Modifié le 20-11-04 à 09:12 (GMT)"Catherine Derivery réprochait au cours de l'émission à la psychanalyse de ramener sans cesse les dépressifs dans leur passé, de les replonger dans des souvenirs douloureux qui constituaient (éventuellement ou assurément) la cause de leur dépression, ce qui en fait s'avère néfaste ou même dangereux, puisque de toute façon on ne peut effacer le passé. De fait, suivant un psychiatre dont je n'ai pas retenu le nom, une étude anglaise a démontré que les gens que l'on avait "fait s'exprimer" après un évènement traumatisant subissaient un contre coup plus grave et plus long en moyenne que ceux qui n'étaient pas passés par une "cellule psychologique". Cela s'expliquait par le fait qu'on imprime plus profondément dans sa mémoire ce qu'on a revécu par la pensée. Un médecin avec qui j'ai correspondu m'a rapporté que, chargée d'étudier le devenir des rescapés de déportation de la dernière guerre, elle avait constaté que ceux qui avaient éprouvé les plus grandes difficultés de réadaptation à une vie "normale" étaient ceux qui n'avaient pas réussi, sinon à oublier, du moins à mettre un maximum de distance par rapport à leurs calvaires."
Bonjour,
A mon avis, il y a d'énormes confusions dans les points de vues que vous citez, beaucoup trop de généralisations. Comme si la psychiatrie pouvait se résumer à quelques phrases de journalistes...
En ce qui me concerne, à partir de mon expérience personnelle, j'ai exactement le point de vue inverse. Mais ce n'est pas du tout facile à expliquer.
Mes problèmes sont bien liés au passé, mais un passé qui au lieu de revenir sous la forme de mots ordonnés dans une histoire, me revient en quelque sorte sous forme de symptômes, de sensations, d'images déconnectées de leur sens, de sensations déconnectées de mon histoire, etc., le tout aboutissant à m'occasionner des souffrances psychiques et une vision déformée de ma réalité actuelle.
Le but de la thérapie est, sous la forme d'un récit exprimé oralement à quelqu'un, de rattacher progressivement les causes et les conséquences, de remettre les sensations dans leur contexte passé, pour finalement retrouver une vision de la réalité plus objective. Le langage permet petit à petit de se détacher de ce passé, de le "détoxiquer", pour que finalement il soit là, mais plus sous une forme effrayante, démesurée et déformée, simplement sous la forme d'une histoire, débarassée de ses fantômes.
Par contre, ce qui exact, et c'est probablement de là que viennent les confusions citées plus haut, c'est que tout le monde n'a pas besoin de psychothérapie pour guérir de son passé. Nous ne sommes absolument pas tous égaux.
Chacun ayant un terrain différent, face au même traumatisme, les défenses naturelles psychiques de certains pourront assez facilement prendre le dessus et faire revenir le mental au calme et à l'absence de symptômes. Par contre pour d'autres, cela n'est pas possible, les symptômes s'imposent en force, et le recours à la thérapie devient indispensable pour retrouver un équilibre.
La rédaction de son livre a probablement aidé la journaliste que vous citez à faire ce travail : dans son cas c'est le livre qui lui a servi en quelque sorte de psychothérapie. Mais combien de personnes sont capables d'écrire un livre ? C'est toujours amusant d'écouter les conseils du milieu journalistique bobo parisien... Primo Levi avait tenté d'exorciser le traumatisme des camps dans son livre... pour lui ça n'a pas suffi.
Le besoin ou non de thérapie ne peut être senti que par la personne concernée elle-même, avec l'aide d'un spécialiste compétent, possédant une véritable expérience clinique, qui pourra juger si les défenses de la personne sont sévèrement atteintes ou non. Cette capacité n'est pas donnée à tous les psychothérapeutes, demande énormément de doigté, de finesse, d'empathie, et aussi une grande éthique personnelle.
Cordialement,
Pandore