Bonjour,J'en étais au même stade que toi.
Voici mon histoire :
Alors voilà comment ça a commencé : la veille de la fête des mères, j’ai envoyé un courriel à une amie médecin lui demandant de faire les papiers nécessaires à la prise en charge de mon placement en établissement de soins.
Quelques mois auparavant, mon mari m’avait demandé d’aller la voir – il s’était confié à elle, lui racontant ses inquiétudes quant à mes consommations abusives d’alcool – et elle m’avait expliqué qu’elle connaissait un endroit très bien à la montagne où je pourrais me faire soigner et m’avait laissé le temps d’y réfléchir. Le fait de ne pas m’avoir brusquée, ni elle ni mon mari, a certainement joué dans le mûrissement de la prise de décision. J’avais déjà depuis longtemps pris conscience de mon alcoolisme mais, comme nous tous, n’arrivait pas en parler. Donc la veille de la fête des mères, alors que j’avais encore trop bu, mon mari m’a dit, gentiment mais fermement, « tu ne veux pas faire ce séjour à la montagne dont t’a parlé B. ? ». Ca a été le déclencheur, je lui ai envoyé ce courriel dans le ¼ h qui a suivi et ai une réponse de sa part immédiate me disant qu’elle me donnerait la prise en charge le dimanche suivant.
Dès lors, je n’ai plus eu qu’une hâte : partir. J’ai pisté la sécu pour que la prise en charge soit faite rapidement et l’établissement pour avoir une place dès début juillet car je voulais faire ça en juillet durant mes congés (je ne voyais pas comment justifier 3 semaines ou 1 mois d’arrêt de travail à mon boulot, étant plutôt en excellente santé et toujours souriante). L’attente fut très dure et très longue, mes bagages étaient prêts depuis le début juillet, je n’attendais qu’un coup de fil. C’est à ce moment là que j'ai découvert ce forum ; je crois avoir écumé le net sur le sujet durant cette attente.
Finalement, je suis partie le 12 juillet, en voiture (d’où mes posts sur le sujet) : 7 heures ½ de route sans problème pour arriver là-bas. Ce n’est pas un établissement de cure. C’est un ancien sanatorium « transformé » en centre de rééducation fonctionnelle ; j’y ai rencontré notamment là-bas de nombreux blessés au genou, à l’épaule, au dos ainsi que des brûlés et des insuffisants respiratoires. Ceci a son importance, car le fait que ce ne soit pas un établissement spécialisé était pour moi parfaitement adapté. J'ai fait la connaissance de gens absolument charmants avec lesquels j'ai beaucoup échangé. Ils m'ont beaucoup donné avec leur courage et leur bonne humeur et j'ai pu aussi donner de l'amitié et du réconfort, notamment à un grand brûlé que beaucoup évitaient compte tenu de son aspect. Ma voiture m’a également permis de visiter un peu le pays (je ne faisais jamais plus de 10 km et avait l’accord de mon médecin pour ces faibles trajets).
Mon médecin n’est pas alcoologue, mais il connaît malheureusement bien cette maladie car bon nombre de patients là-bas sont alcooliques – certains sont là depuis plusieurs mois, mais pas pour ça – et il « soignait » leur sevrage forcé (pas d’alcool là-bas, mais hélas beaucoup de bistrots au village….). J’étais donc la seule en désintoxication volontaire. Il m’a prescrit ½ Seresta 50mg et 2 comprimés de vitamines B1 et B6 fois 3 par jour. Il faut dire que je n’ai jamais pris d’anxiolytiques, d’où cette faible dose. La troisième semaine il diminué la dose de vitamines par 2, considérant que mon alimentation devait être suffisante (je mange bien et de tout). Le sevrage s’est très bien passé, pas d’envie, pas de suées ni tremblements, seules quelques douleurs au bas du crâne (qui subsistent encore). Analyses de sang bonnes (je fais même partie des 25 % des malades qui ont un taux de gamma GT normal (20 !!)), échographie du foie qui montre un faible épaississement et le reste normal (vésicule, rate, reins, etc.). Il m’a en revanche déconseillé d’arrêter de fumer et fait une radio des poumons qui montre que ça va.
J’ai également rencontré une psychologue là-bas ; nous avons essentiellement parlé de « l’après », de mon mari et de mes enfants. elle a beaucoup insisté sur le fait que s’agissant d’une maladie, il pouvait y avoir des rechutes et qu’alors il ne fallait surtout pas culpabiliser, mais foncer voir son médecin.
Voilà, pendant trois semaines je n’ai pensé qu’à moi. Je me suis fait bronzer, je me suis acheté de nouveaux vêtements, féminins (je suis toujours en pantalon normalement) ; j’ai ré-appris à m’aimer. En plus, ce fut de vraies vacances, sans contrainte de courses, cuisine, ménage, lavage, repassage, etc. Je pense que toutes celles ici qui travaillent comprendront ce que je veux dire : parfois, les vacances c’est plus fatigant que l’année courante avec les enfants, les amis des enfants, la famille, etc. qui font « gérer » une maison avec 15 personnes …… Nous nous sommes écrits quotidiennement avec mon mari, j’ai beaucoup écrit ou téléphoné aux enfants pour les rassurer (notamment mon petit dernier qui a 13 ans). Mon mari a été très proche, il a ainsi compris cette maladie et ses conséquences futures.
Le plus difficile fut sans doute de gérer la vérité que nous n’avons, pour l’instant, dite qu’à certains de nos proches (mes parents pas ceux de mon mari trop fragiles et nos frères et sœurs). Seuls mes parents ont mal réagi, ce qui est – je pense – normal mais a été dur. Enfin, ils me poussent ainsi à couper un cordon que je n’avais sans doute pas assez coupé !
J’ai eu la chance de pouvoir avoir mon mari avec moi les deux derniers jours, il m’a rejoint en train et a pu « habiter » avec moi (les accompagnateurs peuvent être logés en pension complète) et rencontrer mon médecin. C’est lui qui a conduit au retour, c’était plus raisonnable car le Seresta, même à ½ dose m’endort un peu.
Reprise du boulot dès le lendemain matin : difficile de se re-concentrer après 4 semaines de congés dont trois passées à faire le vide en soi pour poser les fondations d’une renaissance, mais les compliments des collègues (tu as une mine splendide, les yeux pétillants, tu as maigri ? etc.) m’ont fait un plaisir immense.
Et puis, il a fallu s’occuper des départs des enfants tous éparpillés en vacances, stressant (machines à laver à la chaîne, courses aux billets de train, passeports etc.) mais du coup, nous avons un mois d’août pour nous deux tous seuls !
Voilà, je vais bien, je dors bien . Je vois mon nouveau médecin – alcoologue – demain et j’ai pris rendez-vous avec une psychologue et je tiens bon. Je n’ai toujours pas d’envies, pourvu que ça dure ! Je vais également aller voir un gyneco et un cardio (je veux faire un complet check-up, car à cause de l’alcool j’ai toujours fui les médecins de peur qu’ils ne le découvrent ….)
J’ai beaucoup de chance : un mari et des amis qui m’aiment, j’ai pu me sevrer dans la sérénité! Je ne peux que souhaiter la même chose à ceux et celles qui en sont au même stade que moi.
Voilà, je savais que je ne pouvais pas m'en sortir seule; alors fais-toi aider ou mieux, si tes enfants sont grands ou si tu peux les faire garder essaye d'aller en cure (ce qui est différent de ce que j'ai fait: moi, c'était un sevrage en milieu protégé). Je te souhaite bon courage, et tu verras on arrive à s'en passer de cette c********* d'apéro!
NB : si tu vas voir un alccologue (ce qu'il faut faire) vas-y avec ton mari. Le médecin lui expliquera ce qu'est cette maladie l'alcoolisme.
Amicalement
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Souris
