vous prescrit des médicaments pour schizophrènes, mais on refuse de vous attribuer le qualificatif.
Le problème, c'est que le diagnostic s'exprime malgré tout par le traitement que l'on vous prescrit. Si l'on vous jugeait dépressif, par exemple, on vous proposerait une autre classe de médicaments.
Pour parler de mon cas: j'ai été étiqueté schizophrène très jeune (Je crois savoir que c'était à sept ans!). Le diagnostic ne m'a jamais été annoncé. Je n'a appris qu'à l'approche de la quarantaine que mes parents m'avaient toujours considéré comme un handicapé psychique. Et, voici quelques années, j'ai pu consulter le dossier que les institutions psychiatriques de ma ville natale tenait à jour à mon sujet. En effet, à Genève, la loi permet, depuis un peu plus de dix ans, à un patient psychiatrique de consulter son dossier. J'ai donc appris que le terme "schizophrène" avait bel et bien été utilisé, mais une seule fois, par un psychiatre qui m'avait vu à 12 ans, et qui, constatant que j'étais mal à l'aise devant lui, avait aussitôt diagnostiqué une schizophrénie infantile, et m'avait prescrit des médicaments.
Ce terme n'a jamais été repris par la suite. On a plus tard parlé de "troubles psychotiques", de "personalité émotionellement labile tendance borderline", etc. Je ne sais pas quels termes ont été utilisés lorsque j'avais sept ans...
Très franchement, je crois que pour certains psychiatres, le terme "schizophrénie" a effectivement peu de signification en lui-même, d'autant plus que sa définition varie d'un pays à l'autre. J'ai même l'impression que le terme schizophrénie est utilisé davantage dans la communication avec l'extérieur que dans la pratique quotidienne - en tout cas, c'est ce que j'ai pu constater à Genève.
Bref: je peux comprendre que votre psychiatre refuse de vous coller une étiquette, et je comprends aussi que cela vous dérange. Il y a des gens que même une étiquette comme celle-la rassure: on aime parfois mettre un nom à son trouble. On a alors l'impression de donner une "identité" à son "ennemi": "Je me bats contre la schizophrénie". Ou: "je souffre de trouble psychotiques".
Mais... ce qui est vraiment important, c'est que vous affrontiez vos problèmes.