Les nuits de garde aux urgences...C'est sans doute là qu'on voit, en un temps record, le plus large éventail de pathologies et de gens différents...
Et parmi eux, souvent, les casse-couilles....
Sur le coup de trois heures du matin, quand on entame sa dix-septième heure de boulot d'affilée, la patience et l'indulgences ont une fâcheuse tendance à se tarir, mais on réussit malgré tout à garder certaines phrases au fond de la gorge, en priant très fort pour qu'un jour elles ne nous échappent pas...
- A celui qui est venu réclamer sa radio de genou, là ce soir, à 22h30, pour une douleur qu’il traîne depuis deux semaines et pour laquelle il a, au fond de sa poche, une ordonnance de son médecin traitant pour une radio en ville le lendemain après-midi, quand il vous toise de haut et qu’il dit :
« Mais demain je travaille, moi, monsieur !! »
(Ah ? Parce que moi demain, j’me fais un tennis, connard…)
- Au type avec sa croix gammée sur l’épaule, dont vous essayez tant bien que mal de recoudre l’arcade, pendant qu’il vous vomit consciencieusement dessus avant de se mettre à hurler que vous avez intérêt à le lâcher tout de suite, parce que c’est pas aujourd’hui qu’il va se laisser emmerder, et qu’il peut quand même choisir par qui il veut se faire soigner, et que ce sera certainement pas par une gonzesse de ses deux…
(Aaaaah, bah vous voyez bien qu’on va finir par s’entendre, monsieur, figurez vous que moi, je ne soigne pas les gros cons…)
- A la gentille petite dame qui ne sait rien de ses antécédents parce que c’est sa fille qui s’occupe d’elle, mais qui est sure de prendre tous les matins
« Le cachet, là, docteur, tout blanc, avec une boîte blanche et verte…. »
(Ah oui, je vois ! C’est le cachet pour la maladie, là, avec les symptômes ?)
- A celle qui arrive pour une « boule sous le bras » qu’elle a depuis un mois et demi, quand on lui demande pourquoi elle se décide à consulter, précisément cette nuit, à 2h30 du matin, et qu’elle nous répond :
« J’ai une amie cet après-midi qui m’a dit que ça pouvait être un cancer, alors forcément je m’inquiète, vous pouvez bien me faire une écho vite fait ? Dites d’ailleurs, ça va prendre encore longtemps ? Parce que je suis dans la salle d’attente depuis au moins trois quart d’heure…. »
(Un petit moment, oui… Surtout en comptant le scann pour votre cancer du cerveau…)
- Au dixième de la journée qui dit « J’ai tombé, docteur…. »
(Ah… ? Et vous avez fait mal ?)
- Au type qui vient à quatre heures du matin pour avoir des antalgiques, pour sa douleur abdo qui refuse de passer malgré sa séance d’acupuncture de l’après-midi, quand il ajoute en levant les yeux au ciel : « Et pour que je vienne dans un hôpital, c’est vraiment que j’ai mal, parce que de toute façon, moi, la médecine traditionnelle, ça me fait vomir… »
(Ah ? Et les coups de pied au cul, ça vous fait vomir, aussi? Parce que sinon, vous pouvez toujours essayer d'aller réveiller votre acupuncteur...)
- A celle qui vous trotte après dans les couloirs pour réclamer sa « radio de la jambe » parce qu’elle est convaincue d’avoir une fracture très grave, à qui on a fini par dire : « Ecoutez, madame, vous n’avez pas de fracture. Quand on a une fracture de la jambe, on ne peut plus marcher du tout », et qui vous rappelle une demi-heure après du fond de son lit en vous expliquant que ça fait vraiment plus mal que tout à l’heure, et que maintenant, elle ne peut vraiment plus marcher du tout.
(Non non, vous n’avez pas de fracture, madame. Quand on a une fracture de la jambe, on ne peut plus contrôler sa vessie et on se fait pipi dessus
)
A celui qui refuse catégoriquement de passer son scanner, parce qu’il veut une IRM, et qui finit par dire « Mais enfin Madame, le client est roi !» (véridique !!)
(Joker)
Que celui qui n'en a jamais pensé une jette la première pierre... 
 |
Cordialement, Hélène, étudiante en médecine |