Accueil Médecine 2.0 Bye-bye le buzz !
Publié le
5 mars 2014

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Auteur :
Dr Dominique Dupagne

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Bye-bye le buzz !

Ce billet est sans doute le dernier sur Atoute avant un certain temps. L’agitation militante et le buzz médiatique m’ont trop absorbé ces dernières années. Je ne regrette rien, mais l’heure est venue pour moi de libérer du temps pour finaliser des projets concrets. Les idées ne changent pas le monde : seules leur mise en pratique et leur réussite emportent la conviction des sceptiques et bousculent les réactionnaires.

"Deux intellectuels assis vont moins loin qu’une brute qui marche"
Michel Audiard - Un taxi pour Tobrouk

Je suis une brute.

Lorsque la bulle internet est née à la fin des années 90, je traînais depuis un moment sur le web et sur Usenet, l’ancêtre des forums. J’ai essayé de faire comprendre autour de moi que l’avenir du web était dans le communautaire, mais sans succès : l’ancien monde voulait recréer à grands frais de gigantesques bibliothèques ou des portails multiservices.

Convaincu de l’avenir des forums, j’ai créé Atoute il y a 14 ans, avec un budget infime et le succès que l’on sait. Doctissimo, qui a aussi compris très vite l’intérêt des forums, est le seul survivant commercial de cette bulle du web santé.

La création d’Atoute m’a énormément apporté.

Tout d’abord, l’immersion dans les forums m’a fait fait comprendre très tôt la force du web 2.0 et son impact sur la santé publique : patients-experts, mise à mal des hiérarchies, affaiblissement de l’argument d’autorité. J’y ai rencontré des gens extraordinaires.

Ensuite, le million de visiteurs mensuels d’Atoute a assuré ma crédibilité dans le microcosme de la Médecine 2.0. L’aphorisme de Peter Drucker s’est vérifié : "Le meilleur moyen de prédire l’avenir, c’est de le créer", qui a pour corollaire "La mise en oeuvre réussie d’une idée est le meilleur moyen de prouver qu’elle était bonne".

S’en est suivi une longue période où j’ai joué au gourou du web santé, écrit des billets sur atoute et des articles dans des revues, donné des cours, investi les médias et Twitter, participé à des colloques sur l’avenir de la Medecine 2.0. J’ai même écrit un livre où j’ai tenté de décrire ma vision futuriste des bouleversements sociétaux et du chaos qui s’annoncent.

Mais tout cela n’est pas ma vraie nature, même si mon narcissisme a adoré cette période. J’ai toujours été un manuel, un bricoleur. J’aime créer, fabriquer des choses. Je dois my remettre.

J’ai découvert récemment que tout ce qu’il faut savoir pour comprendre le monde qui nous entoure et ses dysfonctionnements est écrit depuis longtemps. Le problème n’est pas de savoir quoi faire, mais de le faire. Or, les forces réactionnaires et ceux qui protègent leur position dominante sont bien trop puissants pour être bousculés par des idées. Seule la réussite permet de les vaincre.

Serguei Brin et Larry Page n’ont pas écrit en 1998 des articles sur une nouvelle méthode révolutionnaire de classement de l’information. Ils ont créé Google. Ils ont montré que l’agrégation et le traitement algorithmique d’opinions subjectives dépassaient en pertinence toutes les méthodes de classement traditionnelles de l’information. La réussite de leur moteur a balayé les rares résistances. S’ils s’étaient contentés d’écrire un livre pour exposer leur idée, celui-ci aurait fini sous la poussière d’une étagère et ils se seraient heurtés aux sourires condescendants des "spécialistes" du tri de l’information, fondé depuis des siècles sur des critères de classement dits objectifs.

Steve Jobs n’a pas écrit de billet sur l’intérêt d’un téléphone intelligent et sans clavier. Il a créé l’iPhone. Il n’a pas débattu à la télévision du faible intérêt du lecteur de disquette : il l’a supprimé de ses ordinateurs, suivi rapidement par tous les autres constructeurs qui ont pu constater qu’il avait raison.

Quand j’ai découvert Twitter, ma première réaction a été "ce truc est débile, je me demande qui ça pourrait intéresser". Heureusement que personne ne m’a demandé mon avis. À l’usage, quelques années après, j’en suis devenu quasiment dépendant.

Revenir à la création

Bref, je vais revenir à la création, et pour cela, je dois libérer le temps et l’énergie que j’ai investi dans le buzz, dans les billets d’actualité sur Atoute ou ailleurs, dans les interviews, dans les listes de discussion et sur Twitter. Outre mes activités professionnelles, je vais me contenter de gérer mon forum, ma chronique sur France-Inter et le Club.

Je vais utiliser ce temps libéré pour me concentrer sur un vieux projet, qui a été longtemps trop futuriste : appliquer le principe initial de Google aux humains, à savoir agréger et traiter les informations subjectives pour constituer une base de connaissance. Je fais le pari que le meilleur moyen de décrire les caractéristiques et les compétences d’un professionnel repose sur l’agrégation de l’opinion de ses pairs. Dans chaque groupe humain, il existe une connaissance globale et collective des individus qui le composent. Chacun en sait un peu sur quelques autres, mais l’agrégation de ces informations parcellaires permet une description très fine des caractéristiques de chacun. C’est exactement ce qu’a fait Google pour l’information : chaque auteur de page ne connaît que quelques autres sites qui traitent de son sujet et qu’il lie à sa page, mais l’agrégation de ces informations par un algorithme (le PageRank) fournit une base de connaissance incroyablement pertinente.

Ces principes révolutionnaires et ultradémocratiques (chacun participe, il n’y a plus d’experts) heurtent nos cerveaux cartésiens élevés dans le culte unique de l’objectivité et de l’expertise.

Et pourtant, si je vous dis que le meilleur critère pour choisir un chirurgien de la hanche, c’est d’identifier celui auquel la majorité des rhumatologues de la région adressent leurs parents, vous trouvez ce critère évident, alors qu’il est totalement subjectif.

Et pourtant, lorsque mes confrères cherchent un spécialiste dans un domaine qui n’est pas le leur, ils se moquent des classements et notations fondés sur des critères objectifs : ils téléphonent à quelques amis. Cela ne les empêche pas de déclarer partout que les critères objectifs sont les seuls valables et que la subjectivité est un piège qui mène à l’obscurantisme ;-)

C’est pourquoi je sais que je ne pourrai convaincre qu’en assurant le succès de mon projet : mesconfrères. Je m’y mets de ce pas. Si vous êtes médecin et parisien, et si vous voulez participer au betatest, c’est .

Pendant ce développement, je n’alimenterai plus mon compte Twitter @DDupagne, mais vous pourrez me suivre sur @mesconfreres



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