Accueil Médecine 2.0 @FerryLuc, les NBIC et les médecins
Publié le
4 octobre 2015

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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@FerryLuc, les NBIC et les médecins
Twittempête dans un verre d’eau bleue

Le 29 septembre 2015, Luc Ferry, ancien ministre, ancien professeur de philosophie, a posté le tweet suivant :

Mais c’est quoi les NBIC ? Non, ce n’est pas ce que vous croyez

C’est un acronyme récent qui regroupe des trucs modernes : Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et sciences Cognitives. "Vaste programme", comme disait l’autre. Il ne manque que la génétique (sans doute incluse dans les biotechnologies...)

Et à quoi ça sert d’avoir mis tout ça dans un acronyme ? D’après Wikipedia "Dans le domaine médical et de l’informatique, un des défis que les NBIC cherchent à relever est d’acquérir l’autonomie par la commande directe du cerveau, assisté par des électrodes externes ou internes qui éviteraient la nécessité de passer par un clavier ou un système de reconnaissance des gestes, mouvements d’yeux, etc pour communiquer avec des systèmes informatisés."

Diable !

Luc Ferry fait preuve d’une méconnaissance de la faculté de médecine compréhensible pour un ex-ministre mais surprenante pour un professeur des Universités : la faculté de médecine est le dernier lieu où le médecin sera formé à ces matières.

Enfin, quoi qu’en dise @FerryLuc, un médecin peut toujours en 2015 ignorer superbement le monde numérique et pratiquer une médecine de grande qualité. Ces "NBIC" sont absentes des dictionnaires, y compris en ligne, et il n’existe aucune chaire de NBIC à l’Université. Chacun est donc en droit de dire que les NBIC lui en touchent une sans faire bouger l’autre...

Fâché d’avoir été pris à partie par les médecins twittos, Luc Ferry s’est drapé dans sa dignité avant de "retourner travailler" :

Bonne idée !

Au delà des rodomontades d’un ancien prof de philo connu pour ses excès, cette twittempête (dans un verre d’eau bleutée...) est révélatrice des errements de la Médecine 2.0.

Certains confondent la Médecine 2.0 (ou la santé 2.0) avec une pratique du soin où la technologie remplacerait les médecins de terrain. Ils tentent en vain depuis quelques années de faire décoller leurs balances WIFI, leurs fauteuils de téléconsultation ou autres glucomètres communiquants.

Il faut dire que les pouvoirs publics lâchent de-ci de-là quelques centaines de milliers d’euros, aveuglés par les mots qui brillent et soucieux de participer à la kermesse du progrès, à laquelle ils ne comprennent pourtant pas grand-chose.

Enfin, la CNAMTS joue au docteur en se croyant investie d’un mission médicale qui dépasse largement ses compétences.

L’évènementiel est roi, cet art de transformer du vent en évènement !

En pratique, l’important n’est pas de réussir, mais de communiquer.

Les bons connaisseurs du domaine [1] hésitent entre rire et pleurer face à la situation actuelle :
- Des festivals où des sponsors se remettent des prix entre eux, et dont les lauréats ferment boutique dès l’année suivante.
- Des colloques financés par des industriels voulant jouer aux modernes, où des retraités narcissiques côtoient des gourous qui confondent science-fiction et réalité.
- Des entrepreneurs qui organisent des shows autour de sites, programmes ou applications censés révolutionner la santé, et dont la vantardise est à la mesure de la vacuité de leur produit.

Et je passe sur les centaines de millions investis en pure perte dans le Dossier Médical Partagé, dont l’(in)existence à bloqué toutes les initiatives de terrain depuis 10 ans, à la manière du Plan Calcul.

Voici le point de vue d’un médecin rappeur américain sur le Dossier Médical Partagé (EHR aux USA)

Pendant ce temps, des outils simples et utiles ne sont pas développés, car ils ne ne coûtent pas assez cher et ne sont pas assez valorisants pour les "décideurs" [2].

Alors oui M. Ferry, nous nous fichons de savoir ce que signifie NBIC. Nous sommes à l’affût de solutions intelligentes et utiles pour mieux soigner nos LOLINAD, mais il nous faut du concret. Nous sommes suffisamment expérimentés pour ne plus prendre des vessies numériques pour des lanternes magiques, et notre sentiment dominant, c’est qu’on n’a PLCSDR !

Notes

[1] Le plus amusant dans cette affaire, c’est que le Conseil national de l’Ordre des médecins est sans doute l’institution la plus en pointe en matière de modernité et de compréhension des enjeux futurs de la profession.

[2] Voir à ce sujet : la gestion de l’arrêt cardiaque et comment arrêter le progrès. Avec une exception notable : l’ARS Rhône-Alpes qui soutient l’excellent Traducmed !



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