TurinDe tous les récits du Silmarillion, la destinée de Túrin est probablement le plus noir et le plus désespéré, comme écrasé par le poids du destin et de la malédiction.
En effet, la destinée de Túrin semble infirmer un fondement chrétien du Silmarillion en faisant apparemment prévaloir le destin sur le libre-arbitre. En maudissant Húrin et toute sa famile, Morgoth semble avoir attaché à Túrin un destin de mort et de destruction donc se dernier est incapable de se dégager : malgré son opposition irréductible à Morgoth, il se fait souvent son instrument. Sa vie voit les malchances se succéder :
- il s'attire la jalousie de Orgof / Saeros, ce qui aboutira dans une crise à la mort de ce dernier (déclenchée dans le Narn parce qu'il s'asseoit "by ill luck" / par "malchance" à la place de Saeros)
- il tue son frère d'armes Beleg dans la nuit de Taur-na-Fuin par un malentendu atroce
- il séduit magré lui Finduilas, promise à Flinding / Gwindor qui l'a sauvé de sa folie et amené avec lui à Nargothrond
- il rencontre par hasard (?) sa sœur Nienor sur la tombe de Finduilas et se met à l'aimer
- - après avoir tué Brandir qui lui a révélé la vérité sur lui et sa sœur, il tombe sur Mablung qui la lui confirme indirectement, et se suicide.
On peut vraiment avoir l'impression que Túrin est une marionnette aux mains de Morgoth, qui fixe inexorablement le cours de son existence et même sa façon d'agir. Voilà qui est pourtant en contradiction avec la notion de libre-arbitre, affirmée dès le départ comme caractéristique des hommes : (Silm. Ch. 1) souhaita que les cœurs des Humains soient toujours en quête des limites du monde et au-delà, sans trouver de repos, qu'ils aient le courage de façonner leur vie, parmi les hasards et les forces qui régissent le monde, au-delà même la Musique des Ainur, elle qui fixe le destin de tous les autres êtres ; et que leur activité fasse que tout en ce monde soit achevé, en sa nature comme en ses actes, que toutes choses soient accomplies, des plus grandes aux plus petites. Ce passage s'oppose en fait à ce qu'une malédiction puisse déterminer la destinée d'un homme.