Bonjour à Brechen et à tous les autres,A priori le sujet de ton travail est intéressant, mais je me demande si tu as bien pris toute la mesure du facteur "médicaments".
En effet, je ne peux penser à mon rapport au corps sans éluder le fait que mon traitement me diminue de manière considérable physiquement parlant. Les neuroleptiques inhibent la dopamine qui, comme tu le sais probablement, agit sur le contrôle des mouvements. Pendant les premiers mois de mon traitement, j'avais du mal à marcher, j'avais toujours envie de baver, chaque geste était un effort. La situation s'est améliorée, mais je dors toujours douze heures par jour et j'ai pris vingt-cinq kilos en huit mois. Je ne me sens plus aussi bien qu'avant, plus aussi agile, plus aussi vif, même si cela s'améliore avec le temps.
Cela dit, ton message m'inspire plusieurs réflexions qui, je pense, pourraient être utiles à ton travail:
Avant, pendant les années qui ont précédé ma crise de bouffées délirantes, je faisais de la musculation, je vouais un certain culte à la virilité et à la force, j'avais peur de l'aggression, de la bagarre, je voulais être fort, prêt en toute situation à me défendre. Cette peur perpétuelle de la violence et ce rapport à mon corps et à ma santé étaient en fait des éléments annonciateurs de mon sentiment de persécution, très fort au moment de ma crise, et dont je ne puis ici donner des détails,pour ne pas déstabiliser les autres membres du forum, mais qui auraient pu être intéressants.
Disons qu'avec le traitement et ma réflexion personnelle, au fil des mois, j'ai perdu cette "combativité", ce besoin de dépassement perpétuel: c'est tombé comme une feuille morte. J'ai nettement perdu cette sorte de culte que je vouais à mon corps, je ris de moi-même en repensant aux moments où je contractais mes muscles devant mon miroir, où je faisais mes exercices jusqu'à la douleur en pensant qu j'étais une sorte de héros. Le traitement a eu pour effet de faire cesser en moi ces petites rêveries violentes, de bagarres, d'aggressions, qui me donnaient la force de faire mes exercices, musique à fond et dents serrées.
J'ai aussi perdu un certain sens du rhytme, si important pour un sportif: pendant des mois, je n'ai plus trouvé aucun intérêt à la musique. Mais cela revient peu à peu.
Avec la conscience de ne plus être aussi en forme qu'avant, j'ai perdu tout désir de faire du sport et, d'une manière plus générale, tout désir de compétition. J'en fais peut-être un peu trop maintenant dans le registre de l'intellectuel écrivain (j'écris beaucoup)qui ne pense plus à son corps, mais c'est dans ma nature: quand je n'entrevois plus la possibilité d'être le meilleur, j'ai tendance à abandonner.
Salut,
Nicolas.