Bonjour à tous,Je suis désolé, mais j’hésitais entre deux titres. Alors, choisissez celui que vous préférez.
Je vais m’exprimer autrement. S’exprimer autrement… Tous ceux qui s’expriment dans le négatif ou qui manquent de sincérité dans leur expression peuvent s’exprimer autrement; tout est en eux, il leur manque juste de s’y raccorder, il suffit qu’ils conjuguent la sincérité à l’expression, et ils connaîtront l’ouverture, la flamme rejaillira. C’est le défi que je me propose de relever aujourd’hui, et j’ai bien l’intention d’y arriver.
Je vais d’abord raconter mon histoire. Est-ce que c’est une histoire comme les autres? Je ne sais pas. Est-ce que c’est une histoire importante? Je ne crois pas. De toute façon, il n’y a pas d’histoires importantes; il n’y a que ce qu’on en fait, c’est ce qui compte. Il n’est jamais trop tard pour changer, pour recommencer sa vie, pour se reconstruire. Il faut savoir par où commencer.
Récapitulation... Je suis né en 1982. Je vais sauter 20 ans pour me retrouver en 2002. J’ai 20 ans – j’ai toujours 20 ans aujourd’hui. Je commence ma première session à l’université. Je suis inscrit en mineur arts et sciences avec des cours de psychologie et d’autres de communication. Un jour, je me rends à un de mes cours. Je ne sais plus de quel cours il s’agit; je n’ai pas très bien suivi. Je n’ai pas réussi à y arriver. Arrivé au cours, c’est là que tout bascule. Durant, je regarde partout dans la salle. Je ne sais pas ce que le professeur dit; c’est comme si je n’entendais pas. Pas question de savoir ce qu’il dit : je n’écoute pas et d’ailleurs en suis incapable. Tout ce qu’il reste pour moi, c’est que je tourne la tête à droite et à gauche constamment. Dans une direction ou dans une autre, je ne suis pas plus rassuré : c’est la même chose. Si c’est un cours de psychologie, on dirait un cours de démonologie. S’il s’agit d’un cours de communication, il y a beaucoup de communication. Mais je ne fais pas partie de la communication, la communication c’est censé se faire à deux ou plus. Je m’en rendra bien compte : au plus, ce sont deux parties de moi, de mon moi fragmenté, qui tentent de communiquer entre elles. Mais j’anticipe un peu : je n’ai pas autant d’expériences et de connaissance que vous en la matière. Toujours est-il que ce que j’entends, perçois, crois entendre et crois percevoir, je suis le seul à qui cela arrive au même endroit. Mais à ce moment, j’en doute. Je regarde les autres pour voir et savoir s’ils vivent la même réalité que moi. Ils prennent des notes. Ils en prennent toujours d’ailleurs. Comment peuvent-ils prendre des notes? J’en vois quelques-uns qui ont l’air de griffonner sur des bouts de papier. Comment peuvent-ils prendre des notes en de telles circonstances? Cette situation ne fait que rajouter à ma stupeur. Si j’étais stupéfait, je le suis encore plus. C’est alors qu’il me vient à l’idée qu’ils écrivent des moyens de me détruire, des situations dans lesquelles ils pourraient en finir avec moi. Ce que j’entends du professeur, ce que je crois entendre et qui, à ce que je crois, provient du professeur, ne fait que le confirmer. Au bout d’un moment, je n’en peux plus, la pression est trop forte : je quitte le cours fugitivement.
Arrivé chez moi, je me demande si cette situation va se reproduire le lendemain; du coup, j’ai peur d’aller à mes cours. Au moment où je me couche, cela recommence et c’est aussi pire. Les journées suivantes, je me mets à manquer plein de cours. Mais cela ne change rien à la situation, absolument rien. Aussi, je retourne à l’université à l’occasion. Je suis stupéfait, je ne sais plus trop quoi penser, je suis très confus, je suis très, très lent; j’ai des délires et des hallucinations auditives. La plupart du temps, je me sens très menacé.
Un jour, ma mère me fait voir un psy; elle ne me reconnaît plus. J’y vais pour qu’elle ne m’en parle plus, croyant que j’y irais juste une fois. Je me sens trahi même par elle, surtout par elle. Le psy me dit que j’ai comme maladie la schizophrénie paranoïde. J’avais déjà entendu parler de la schizophrénie auparavant, alors je me dis que la schizophrénie paranoïde, c’est encore pire que la schizophrénie « simple ». Au moment où il veut me remettre des neuroleptiques, je me sauve à grandes enjambées et haletant, croyant qu’il s’agit de poison destiné à me rendre fou et à me rempirer dans mon état. Mais j’y retourne quelques mois plus tard.
Entre-temps, le 1er février, je vais voir sur Internet par le mot-clé schizophrénie. Je crois que la schizophrénie, c’est des visions dont le schizophrène est privilégiées. Avant, en ayant déjà entendu parler auparavant, je croyais qu’il s’agissait d’une maladie mentale ayant pour conséquence des hallucinations. Maintenant, je troque la possibilité d’hallucinations pour celles de visions du futur et des immenses possibilités qui se cachent dans une réalité que la plupart des gens ne peuvent pas percevoir. Cette réalité est censée tisser et meubler nos vies. Je vous passe les détails. Mais sur Internet, ils parlent tous d’une maladie. Je ne crois alors plus être schizophrène. Ils parlent d’une maladie grave. Je suis curieux de voir et savoir ce que cette maladie grave peut être. Et comme mon psy m’avait parlé de schizophrénie, je continue mes recherches. Je découvre un forum. « Forum médical sur la schizophrénie ». Je deviens très vite, tout de suite, dépendant du forum. Pourtant, je ne crois pas être schizophrène. Mais je manque des cours universitaires pour aller sur le forum. Quelques jours plus tard, j’évoque la possibilité d’être schizophrène. Je me dis alors que je dois nier l’être, me le répéter sans cesse, et que la maladie partira de cette façon; qu’à force de tels conviction et acharnement, je guérirai. Mais rien ne s’est passé de cette façon. Au, tournant, j’ai eu une surprise. Dans le contre-coup de la déception, je me dis que je m’étais trompé et que je n’étais pas schizophrène, que je ne l’ai jamais été. C’est pour cette raison que, dans mon premier message, j’avais écrit ne pas être schizophrène. Mais ma vie ne change pas et c’est toujours aussi difficile. Je me souviens d’un message qui m’avait fait pleurer. Il était écrit qu’on en guérit pas et qu’on l’est pour la vie. C’est le seul message qui m’a fait pleurer. Je lis les témoignages. Un jour, je décide d’écrire mes réactions, impressions et commentaires.
J’avais peut-être manqué de sincérité, mais vous savez pourquoi maintenant.
Maintenant que je sais que je suis schizophrène, est-ce que je suis plus fort? Je ne sais pas. Bon, oui, à partir du moment où je le sais, je peux faire quelque chose pour améliorer mon état., me battre, lutter dans l’adversité de la maladie, surmonter les difficultés de la vie, sortir des épreuves peut-être plus forts qu’auparavant, en tout cas aguerri. Maintenant que je le sais, est-ce que j’ai plus d’humilité qu’avant? Sûrement…
Merci, Charly, pour tes conseils. Je n’oublierai jamais quand j’ai lu qu’une fois tes neuroleptiques pris, tu n’y pense plus. Car moi, j’ai du mal à les accepter. C’est normal, je ne fais que commencer à en prendre. Sache que tu es une source d’inspiration, qui m’illumine sur mon chemin.
Ça va bien aujourd’hui, mais est-ce que ça va aller bien demain? Je suis constamment confronté. Je suis toujours dans le doute, dans l’incertitude. Et si ça va bien aujourd’hui, c’est que j’ai pris des neuroleptiques. Car maintenant, j’en prends. Je voulais écrire longuement. A l’époque où je n’étais pas encore schizophrène, où j’étais jute « schizoïde », je me disais : c’est facile d’écrire, mais c’est plus difficile d’arrêter. » Je voulais être capable d’écrire. Serai-je obligé de prendre des neuroleptiques demain?
Depuis, j’ai plein de questions en tête, qui me « hantent l’esprit ».
Comment ça s’est passé pour vous au début? J’aimerais que vous me répondiez. Mais, bien sûr, vous n’en êtes pas obligés. Peut-être que vous préférez ne pas y penser.
Est-ce que c’est vrai que notre état rempire sans cesse jusqu’à l’âge de 35 ans? J’ai lu cela. Est-ce que c’est obligé? Est-ce qu’il ne pourrait pas se stabiliser? Est-ce qu’il pourrait même s’améliorer?
Est-ce qu’on peut continuer à aller à l’école quand même? Certains ont dit que oui. Mais c’est déjà si difficile pourtant. Et si mon état rempirait… ?
J’ai lâché mes cours de psychologie. Je ne pourrai plus exercer cette profession. Par contre, je vais toujours à mes cours de communication et à mon cours de cinéma. J’ai un cours de cinéma aussi. J’aurai moins de crédits, mais c’est plus facile que d’assister à tous mes cours.
J’espère que j’ai ma place sur ce forum. J’en doute, mais j’ai tout de même pris une chance. Si on ne prend pas de risques, ça ne vaut pas la peine de vivre.
Mon message est long, alors si vous l’avez lu in extenso, merci et j’espère que vous avez apprécié. Si vous n’avez lu que la première et la dernière phrase, j’espère également que vous avez aimé, que vous les avez appréciées; si oui, vous lirez peut-être les autres phrases quand vous aurez le temps, plus tard.
Cordialement,
StéphaneA