Bonjour,Je vais peut-être raviver un vieux serpent de mer du forum mais vous m'en excuserez compte tenu que je ne fréquente celui-ci (peu assidûment il est vrai) que depuis 2 petits mois.
Certains verront peut-être dans mon propos l'influence de l'actualité (le forum social européen), ou la résurgence d'idées nauséeuses visant à nier l'existence de maladies mentales (sorte de révisionnisme psychiatrique dont je me garde bien), néanmoins je me défends de tout prosélytisme et tout ce que je vais dire me semble découler d'une démarche personnelle des plus neutres possibles. Ces précautions oratoires étant prises je peux en venir à l'objet de mon post.
Je commencerais par parler un tout petit peu de moi. J'ai connu il y a plus d'un an un gros passage à vide, mélange de dépression et de symptômes psychotiques, et suis actuellement un traitement Effexor/Zyprexa - Je ne m'étendrais pas sur les nombreux bienfaits de celui-ci, de nombreux posts le font mieux que moi. Je pense à titre personnel que cette grosse fracture dans ma vie peut être imputée (entre autres) à trois années de classe préparatoire, non seulement éprouvantes pour l'amour-propre, mais aussi très insidieuses quant à la nature des rapports humains qu'elles ont développés. Même si je n'ai pas réellement connu l'esprit concours, la compétition à outrance ( et même dans ce grand lycée parisien ), j'ai eu la très nette impression d'être formaté par le système : non seulement des rapports de comparaison entre les élèves s'instaurent "naturellement" au niveau des résultats scolaires ( "tu as eu combien au devoir de math?" "quel est ton classement ?" ), mais aussi, et c'est le plus grave, pour tout le reste. Je me suis SENTI après la prépa, en permanence jugé, noté, évalué, classé, pour tout ce qui touchait les moindres actions de ma vie de tous les jours, et je pense que cette pathologie est une conséquence du système des prépas... j'en sors peu à peu heureusement (même si je suis en DEA et que, ô surprise, on nous promet des devoirs, des notes et un classement !)
Plus généralement je me demande quelle est la part d'influence du monde , de la société, dans lesquels nous vivons, sur notre santé mentale. Est ce que la course effrénée vers le profit, la déshumanisation sociale peuvent être des causes de dépression, schizophrénie, suicide ? Que devient la santé mentale d'un ouvrier de Lorraine dont l'usine ferme pour cause de rentabilité économique ? Que se passe-t-il dans le cerveau d'un cadre supérieur stressé et pressuré jusqu'à la pulpe, qui voit ses enfants grandir sans prendre part à leur développement intellectuel ?
Les exemples ne manquent pas, il suffit d'ouvrir les journaux tous les matins pour constater de cette relative horreur sociale.
Mais est-elle pour autant une cause avérée de maladies mentales supplémentaires ? En d'autres termes quelle est la part du milieu ou à l'opposé la part de l'innée dans le développement de ces maladies ? Et si comme on veut bien le penser, ni l'un ni l'autre ne prédomine réellement, que peut on faire pour réduire les causes dues à notre environnement ( je n'envisage pas encore l'usage de thérapies géniques ciblées sur un prétendu gène de la schizophrénie ) ?
"Un autre monde est possible" disent-ils, on peut être tenté de les croire et moi le premier. Un autre monde, forcément meilleur, donc avec moins de suicide, moins de malades...
Est ce que l'utopie est une maladie ? Est ce que croire à cet autre monde possible est une forme de pathologie ? Refuser en bloc la réalité de tous les jours, celle qui est imposée par l'ordre des choses, pour se construire une autre réalité, est ce de la schizophrénie à l'échelle collective ?
Je ne veux pas laisser penser que je possède des réponses à ces interrogations... je laisse celles-là aux marchands de vérité prémachée, préemballée. Je voulais juste vous faire part de mon inquiétude devant l'évolution de notre société, et plus encore de mon inquiétude sur cette inquiétude : est-elle légitime, ou dois je accepter une certaine barbarie du monde telle qu'elle est, comme un moindre mal ?
Voilà
J'attends vos témoignages quant à tout ça, l'influence du social sur votre vécu de malade etc...
Merci de m'avoir lu jusqu'au bout
Julbilatoire