Forum Médical

Attention : cette archive du forum est en lecture seule.
Page d'accueil du site

"Définitivement gagnée par l'optimisme !"

Envoyer ce sujet à un(e) ami(e)
Format d'impression
Mettre en signet (membres seulement)
 
Précédente | Suivante 
Accueil Général des Forums
Forum : Arrêter l'alcool (Protected)
Message d'origine

Val. (VNI) (5 messages) Voir addresse IP de cet auteur
25-08-04, 16:23  (GMT)
"Définitivement gagnée par l'optimisme !"
Bonjour à tous,

Cela fait plusieurs mois que je parcours vos messages. Je n'ai jamais bu d'alcool, mon conjoint est alcoolique et mon père également. J'ai quitté mes parents dès que j'ai pu (17 ans) et j'ai mis beaucoup de distance entre mon conjoint et moi (800 km) au bout d'un an de vie commune. Aujourd'hui j'ai 37 ans et je vis seule avec mon fils de 7 ans. Il y a quelques mois, je n'envisageais pas la vie sans "bêta-bloquant" (médicament anti-stress), maintenant j'en prends de façon sporadique et je compte stopper définitivement.. Certes, je ne connais pas la vie de chacun, mais j'ai le sentiment que mon cheminement personnel pourrait être bénéfique à certains.

J'ai constaté un tas de points communs entre mon père et mon conjoint : ils ont vécu des drames familiaux très jeunes et ont beaucoup soufferts. Au fil du temps, toutes ces souffrances se sont transformées en colère, en haine ou bien en totale indifférence (apparente) ... Ils ont toujours cette souffrance latente qui est en eux, tous les jours ils la ressentent. A cette souffrance passée, s'ajoutent les souffrances de la vie, celles que nous rencontrons tous (travail, amour, décès, les petites choses qu'on n'aime pas chez nous ...). Toutes ces souffrances intérieures les torturent (pourquoi, comment, est-ce ma faute, la faute à qui ..).

Que recherchent-ils dans l'alcool ? La plupart des gens boit de l'alcool, mais pas pour les mêmes raisons : se détendre, aider à surmonter une timidité, intégrer un groupe, anesthésier une douleur physique ou morale, ou simplement par plaisir. Nous cherchons tous des palliatifs à nos points faibles ou à nos souffrances : les hobbies, le sport et le travail à haute dose, le sexe, s'occuper des autres, la nourriture, les médicaments.... Mon père et mon conjoint ont un jour rencontré l'alcool qui leur a sans doute apporté une aide, mais cela aurait pu être autre chose ! Bien sûr, le travail, le sport ou le sexe à haute dose peuvent provoquer un infarctus prématuré, les hobbies peuvent interférer dans les couples, la boulimie peut devenir un réel problème mais les médicaments et l'alcool deviennent des poisons mortels s'ils sont consommés à haute dose ....Mais tous ces palliatifs ne font pas disparaître la souffrance, ils ne font que la faire oublier temporairement. Par contre, tous les palliatifs peuvent provoquer un phénomène d'addiction (dépendance physique et psychologique) si on se laisse dépasser par nos souffrances et nos faiblesses. La dépendance physique est relativement facile à traiter avec l'aide des médicaments, mais la dépendance psychologique est profonde et bien plus tenace. Je pense qu'elle est étroitement liée à nos souffrances intérieures.

Alors un jour, je me suis posé la question "pourquoi souffrons-nous tellement" ? et j'ai analysé mes propres souffrances. Finalement, j'ai constaté que tous les êtres humains rencontraient, un jour ou l'autre, les mêmes souffrances. Chacun de manière différente, mais la souffrance finale est la même (par ex: la peine ou la peur).Toutes nos souffrances sont les conséquences de nos actes ou des actes d'autres personnes. Ces actes correspondent à des choix. Ces choix peuvent être bons ou mauvais selon les personnes qui les vivent : certains y trouveront joie, succès et force, alors que d'autres y trouveront souffrance, erreur et faiblesse. Par ailleurs, les choix que nous faisons (ou que les autres font), sont toujours motivés par l'éducation qu'on a reçu et par les multiples règles et conditionnements que comptent notre société. De ce fait, la plupart des souffrances que l'on peut ressentir n'est pas le fruit d'une volonté de nuire mais les conséquences d'un choix qui est basé sur un tas de paramètres (culture, éducation, valeurs personnelles, règles de société..). Exactement les mêmes paramètres qui conditionnent notre propre réaction vis à vis de ce choix. ( exemple un peu caricatural : si depuis tout petit on m'a dit "il faut être grand et diplômé pour être heureux" et que finalement à 30 ans je suis petit avec tout juste un CAP, même si j'ai tout ce que je peux désirer dans la vie, inconsciemment je souffrirais tant que je n'aurais pas tranché entre ce que l'on voulait faire de moi et ce que je suis vraiment alors que si on ne m'avait jamais rien dit étant petit je me sentirais épanoui et accompli !...Autre exemple me concernant : mes parents et mes proches m'ont toujours dit que mon enfance avait été heureuse, alors je l'ai longtemps cru jusqu'à ce que je me pose vraiment la question...et en détaillant les joies et les souffrances réellement vécues, j'ai bien été obligée de constater que ma vision n'était pas la leur...c'est comme si toutes ces souffrances passées avaient été ignorées par mes proches, comme si je n'existais que pour ce qu'ils voulaient voir de moi )

La société et l'éducation moderne occidentale est dangereuse ! Elle nous impose des valeurs complètement inhumaines : être le plus beau, le plus intelligent, le plus riche, le plus fort... Et pour cela, on n'hésite pas à minimiser (voire ignorer totalement) les sentiments de souffrance. Tout petit déjà on nous répète "Mais ce n'est rien, ça va passer, ne pleure pas pour si peu" ... Par contre quand on a le malheur de faire une erreur, alors là on ne nous loupe pas "Comment peux-tu être si maladroit ? Tu ne peux pas faire attention ! Tes notes sont catastrophiques !...". Alors d'un côté on nous entraîne à nier notre souffrance et de l'autre on nous apprend à refuser l'erreur. Je crois que cette démarche va contre ce que l'on est fondamentalement. On doit se tromper pour grandir ! Il faut accepter que si on se trompe on peut en souffrir ou faire souffrir les autres ! Or dès notre plus jeune âge, en toute bonne conscience, on nous apprend à oublier l'erreur et ses conséquences. C'est la meilleur façon de nous pousser à se poser des questions qui ne trouveront jamais de réponse ! une vraie torture de l'esprit qui provoque de profonds manques.

Si on accepte que la vie va avec la mort, on doit aussi accepter que la souffrance, tout comme la joie, fasse partie de la vie. Que les erreurs tout comme les réussites font partie de la vie et que nous existons par nos forces ET nos faiblesses. Seulement voilà ! notre éducation est tenace et inconsciemment on veut s'y tenir, On veut tendre vers la perfection, celle que "la société" impose, allant jusqu'à nier qui on est vraiment ! On se fait aider par des masques superficiels (très travailleur, performant en sport, séducteur, bon samaritain, bon vivant, l'alcool ou les médicaments...) mais la douleur est bien plus profonde. Et en faisant cela, on se blesse nous-mêmes et on se fait souffrir... Aujourd'hui, paraître semble bien plus facile qu'être ! Mais ce n'est qu'un leurre, car malgré ce que les gens laissent paraître, ils ont tous des défauts, des échecs personnels, des blessures .... et en les ignorant ils se font souffrir. C'est comme s'ils cherchaient à tuer une partie d'eux-mêmes se mutilant ainsi malgré eux !

En acceptant nos erreurs et celles des autres, on accepte beaucoup mieux les souffrances. Attention ! je ne dis pas qu'il faut accepter sans rien dire ! non non non ! Il faut dire haut et fort notre souffrance pour qu'elle soit reconnue ou bien tenter de trouver un compromis. il faut accepter les conséquences de ses choix ou avoir assez d'humilité pour reconnaître son erreur sans culpabiliser... mais c'est pas toujours gagné... Mon père m'a fait beaucoup souffrir quand j'étais plus jeune, mais je ne lui en veux plus maintenant. Depuis que je sais qu'il n'est pas responsable de ses erreurs, que ses choix ont été le résultat d'un tas de paramètres indépendants de lui, qu'il n'a jamais souhaité me nuire, je me sens libérée de beaucoup de mes souffrances. Mais pour me sentir encore mieux, j'aimerais lui dire "tu sais papa, quand j'habitais avec toi, j'ai beaucoup souffert mais je sais que tu n'es pas responsable". J'aimerais qu'il dise en retour "Oui, je comprend, j'ai commit des erreurs qui t'ont fait souffrir, et je ne me sent pas responsable, c'est la vie !".
Je sais qu'aujourd'hui il a assez d'humilité pour reconnaître ses erreurs mais le problème c'est qu'il n'a pas encore assez d'humilité pour se donner le droit à l'erreur et il se sentira profondément coupable ! car comme la plupart d'entre nous, il nie encore trop ce qu'il est : un être humain comme les autres qui a le droit de se tromper et même parfois le devoir de se tromper !
Bientôt, je trouverai les mots justes à lui dire car je sais qu'avec les mots justes, non seulement je me libèrerai totalement de mes souffrances, mais surtout je soulagerai mon père du poids de ses erreurs et donc de sa culpabilité envers moi. S'il prend conscience que pour exister, la souffrance est aussi importante que la joie, que ses erreurs sont inévitables tout comme celles des autres, que ses faiblesses sont indissociables de ses points forts, il se libèrera de beaucoup de ses souffrances intérieures et les effets de l'alcool lui seront moins nécessaires..

Serait-ce toute cette souffrance latente et non reconnue la source de l'addiction, quelle qu'elle soit ? Nous avons tous besoin d'être reconnus dans nos souffrances et nous aimerions tous que nos erreurs soient acceptées au même titre que nos réussites. Cela me semble être indispensable pour "être" et ne plus "paraître". Nous avons tous la possibilité de trouver l'humilité nécessaire pour se dire que chacun a le droit de se tromper, accepter ses propres erreurs, celles des autres et ses conséquences : souffrance ou joie, échec ou réussite, force ou faiblesse. Autrement dit : accepter d'être "un être humain" ! Cette expression vieille comme le monde résume bien ce que peuvent être les conséquences de nos choix "le bonheur des uns fait le malheur des autres ..." encore faut-il l'accepter !
Si j'ai choisi de me séparer physiquement de mon conjoint, c'était pour mon bien et celui de mon fils, mais mon conjoint, lui, en a souffert. A l'époque, je n'avais pas pris conscience de tout cela et ma souffrance était trop grande, elle m'a submergée. J'ai donc pris la fuite. Si j'avais eu conscience de tout cela, je serais partie mais pas si loin car malgré le peu de contact que nous avons maintenant, j'essaie de lui faire passer ce message et je mesure déjà des améliorations. Mais cette erreur était inévitable et nécessaire pour avoir le recul indispensable à une telle prise de conscience !
Souvent, les personnes qui ont vu la mort en face, changent radicalement leur façon de vivre, ils croquent la vie comme elle vient et relativisent la plupart des problèmes qui les préoccupaient avant. Ils acceptent beaucoup plus de choses qu'avant. Ils ont, par la force des choses, acquis l'humilité nécessaire et suffisante pour avoir cette nouvelle vie. Pourquoi ? parce qu'ils se disent qu'ils devraient être mort et que tout ce qui leur arrive maintenant n'est que du bonus ! que ce soit bien ou mal peu importe puisqu'ils vivent !

ERRARE HUMANUM EST ! (proverbe latin qui signifie : l'erreur est humaine)
CARPE DIEM (qui signifie : "cueille le jour" en latin , autrement dit "profite de l'instant présent")

J'aurais aimé découvrir cela plus tôt. C'est la raison pour laquelle je voulais partager cela avec vous.
Sincèrement.
Val.

  Alerte Modifier | Répondre | Répondre en citant | Retour

  Liste des réponses à ce message

  Sujet     Auteur     Posté le:     ID  
 RE: Définitivement gagnée par l'optimisme ! Jean (VNI) 25-08-04 1
 RE: Définitivement gagnée par l'optimisme ! Ellebasi 25-08-04 2

Lobby | Retour au Forum | Précédente | Suivante

Texte des réponses

Jean (VNI) (114 messages) Voir addresse IP de cet auteur
25-08-04, 17:10  (GMT)
1. "RE: Définitivement gagnée par l'optimisme !"
Val,

J'ajouterai ceci à tes maximes :

Sachez prendre le temps
De prendre le temps ,
Car le temps lui , fout le camp ,
Et bien vite jeunesse est loin
Qui ne se rattrape point .
Et Ronsard me pardonnera
Le plagiat que voila :

"Vivez si m'en croyez ,
N'attendez à demain ,
Cueillez dés aujourd'hui
Les roses de la vie ".
Jean, mai 1995

  Effacer | Alerte Modifier | Répondre | Répondre en citant | Retour

Ellebasi (169 messages) Envoyer message email à: Ellebasi Envoyer message privé à: Ellebasi Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
25-08-04, 17:37  (GMT)
2. "RE: Définitivement gagnée par l'optimisme !"
Bonjour Val,

Faute de temps, je ne peux réagir qu'à trois points de vos réflexions intéressantes:

"Ces actes correspondent à des choix": du moment que nous n'avons pas choisi ce que nous sommes, peut-on réellement parler de "choix" en ce qui concerne nos actes?

"La société et l'éducation moderne occidentale est dangereuse": quelles que soient l'époque ou la société où le hasard nous amène à vivre, nous ne pouvons nous en extraire. Nous sommes un élément de cette société, à nous de contribuer, à la mesure de nos moyens, à la rendre plus supportable en "cultivant notre jardin" et en y trouvant une place susceptible de nous apporter la sérénité.

"La souffrance est aussi importante que la joie": je ne pense pas que la souffrance soit "importante", mais qu'elle est malheureusement inéluctable et peut être source d'enseignements.

... perseverare diabolicum
Amitiés,
Isabelle


  Effacer | Alerte Modifier | Répondre | Répondre en citant | Retour


Fermer | Archiver | Effacer

Lobby | Retour au Forum | Précédente | Suivante

Rechercher sur le site Atoute.org: