«<…> Nous étions le 11 février 1970.
Cette date, c’est celle où nous avons commencé à subir un plan d’extermination et d’expérimentation biologique et psychologique qui est le plus brutal, le plus impitoyable et le plus inhumain de tous ceux qu’a connu le monde occidental depuis les crimes de nazis. Un système totalitaire de cruauté mentale, d’acharnement et de torture.
Boniato et ses cellules murées demeureront à jamais un témoignage atroce contre ce régime, la preuve que Fidel Castro à supplicié, condamné à la folie, assassiné ses prisonniers politiques. On pourrait éliminer toutes les autres violations des droits de l’homme dont il s’est rendu coupable, ce qui s’est passé à Boniato suffirait à faire du régime qu’il a instauré le plus cruel et le plus dégradant de tous ceux qu’a connu le continent américain.
<…> Le matin, les gardiens ont fait irruptions dans le couloir en hurlant et en nous traitant de fils de p…. Je savais ce que cela voulait dire : ce genre de bourreaux ont tjs besoin de s’exciter pour se donner du courage, de s’enivrer d’abord du vacarme assourdissant de leurs armes – barres de fer introduites ds un tuyau de caoutchouc (pour ne pas endommager la peau), bâtons, torsades de fils électriques, chaînes et baïonnettes – avec lesquelles il frappaient les murs et les grilles.
Sans aucune justification ni même un prétexte, ouvrant méthodiquement une cellule après en avoir fini avec les occupants de la précédente, ils se jetaient sur nous. <…>. J’ai voulu m’approcher de la grille pour voir,un coup de chaîne m’a rejeté en arrière ; l’homme m’avait raté de peu le visage, son but évident.
Je les ai entendus ouvrir la cellule 3, la 4, la 5. A mesure qu’ils approchaient, je me sentais pris d’un tremblement intérieur qui contractait tous mes muscles, me gênait pour respirer. La peur, le sentiment de mon impuissance et la colère se mêlaient en moi tandis que j’entendais de plus en plus distinctement le bruit des coups qui s’abattaient sur les dos nus et sur les crânes de mes camarades, les halètements d’une lutte désespérée mais si brève, la chute du corps sur le sol. J’attendais mon tour dans une sorte d’aliénation de moi, d’anéantissement, de destruction de mon être. Avant même que les matons n’entrent dans leur cellule, certains de mes compagnons d’infortune ne pouvaient plus se retenir, à bout de résistance nerveuse, ils commençaient à pousser des cris dont l’hystérie accroissait encore l’horreur de ce moment.
<…> Nous avons été battus, sans exception, méthodiquement, cellule après cellule
Mon corps était couvert de plaques bleues. J’avais le visage enflé et sanglant. Je ne pouvais presque pas me tenir debout tant j’avais mal partout : roué de coups de bâtons, j’avais la peau lacérée en une quantité d’endroits. Mais ce qui m’avait affecté plus encore que les coups, c’était l’attente qui les avaient précédés et dont je conservais un souvenir plus horrible que mes blessures. J’ai envié mille fois les prisonniers de la première cellule : les matons entraient, frappaient, mais sans que les prisonniers endurent d’abord la torture mentale de l’attente, une attente insupportable, capable de me détruire nerveusement.»