Modifié le 12-12-04 à 19:57 (GMT)" Que dire alors du sens de la vue ? La moindre modification amènerait une transformation radicale de notre conception du monde externe.
Notre oeil à est adapté à la perception des vibrations voisines de 400 ou 700 trillions par seconde.
Supposons que notre maximum de perception soit voisin de 4 ou 5 quatrillons de vibrations par seconde : c'est la région des rayons X.
Toutes les couleurs disparaissent.
Promenons nos regards sur la nature avec une rétine ainsi accommodée ; quel décor bizarre !
Nos rues sont peuplées de squelettes ambulants. Des chairs nous ne voyons rien, et de nos vêtements nous n'apercevons que l'ossature métallique : boutons, agrafes, clous de bottines, etc...
Nos rayons X ne traversant pas le verre, tous les magasions nous paraissent fermés ; point d'étallages luxueusement ordonnés et cependant des squelettes s'y attardent pour contempler des objets que nous ne voyons pas.
Par contre, nos regards ne sont point arrêtés par les portes closes, ni par les murailles. Tous les habitants de la ville, qui se croient enfermés chez eux, livrent à notre rétine transposée leur intérieur impénétrable à d'autres yeux.
Nous sommes en été ; explorons la campagne. Voici bien un autre tableau : à la place de la forêt verdoyante, aussi loin que l'oeil embrasse l'horizon, c'est un steppe dénudé s'étendant à perte de vue. Nulle trace de végétation, la forêt a disparu, les champs sont déserts. En y regardant de près cependant, nous apercevons la sève des arbres comme de subtils filets transparents et si nous voulons les cueillir, nous nous sentons arrêtés par une écorce que nous touchons, mais qui demeure invisible.
Revenons ici l'hiver prochain : cette fois, nul indice ne décèlera la vie végétale ; il nous faudra marcher à tâtons dans ce labyrinthe où nous risquerons à chaque pas de nous heurter à quelque tronc d'arbre meurtrier.
Et si tous les hommes habitant la Terre étaient ainsi bâtis, la nature nous semlerait tout autre qu'elle nous paraît : nous devrions nous abriter dans des maisons de verre imprénétrables à nos regards actuels et , en guise de vitres, mettre des carreaux de bois à nos fenêtres.
Notre esthétique elle-même serait changée et notre littérature et notre art s'en ressentiraient.
Et cependant ne verrions-nous point la réalité ? "