Bonjour,je peux comprendre en partie ce que ressens votre amie, bien que l'enfant que j'ai perdue, je ne l'ai presque pas connue. En effet, ma fille est née en juin dernier après une grossesse sans problème et est décédée deux jours plus tard. C'était mon premier enfant, et une des grandes difficultés de ce type de deuil est la non reconnaissance de la douleur par les autres.
Beaucoup se disent que comme nous avons très peu de souvenirs d'elle, alors la douleur doit disparaître rapidement. Or, c'est l'inverse, l'absence de souvenir est une douleur très grande car il est difficile de faire son deuil sans souvenirs positifs. Je crois que l'on ne se remet jamais de ce type de deuil, mais qu'on fait avec, en se trouvant des "béquilles". La mienne est de décortiquer ces quelques jours de vie pour y trouver toutes les miettes de bonheur que je peux y trouver, et les garder bien au chaud dans mon coeur.
Je crois profondément que c'est ce qu'il faut faire quelque soit le deuil. Se rappeler la personne, ce qu'on ressentait pour elle. Et surtout avoir le droit de se la rappeler telle qu'elle était, avec ses défauts, pour ne pas la dépersonnaliser.
Je ne sais pas si votre amie a d'autres enfants. Pour avoir parlé avec d'autres parents ayant perdu des enfants plus agés, je sais qu'une des douleurs (et qui est aussi la mienne) c'est de ne plus se sentir mère ou père quand on n'a pas d'autre enfant. Que personne ne vous demande : et toi ton accouchement, ça s'est passé comment? et pour la crise d'adolescence, comment avais-tu fait? Ces parents là ont aussi le droit de parler de leur enfant sans pleurer, de raconter et partager leurs expériences. Et leurs joies.
Le risque c'est que petit à petit, plus personne ne sera là pour leur parler de leur fils. Tout le monde y pensera bien sûr, mais plus personne ne posera de questions. Pourtant ils auront sûrement toujours beaucoup à raconter. Le deuil est possible, simplement, il ne finit jamais. Il devient supportable quand l'enfant disparu a une place dans la famille qui n'est pas un tabou absolu.
Evidemment, tout ça n'est sans doute pas valable pour tout le monde. J'espère que vous voudrez bien excuser mes éventuelles maladresses dues à mon émotion toujours très présente quand j'évoque ce sujet.
Claire