Modifié le 11-05-04 à 11:56 (GMT)Bonsoir,
>Ce qui m'étonne dans tout ça c'est l'absence de soins. Si
>l'on ne soigne pas un abcès dentaire, on ne soignera
>pas davantage une grippe, une appendicite, une fracture, sous prétexte
>que l'on va mourir je ne sais quand?
Tout d'abord, il faudrait savoir si c'est vraiment un abcès dentaire. Vu le tableau, je pencherais plutôt pour une métastase.
Les antibiotiques n'ont certainement jamais servi à rien dans le cas de cet homme.
Quand quelqu'un est en train de mourir, le but des traitements change. Il faut lui rendre ses derniers mois les plus confortables possibles. Le but n'est plus de prolonger la vie. Nous savons très bien que même des traitements agressifs ne feront gagner que quelques jours (et encore) au prix d'un inconfort certain.
Une définition des soins palliatifs que j'aime bien : "Tout ce qui reste à faire quand il n'y a plus rien à faire !" Accompagner, soulager, prendre soin c'est FAIRE. La médecine n'est pas qu'antibiotiques et scanners.
S'il présente une appendicite et que cet appendicite le fasse souffrir, il faudra calmer la douleur. Une opération le ferait souffrir pour rien et ne changerait en rien l'issue de l'histoire que l'intervention chirurgicale hâtera plutôt.
Pour la fracture, elle sera immobilisée pour qu'il ne souffre pas (comme pour vous).
Pour la grippe, c'est encore plus simple. Il n'y a aucun "traitement" de la grippe, nous nous contentons de soigner les symptômes pour tout le monde. Il sera donc soigné comme vous et moi.
>a ce moment là, pourquoi le tuer directement, franchement?
Il y a une différence entre ne pas faire de traitements inutiles et tuer quelqu'un.
>S'il décédait d'une septicémie, la cause du décès serait-elle le cancer?
Non, la cause du décès sera la septicémie, mais aurait-il eu la septicémie sans son cancer ? Qu'il meure directement de son cancer ou d'autre chose, quelle importance ? Qu'il meure demain ou dans un mois, quelle différence ?
>
>Je me pose beaucoup de questions, d'autant plus que c'est la
>première fois que je suis confrontée à la perte d'un
>proche.
C'est une épreuve qui devient rare dans notre société et qui nous met en face de nos peurs ancestrales. Il est tout à fait normal que vous soyez déstabilisée et perturbée.
Bon courage.
 | Philippe, médecin à la campagne |