Accueil Déontologie médicale et indépendance professionnelle Jean-Luc Hees, la purge de trop
Publié le
26 juin 2010

Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Jean-Luc Hees, la purge de trop

Pourquoi parler de Jean-Luc Hees aussi sur Atoute ? Tout simplement parce que les purges opérées par le président de Radio-France ont un lien avec la santé. Depuis que je suis cet ex-journaliste, son parcours est jalonné de marques d’obédience aux différents pouvoirs et notamment à l’industrie pharmaceutique.

Je n’aime pas Guillon. Non, vraiment, je le trouve lourd et rarement drôle. Je n’aime pas non plus le Canard enchaîné bourré d’inexactitudes. Mais il se trouve que ces virtuoses du sarcasme et des pieds dans le paf sont des fondements de la démocratie, des thermomètres de la liberté. Il faut qu’ils existent, qu’ils soient protégés, quasiment sacralisés, quitte à les remplacer de temps en temps par de jeunes challengers talentueux.

Touche pas à mon Porte ! Car le fou du Roi a un rôle social majeur, et il faut au moins un Porte pour faire pendant à un Bern dégoulinant de bons sentiments.

Et bien sûr : comment ne pas me sentir indirectement visé, moi le trublion de la médecine 2.0, le pourfendeur des trancheurs de prostate, des grippo-terroristes ou des shadocks de la e-santé ? Après le désastre moral et financier de la pandémie grippale, c’est bien internet que l’on a pointé du doigt.

Il y a eu des Hélène Cardin, qui sert la soupe au LEEM depuis 20 ans sur la radio publique, pour stigmatiser "des milliers de médecins sectaires" qui doutaient du bien fondé de la vaccination de masse contre la grippe.

Il y a eu Roselyne Bachelot, qui a affirmé tout récemment que le sabotage de l’opération "Tempête sur le verre d’eau" résultait d’une vaste campagne de désinformation. "Les responsables en sont remarquablement divers, occultes et dissimulés derrière la toile du net ou bien notables en quête d’une éphémère célébrité".
"Nos politiques de prévention, à l’avenir, doivent se doter de la solidité nécessaire pour leur résister"
, a-t-elle menacé pour finir. Je me sens immodestement visé. Heureusement, contrairement à des employés d’une radio publique, je ne peux être viré. Comment ignorer néanmoins la volonté de faire taire les lanceurs d’alertes, des esprits indépendants, les réseaux d’information qui mettent en pièces les recommandations bancales des "experts" sous influence ?

De tout temps, il y a eu la pression verticale : un coup de téléphone suffisait pour que l’ORTF reste la voix de la (bonne) France. Mais nous sommes passés au stade suivant, plus mature. Avec des hommes comme Jean-Luc Hees, il n’est point besoin de téléphoner, de faire pression : il comprend tout seul. Il agit sans qu’il soit nécessaire de lui demander. Il appelle cela sa "conscience professionnelle". Les présidents, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît.

Jean-Luc Hees s’est manifesté pour la première fois (publiquement) en 2003, lorsqu’il a viré Martin Winckler de France-Inter. Cette icône de la pensée scientifique libre avait eu le malheur de critiquer l’industrie pharmaceutique. Jean-Luc Hees, qui avait fait des ménages pour Novartis, a supprimé sa chronique et passé à la place un droit de réponse du LEEM. A l’époque, il avait déjà défendu avec aplomb une absence de lien entre l’éviction de Winckler et sa critique de l’industrie des médicaments. Tous les détails sont ici. L’éviction de Guillon suit le même schéma et la même hypocrisie.

Je crois que finalement je respecte plus les tyrans et les despotes, que le nuage de valets qui les entourent, en perpétuelle quête de reconnaissance par leurs marques d’allégeance, tels ces crétins serviles qui bloquent Paris deux heures pour que le président ne soit pas ralenti en revenant de l’aéroport.

Il faut dire que la nomination du patron de Radio France par le pouvoir exécutif est une faute de goût majeure.

Donc, oui, il y a un rapport entre la santé et la purge des humoriste du PAF public. Avec une nuance de taille : internet a rendu inopérant l’étouffoir de la pensée. Ces soubresauts de la censure sont les râles agoniques d’un journalisme traditionnel mourant, englué dans ses dépendances et ses subventions.

La vrai vie est ailleurs, ici notamment, et c’est bien. L’avenir est simple : plus personne n’écoutera Radio France. C’est une question de quelques années tout au plus.

Quelques coups de coeur pour finir, les Guillon de la santé :

- Julien Bezolles
- Christian Lehmann
- Elena Pasca (et pourtant, elle ne m’épargne pas).
- Jean-Jacques Fraslin

Et aussi http://www.atoute.org/n/rubrique22.html

Ajout du 27 juin : François Morel l’a finalement dit mieux que moi :



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