BonjourComme vous le savez éventuellement, je suis dans un groupe d'hommes. 8 hommes se retrouvent régulièrement pour parler, pour parler de nous, de nos problèmes. Chacun d'entre nous est "responsable d'une réunion" à tour de rôle. Demain c'est à moi. Nous allons discuter "Le couple". Depuis des jours je suis devant ma feuille blanche, j'attend un signe.
Le signe est venu. J'ai pris quelques textes du forum et j'ai fait du copier/coller. En voici ce que je vais lire demain soir pour ouvrir la réunion. 8 hommes vont entendre une histoire. En voici l'histoire (merci Flo):
Mon compagnon doit sortir de cure le 10 septembre prochain. Je ne l'ai jamais connu " non-alcoolisé ".
C'est vrai, je suis très inquiète. Je vais retrouver quelqu'un d'autre tout en retrouvant le même. C'est très déstabilisant, angoissant. L'alcool nous a fait beaucoup souffrir mais il est vrai que j'ai du prendre pas mal de choses en charges.
Il y avait 4 personnes à la maison : Lui, moi, le couple et l'alcool. Le 10 septembre, en théorie, l'alcool nous aura quitté. Le couple va t'il rester...? QUI vais-je découvrir ?...
Mon amour, il l'a eu, il l'a, il l'aura encore...toujours.
Il est sorti. Il est très beau, très doux...et très paumé.
Il a des moments d'angoisse terribles. j'essaie de trouver des ruses : Le soir, tisanes. Plantes en tous genres avec du miel. Un petit gâteau et beaucoup d'amour. Rien sur le passé, que du présent. Je lui dis qu'il est magnifique et qu'il m'a bluffée, ce qui est la vérité. Je lui demande aussi, sans y revenir sans cesse, comment il se sent. Il peut ainsi le verbaliser. Nous nous sentons étranges tous les deux. Mais nous savons que nous nous aimons.
Je sais aussi qu'il sait que je l'aime.
Nous sommes très semblables et quand je le regarde, quand je l'écoute, je vois ma propre fragilité et ma propre imperfection humaine chronique .
Et je me dis, quel courage il a.
Et quelle chance j'ai eue de l'avoir rencontré. Je suis très fière de partager ma vie avec cet homme, lucide, hyper-sensible, intelligent, drôle, artiste talentueux, très fort et très fragile. Car c'est cet homme là que j'ai vu la première fois que nous nous sommes rencontrés dans un bar...alors qu'il était " caché derrière l'homme alcoolisé ".
Jamais je ne me suis sentie aussi aimée et jamais je n'ai été autant encouragée par quelqu'un de toute ma petite vie.
J'ai tout entendu là-dessus : " Il est complètement alcoolo "; " comment tu fais pour supporter ça "; " Il est laid, bouffi "( ah oui car, j'ai pas mal de prétendants, sans prétention car la beauté c'est bien relatif et chacun a ses critères là-dessus, et comme on me l'a dit pas mal de fois, qu'est ce qu'une jolie fille peut bien trouver à un mec aussi moche et alcoolique par dessus le marché !?
; " il sombre, tu vas sombrer avec "; "il est irrécupérable "; ou encore, " il est complètement taré ".
Bref.
Je n'ai pas sombré, j'ai estimé qu'il était malade et j'ai demandé à mes interlocuteurs s'ils demandaient un bilan de santé lorsqu'ils tombaient amoureux ! Je leur ai dit qu'il pourrait aussi bien être diabétique, ou malade d'autre chose.
Je me suis dit que personne ne voyait l'homme. Tout le monde voyait un alcoolo, un ivrogne mais l'homme... ?
J'ai toujours su que je ne m'étais pas trompée. Et je remercie la vie d'avoir mis cet homme sur mon chemin.
Nous avions des choses à faire ensemble. Nous avons commencé, nous allons continuer.
Nos beautés s'accordent.
A aucun moment quelqu'un n'a parlé d'amour. C'est terrible.
Je suis venue sur ce forum avec cette trouille au ventre de déverser les sales souvenirs sur mon compagnon à sa sortie de cure. J'étais pas mal dans cet état d'esprit lorsqu'il est entré car comme lui, j'étais au bout du rouleau.
J'ai fait ma cure aussi si l'on peut dire, pendant qu'il était à l'hôpital. Toute ma souffrance, mes souffrances, sont remontées en bloc. 5 ans de batailles verbales, d'incohérences, de problèmes inextricables à régler. Un sentiment d'injustice terrible aussi et surtout.
J'ai réfléchi chez moi. J'ai nagé, beaucoup, pour évacuer le stress et la colère.
De cette explosion de souvenirs est brutalement sorti : l'amour !
Je me suis mise à faire le bilan de l'amour.
Je me suis rendue compte que cet amour était intact et qu'il était précieux. Je me suis rappelée aussi de tout ce que j'avais pu dire de désolant dans ce contexte saboté par l'alcoolisation et je crois que je n'ai pas toujours été à la hauteur de ce que mon compagnon attendait. à deux, c'est 50/50. Je ne suis pas une sainte, je ne suis pas parfaite, je ne suis pas idéale. Mon compagnon a aussi encaissé mes angoisses, mes coups de gueule, et mes paroles injustes.
Lorsque je suis allée le chercher à sa sortie, j'ai eu la sensation que tout s'était annulé. Colère, angoisses mutuelles, remise en question pour nous deux, appréhension, ressentiment, c'est ça, une grosse explosion puis un grand calme, une annulation, un redémarrage.
Je n'oublierai jamais ce regard que nous avons eu l'un pour l'autre à ce moment. Nous nous sommes regardés, nous nous sommes souris, nous étions aussi gênés l'un que l'autre, comme intimidés l'un par l'autre et comme si chacun savait ce que l'autre avait ressassé dans son coin pendant cette période.
Rien à dire, pas de compte à régler, juste se regarder, se sourire et repartir bras dessus bras dessous, tranquillement.
Il faisait encore très beau ce jour de septembre. J'ai mis, dans la voiture, une vieille cassette d'un artiste qu'il aime et il m'a dit : " ah...tu as pensé à ça !"
Je ne savais pas que j'étais capable d'être comme ça. Enfin je veux dire face à cette situation. C'est parce-que pendant toutes ces années et malgré tout, il m'a aidée à devenir moi.
Voilà pourquoi j'ai compris ce qui nous liait.
Et j'ai compris que je ne lui en voulait pas à lui car il n'est pas responsable de ça.
Je me souviens avoir dit à mon compagnon, calmement, toujours et avec amour qu'il serait dommage que quelqu'un d'aussi formidable que lui et qui avait autant de choses à exprimer ( il est musicien )ne puisse plus le faire et qu'il apportait énormément à ceux qui le connaissaient, l'aimaient et qu'il avait encore beaucoup de choses à chanter qui méritaient d'êtres entendues. Je lui est dit également que s'il ne pouvait plus le faire, il manquerait à beaucoup de gens et que ce serait un énorme gâchis pour tout le monde. Je sais que sa raison de vivre, c'est la scène, la musique et la chanson.
Je n'ai pas non plus insisté lourdement à tout bout de champ et lui ai rappelé qu'il avait aussi le choix de sa vie et le droit de continuer à décliner jusqu'à en être dangereusement malade, que de toute façon je l'aimerai toujours, ce qui est vrai, et que je ne lui ferai pas de chantage affectif.
Prouver son amour et sa confiance et laisser l'autre digérer et faire son chemin vers le déclic
Les repas, il les faisait déjà ! Je suis nulle en cuisine...
Nous nous retrouvons exactement sur les mêmes bases qu'avant: Les mêmes passions communes, les mêmes fragilités, la même confiance, le même amour.
Je suis allée le chercher à l'hôpital exactement comme s'il venait de subir une opération. Je l'ai accueilli comme quelqu'un de convalescent, les bras grands ouverts, avec le plus grand de mes sourires et le plus doux de mes regards.
A la maison, il retrouve ses marques sauf que pendant son absence, j'ai changé la déco, fait du bricolage avec 3 bouts de ficelle et il est entré dans la même maison mais avec des couleurs différentes, un agencement différent. Il était très heureux de ça. Pour lui, c'était un renouveau, de la fraîcheur.
En ce moment, nous rions énormément ensemble. C'est formidable de s'apercevoir qu'on est toujours lié de façon aussi forte à l'autre. Avoir confiance en lui lui donne confiance et sa confiance me fait l'aimer encore plus.
C'est lui qui me donne de la force.