Forum médical Atoute.org

Recherche :

Précédent   Forum > Conférence Principale > Discussions-Psy
S'inscrire FAQ Membres Calendrier Marquer les forums comme lus

Discussions-Psy Ce forum traite de santé psychique et de santé mentale. Il est ouvert à tous, et surtout aux personnes désireuses de s’informer à propos des soins psychologiques et psychiatriques.

Réponse
 
Outils de la discussion Modes d'affichage
Vieux 29/10/2007, 11h46   #1
d_dupagne
Administrateur et responsable légal du site
 
Avatar de d_dupagne
 
Date d'inscription: février 2005
Localisation: France
Messages: 14 895
Pourquoi les asiles ?

Je lance une nouvelle discussion à partir d'un message de Mowak

Citation:
Posté par Carnam
Bonsoir,

Je vais être assez cynique et exprès exagérer.

Je pense que la santé du patient (en cas de psychose) est secondaire pour ceux qui s'en occupent.

Il s'agit de protéger la collectivité, au prix de quelques diabètes, problèmes d'obésité ou autre.



Citation:
Posté par d_dupagne
Je rappelle que les neuroleptiques, malgré tous leurs défauts, sont les médicaments qui ont permis aux psychotiques de sortir des asiles où les conduisaient leurs délires


Personnelement, aucun élément de mes délires ne m'as conduit à l'hp ( aucune voix ne m'as dit : va à l'hp ! ),
ce sont bien des médecins qui m'y ont enfermé nuance.

Je rappelle pour l'Histoire que les asiles à l'origine n'ont pas été construit
pour le soin mais pour y enfermer toute sorte de gens ( malades mentaux, protituées, mendiants ect... ). Récupérés par les medecins (?) en 1785 comme lieux de soins, les asiles n'en sont pas moins restés des lieux d'enfermement.

ce que je veux dire vous l'avez compris c'est que cette formulation : "les médicaments qui ont permis aux psychotiques de sortir des asiles" n'est vrai que si :
1- on cret des asiles
2- on y mets des personnes dedans
3- on donne des médicaments pour en sortir

vicieux non ?

on pourrait faire autrement :

1- pas d'asiles
2- donc personne dedans
3- donc pas de médicaments pour en sortir

mowak
d_dupagne is online now   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 15h46   #2
thyraguselo
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Bonjour,

Si j'ai bien compris, il s'agit de l'acceptation du fou dans la société.

J'ai eu envie de répondre ce que j'ai souvent dit ici, à savoir que je ne remercierai jamais assez ceux qui m'ont prescrit mon traitement, que j'ai été très bien traité à l'hôpital, etc. etc.

Mais je vais répondre autre chose, et me focaliser sur cette question (il me semble avoir déjà écrit quelque chose dans ce genre sur ce forum, mais je le réécris quand même) :

"Pourquoi n'accepte-t-on pas le fou ?"

Parce qu'il est imprévisible. On est dans le noir total face à un fou, on aimerait que les choses soient claires.

Qu'entend-on par "que les choses soient claires" ? Pourquoi cette métaphore de la clarté et de la lumière, qu'on retrouve dans un si grand nombre d'expressions ?

Par exemple: "Eclaircissez le problème" "Parlez clairement" "Soyez clairs" "La philosophie des Lumières", mais aussi, à l'inverse, "l'obscurantisme", etc.

Pour comprendre cette métaphore de la clarté, il faut s'imaginer sa réciproque : qu'y a-t-il de gênant à vivre dans le noir ? Pourquoi les ombres d'un tableau du Caravage sont-elles angoissantes ? Pourquoi une coupure totale d'électricité un soir d'hiver fait peur, quand toutes les lumières s'éteignent ?

Dans la nuit de sa chambre, un petit enfant imagine des fantômes tapis sur les murs, des créatures dans le placard, des monstres sous son lit. De la même manière, l'adulte, dans le noir, a peur de se cogner, il imagine des obstacles sur son passage, et marche d'un pas craintif pour éviter les meubles dont il croit deviner la présence.

Vouloir "que les choses soient claires", c'est vouloir en finir avec les dangers qu'on imagine...

Quand l'homme ne voit rien, il crée des dangers et obstacles, et c'est sa propre imagination qu'il ne supporte pas.

Devant un fou c'est pareil : il nous regarde étrangement, sourit, fronce les sourcils, murmure ou hurle des choses... Nous ne savons pas ce qu'il voit de nous, et nous ne savons pas ce que nous voyons de lui. Alors on imagine et on tremble... "a-t-il vu cela en moi ?" "ou ça ?" "ou encore ça ?"

Il n'y a pas un mur entre soi et le fou, il y a au contraire la peur d'une trop grande proximité. Toutes nos formules de politesses, nos "bonjour madame il fait beau aujourd'hui", nos "je vous plains mon bon monsieur", nos barrières de protection, tout ça s'écroule devant un fou... car on est peut-être tout nu.

Le folie de l'autre est le miroir de nos peurs, et c'est pour ça que les murs des asiles en rassurent beaucoup.

Nicolas.
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 16h59   #3
Zophia
Se débat dans sa bulle.
 
Avatar de Zophia
 
Date d'inscription: juin 2007
Messages: 491
Re : Pourquoi les asiles ?

Magnifique poste thyraquselo
J'adhère totalement.

En fait j'ajouterais que dans certaines sociétés, les "fous" sont finalement mieux acceptés puisqu'on leur attribue un rôle, une fonction et surtout, que l'on s'explique leur folie de façon non rationnelle. Ils sont parfois gourou, parfois capable de communiquer avec l'au delà, parfois devin...
Alors pourquoi les enfermer?

Sinon dans nos sociétés occidentales, si on ne rentre pas dans le "moule", on est vite évincé, écarté; parce que nous n'avons pas de rôle. On ne peut pas "marcher" dans la société, on bloque le passage.

Et comme naturellement l'inconnu fait peur, comme l'homme a tant besoin de trouver des explications et de cerner les "choses", le fou, personne ne peut se l'expliquer, personne ne peut le cerner, alors par peur, on l'écarte.

Plus concrètement, si une personne constitue un danger (réel ou imaginaire) il ne faut pas la laisser en liberté parmi ses semblables. C'est ainsi que notre société a toujours fonctionné.
Maintenant on adopte un discoure parallèle, celui qui veut que l'on protège également la personne d'elle même. Mais au fond, la première raison demeure.

Dernière modification par Zophia 29/10/2007 à 17h01.
Zophia is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 17h00   #4
Katleen
Vice, Vertue et viceversa
 
Avatar de Katleen
 
Date d'inscription: juillet 2005
Messages: 5 655
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par d_dupagne
ce que je veux dire vous l'avez compris c'est que cette formulation : "les médicaments qui ont permis aux psychotiques de sortir des asiles" n'est vrai que si :
1- on cret des asiles
2- on y mets des personnes dedans
3- on donne des médicaments pour en sortir

vicieux non ?

on pourrait faire autrement :

1- pas d'asiles
2- donc personne dedans
3- donc pas de médicaments pour en sortir

Bonjour,
Je ne sais pas trop si je suis hors sujet mais...

Ce qui me dérange là-dedans, c'est que: pas d'asile et pas de médicaments, ok. Mais que fait-on alors alors pour ceux dont l'état mental ne leur permet pas de prendre soin d'eux-mêmes ? On les laisse à la rue?

Il y a eu une désinstitutionalisation massive au Québec il y a quelques années. Projet gouvernemental. Ils ont fermées des hopitaux psychiatriques et des asiles en masse.
C'est ce qui est arrivé: les "fous" à la rue, délaissant souvent leur médicaments au profit d'un 40 oz, délirants.

C'est mieux pour eux?
__________________
Kat - Scientifique à la recherche


Katleen is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 17h17   #5
thyraguselo
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par Katleen
Bonjour,
Je ne sais pas trop si je suis hors sujet mais...

Ce qui me dérange là-dedans, c'est que: pas d'asile et pas de médicaments, ok. Mais que fait-on alors alors pour ceux dont l'état mental ne leur permet pas de prendre soin d'eux-mêmes ? On les laisse à la rue?

Il y a eu une désinstitutionalisation massive au Québec il y a quelques années. Projet gouvernemental. Ils ont fermées des hopitaux psychiatriques et des asiles en masse.
C'est ce qui est arrivé: les "fous" à la rue, délaissant souvent leur médicaments au profit d'un 40 oz, délirants.

C'est mieux pour eux?

Salut Kat,

Ce n'était pas clair dans mon message, mais je ne fais pas l'apologie du "non médicament" ou du "non hospitalisation". Je parlais du problème de la relation au fou croisé dans la rue.
L'hospitalisation aujourd'hui n'est pas, selon moi, une mise à l'écart de la société, d'ailleurs la tendance est au raccourcissement des hospi.
C'est plutôt un moyen d'éviter le pire et d'amorcer la prise d'un traitement.

Mais je ne suis pas sûr que pour certaines personnes l'hospitalisation du fou ne soit pas un moyen de se mettre à distance des problèmes, de se protéger.

Mon hospitalisation a été une bonne chose pour moi.

Quant aux médicaments, ils m'évitent l'enfer, tout simplement.


Nicolas.
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 17h30   #6
thyraguselo
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Bonjour Zophia,



Citation:
Posté par Zophia
Magnifique poste thyraquselo
Ils sont parfois gourou, parfois capable de communiquer avec l'au delà, parfois devin...

Merci pour ton compliment, mais je ne suis pas sûr qu'on soit si d'accord que cela.
Je préfère souffrir et être dans le vrai que d'être un gourou ou un devin admiré qui se plante.

Cela dit c'est un peu plus complexe...

En fait, je vais peut-être surprendre, mais je ne renie pas totalement mes délires. Il y a du faux et de l'absurde, bien sûr, même beaucoup, mais tout n'est pas à jeter. Il y a des idées que je n'aurais jamais eues si je n'avais pas déliré, des choses que je n'aurais jamais comprises sans mes crises de folie.

Mais cela est très difficile à expliquer à quelqu'un qui n'a jamais connu ça.

Nicolas.
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 17h38   #7
chat perché
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par thyraguselo
Bonjour,

Si j'ai bien compris, il s'agit de l'acceptation du fou dans la société.

J'ai eu envie de répondre ce que j'ai souvent dit ici, à savoir que je ne remercierai jamais assez ceux qui m'ont prescrit mon traitement, que j'ai été très bien traité à l'hôpital, etc. etc.

Mais je vais répondre autre chose, et me focaliser sur cette question (il me semble avoir déjà écrit quelque chose dans ce genre sur ce forum, mais je le réécris quand même) :

"Pourquoi n'accepte-t-on pas le fou ?"

Parce qu'il est imprévisible. On est dans le noir total face à un fou, on aimerait que les choses soient claires.

Qu'entend-on par "que les choses soient claires" ? Pourquoi cette métaphore de la clarté et de la lumière, qu'on retrouve dans un si grand nombre d'expressions ?

Par exemple: "Eclaircissez le problème" "Parlez clairement" "Soyez clairs" "La philosophie des Lumières", mais aussi, à l'inverse, "l'obscurantisme", etc.

Pour comprendre cette métaphore de la clarté, il faut s'imaginer sa réciproque : qu'y a-t-il de gênant à vivre dans le noir ? Pourquoi les ombres d'un tableau du Caravage sont-elles angoissantes ? Pourquoi une coupure totale d'électricité un soir d'hiver fait peur, quand toutes les lumières s'éteignent ?

Dans la nuit de sa chambre, un petit enfant imagine des fantômes tapis sur les murs, des créatures dans le placard, des monstres sous son lit. De la même manière, l'adulte, dans le noir, a peur de se cogner, il imagine des obstacles sur son passage, et marche d'un pas craintif pour éviter les meubles dont il croit deviner la présence.

Vouloir "que les choses soient claires", c'est vouloir en finir avec les dangers qu'on imagine...

Quand l'homme ne voit rien, il crée des dangers et obstacles, et c'est sa propre imagination qu'il ne supporte pas.

Devant un fou c'est pareil : il nous regarde étrangement, sourit, fronce les sourcils, murmure ou hurle des choses... Nous ne savons pas ce qu'il voit de nous, et nous ne savons pas ce que nous voyons de lui. Alors on imagine et on tremble... "a-t-il vu cela en moi ?" "ou ça ?" "ou encore ça ?"

Il n'y a pas un mur entre soi et le fou, il y a au contraire la peur d'une trop grande proximité. Toutes nos formules de politesses, nos "bonjour madame il fait beau aujourd'hui", nos "je vous plains mon bon monsieur", nos barrières de protection, tout ça s'écroule devant un fou... car on est peut-être tout nu.

Le folie de l'autre est le miroir de nos peurs, et c'est pour ça que les murs des asiles en rassurent beaucoup.

Nicolas.

chapeau !
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 17h57   #8
gustave
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par chat perché
chapeau !
J'allais le dire...

Il y a beaucoup à dire sur les asiles, mais après avoir lu l'écrit de nicolas, il est bon d'attendre un peu pour digérer tranquillement ce très beau texte
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 18h10   #9
Zophia
Se débat dans sa bulle.
 
Avatar de Zophia
 
Date d'inscription: juin 2007
Messages: 491
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par thyraguselo
Je préfère souffrir et être dans le vrai que d'être un gourou ou un devin admiré qui se plante.

C'était une sorte de pseudo analyse ethno-psychiatrique. Je n'ai pas (il me semble) porté de jugement dans ce que j'ai dit: il s'agit juste d'une analyse. Un fait. Après que cela soit bien ou pas, vrai ou faux, c'est une tout autre histoire.

En d'autres termes, dans certaines civilisations, nul besoin d'asiles puisque les "fous" sont pleinement acceptés (à tord ou à raison) au sein de la société. Je ne sais pas si je suis claire.

Sinon ce que j'ai dit plus haut, n'était en réalité pas vraiment à prendre dans le prolongement de ce que tu disais.


Dernière modification par Zophia 29/10/2007 à 18h17.
Zophia is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 18h48   #10
Ondine
Modératrice
 
Avatar de Ondine
 
Date d'inscription: septembre 2005
Localisation: Normandie
Messages: 5 620
Re : Pourquoi les asiles ?

Cou²,

C'est un peu fort comme mot "asile" non" ?

Tous les services psychiatriques ne sont pas des endroits glauques ; il faudrait peut-être définir le mot "asile" ?
__________________
Ondine,
Modératrice "très patiente" de Santé-Psy.

"Science sans conscience n'est que ruine de l' âme."
Ondine is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 19h00   #11
leonie leo
Membre
 
Date d'inscription: avril 2007
Messages: 466
Re : Pourquoi les asiles ?

Bonjour Mowak,

Citation:

ce que je veux dire vous l'avez compris c'est que cette formulation : "les médicaments qui ont permis aux psychotiques de sortir des asiles" n'est vrai que si :
1- on cret des asiles
2- on y mets des personnes dedans
3- on donne des médicaments pour en sortir

vicieux non ?

J'ai la sensation que tu parles de ton expérience.

Citation:

on pourrait faire autrement :

1- pas d'asiles
2- donc personne dedans
3- donc pas de médicaments pour en sortir

Sur le fond je suis plus ou moins d'accord avec toi.
Mais d'où vient le problème? De l'intérieur (des hôpitaux) ou de l'extérieur (de la société, de son regard, des moyens (matériels et humains) qu'elle veut bien mettre en oeuvre pour offrir une vie sociale à des personnes malades)? Des deux?


Pour répondre à tes questions:

1. Je rectifie un terme qui me gêne: hôpital et (non asile)
Donc en ce qui concerne les hôpitaux, je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi (même si, je préfèrerai voir ces hôpitaux disparaître au profit d'autres moyens). Pour l'instant, une partie de la société porte encore un regard sévère vis-à-vis de personnes atteintes de pathologies psy. Donc l'hôpital est aussi un endroit dans lequel ils savent qu'ils ne seront ni jugés, ni rejetés.


2. C'est une belle idée mais qui comporte beaucoup de risques. Par exemple, laisser des personnes en proie à n'importe quoi et n'importe qui au risque de voir aussi des sectes en faire leur pain béni. C'est UN exemple, les risques ne se limitent pas qu'aux sectes.


3. A mon avis, certaines pathologies nécessitent des médicaments, pour calmer, pour limiter des phases délirantes etc...


J'aurai envie de reformuler les questions telles qu'elles reviennent (d'ailleurs souvent):

1-2. Comment améliorer la prise en charge et le sort des patients (càd leur insertion ou réinsertion dans la société), dans quel context, et avec quel personnel soignant.
Faut-il pour cela augmenter les effectifs?
Faut-il développer les logements thérapeutiques?
(Là j'aurai envie de répondre : oui)


3. Quelles sont les responsabilités des labos vis-à-vis de la mise sur le marché de certains médicaments?
Quelle sont les responsabilité des médecins qui les prescrivent?

Comment soigner un patient à qui on pourrait éviter une médication et l'hospitalisation mais dont on sait que la thérapie nécessite une durée longue et un encadrement important?
Quelles thérapies seraient les plus adaptées (tout en sachant que les thérapies évoluent) et comment les faire évoluer sans risquer d'enfoncer un patient dans une ou plusieurs pathologies?
leonie leo is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 19h02   #12
thyraguselo
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Salut,

Citation:
Posté par Ondine
Cou²,

C'est un peu fort comme mot "asile" non" ?

Tous les services psychiatriques ne sont pas des endroits glauques ; il faudrait peut-être définir le mot "asile" ?

Pour toi Ondine. (source : TILF):

ASILE. subst. masc.
I. Lieu de refuge où l'on trouve sûreté et protection.
A. HIST. ANC. et MÉDIÉV. Lieu considéré comme inviolable, servant de refuge aux esclaves, débiteurs, criminels qui sont poursuivis. Le droit d'asile, les lieux d'asile :

1. La cité commence par un asile, vetus urbes condentium consilium. Mot profond que la situation de toutes les vieilles villes de l'antiquité et du moyen âge commente éloquemment. La citadelle et l'aristocratie au sommet d'un mont; au-dessous l'asile et le peuple. Tel est l'asile de Romulus entre les deux sommets du Capitole (intermontium).
MICHELET, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 61.

2. Toute ville au moyen-âge, et, jusqu'à Louis XII, toute ville en France avait ses lieux d'asile. (...) Les palais du roi, les hôtels des princes, les églises surtout avaient droit d'asile. Quelquefois d'une ville tout entière qu'on avait besoin de repeupler on faisait temporairement un lieu de refuge. Louis XI fit Paris asile en 1467.
HUGO, Notre-Dame de Paris, 1832, p. 416.

SYNT. Asile inviolable, asile sacré, asile saint; un champ d'asile; ouvrir un asile à tous les hommes, sans distinction de loi ou de culte (MICHELET, Hist. romaine, t. 1, 1831, p. 64), se jeter, se retirer, se sauver dans un asile, violer un asile; crier : asile! (HUGO, Notre-Dame de Paris, t. 2, 1832, p. 402).
DR. INTERNAT., mod. ,,Accès, offert à une personne poursuivie, d'un lieu ou d'un territoire où elle ne peut pas être poursuivie : ... Asile des prisonniers de guerre ou des armées en déroute sur le territoire d'un État neutre`` (CAP. 1936).
SYNT. Asile diplomatique. ,,Accès offert aux prévenus ou condamnés, d'un hôtel d'ambassade ou de légation jouissant de l'inviolabilité`` (Ibid.). Asile maritime. ,,Tolérance accordée à un navire belligérant de séjourner dans un port neutre au-delà de vingt-quatre heures`` (Conv. La Haye, 18 oct. 1907, ibid). Asile politique. ,,Accès de leur territoire offert par certains États qui ouvrent leurs frontières aux prévenus ou condamnés politiques des pays étrangers et refusent leur extradition`` (Ibid.).
Rem. Cf. aussi des expr. plus anc. passer en Angleterre pour demander asile et protection au roi Henri (BARANTE, Hist. des ducs de Bourgogne, 1821-24, p. 391).
B. P. ext. Lieu où l'on se met ou se sent à l'abri d'un danger, d'un milieu extérieur hostile, pour se soustraire à la fatigue, à la misère, etc. :

3. C'est la dernière fois jusqu'à présent que j'ai vu cette Angleterre, asile de tout ce qui est noble, séjour de bonheur, de sagesse et de liberté, ...
CONSTANT, Le Cahier rouge, 1830, p. 85.

4. ... mais au milieu de ces dangers j'occupe un asile sûr, une retraite impénétrable à tous maux, une espèce de serre chaude où le tempérament le plus délicat doit prospérer et fleurir.
M. DE GUÉRIN, Correspondance, 1838, p. 341.

5. Quand ils rentraient, chacun de son côté, le soir, après avoir été séparés tout le jour, leur petit appartement était pour eux le port, l'asile inviolable, pauvre, glacé, mais pur. Comme ils s'y sentaient loin des pensées corrompues de Paris! ...
R. ROLLAND, Jean-Christophe, Antoinette, 1908, p. 878.

SYNT. Asiles sûrs, asile tranquille; Rome... asile des arts, des lettres et de la civilisation (CHATEAUBRIAND, Les Martyrs, 1810, t. 1, p. 233), la France... asile des peuples exilés (GUÉHENNO, Journal d'une « révolution », 1937, p. 238), l'Inde... asile du serpent (J. LEMAÎTRE, Les Contemporains, 1885, p. 12). Compl. d'obj., asile peut ne pas prendre l'article : accorder [à qqn] asile et sûreté (LAS CASES, Le Mémorial de Sainte-Hélène, t. 2, 1823, p. 83), demander [à qqn] un asile pour la nuit, donner asile [à qqn], donner [à qqn] un asile et du pain (KARR, Sous les tilleuls, 1832, p. 306), être sans ressource et sans asile (VILLIERS DE L'ISLE ADAM, Contes cruels. Le Désir d'être un homme, 1883, p. 224). Asile s'assimile souvent à la notion de toit, d'habitation.
1. P. anal. Lieu de calme et de repos recherché et senti comme un lieu privilégié, souvent dans la nature :

6. Leonhard se mit à parler. Il disait, les yeux brillants de contentement, combien il était doux d'échapper à la vie, d'avoir trouvé l'asile, où l'on sera pour toujours à l'abri. Christophe, encore meurtri par ses blessures récentes, sentait passionnément ce désir de repos et d'oubli; ...
R. ROLLAND, Jean-Christophe, L'Adolescent, 1905, p. 245.

7. Il arrive, sans s'être aperçu du chemin, sous le pont de Wettstein. En haut, passent des véhicules, des tramways, des vivants. Un square, en contrebas, s'ouvre comme un asile de silence, de verdure, de fraîcheur.
R. MARTIN DU GARD, Les Thibault, L'Été 1914, 1936, p. 718.

SYNT. Asiles frais (LECONTE DE LISLE, Poèmes antiques, Glaucé, 1852, p. 26), asiles verts (CHÉNIER, Odes, 1794, p. 223), asile des bois (VIGNY, Mémoires inédits, 1863, p. 166); charmant asile de soleil, de silence et de repos (LAMARTINE, Le Tailleur de pierre de Saint-Point, 1851, p. 415).
2. Spéc., littér. et poét. Le dernier asile, l'asile des morts, signifiant le cimetière ou la tombe :

8. La foule, précédée de la croix, et mêlant ses chants sacrés au murmure lointain des tempêtes, marche vers l'asile des morts. Là, la veuve pleure un époux, la jeune fille un amant, la mère un fils à la mamelle.
CHATEAUBRIAND, Essai sur les Révolutions, 1797, p. 129.

3. Au fig. (plus usité au XIXe s.) :

9. Presque toujours le travail fut un asile, un repos et une consolation et, de cette oasis, le poète a cherché un monde différent du sien, presque toujours absolument contraire.
VIGNY, Le Journal d'un poète, 1853, p. 1311.

10. Il semble qu'au début elle [ma mère] n'ait été pour moi que le refuge naturel, l'asile contre toutes les frayeurs de l'inconnu, contre tous les chagrins noirs qui n'avaient pas de cause définie.
LOTI, Le Roman d'un enfant, 1890, p. 20.

SYNT. a) [Rare, en parlant d'une pers.] l'asile sacré de la famille (LAMENNAIS, L'Avenir, 1831, p. 246), l'asile inviolable du cœur (VOLNEY, Les Ruines, 1791, p. 327); se ménager un asile contre le désespoir (RESTIF DE LA BRETONNE, M. Nicolas, 1796, p. 91). b) Synon. de calme, repos : un sentiment d'asile, de paix, de solitude (SÉNANCOUR, Rêveries, 1799, p. 59).
II. Établissement public ou privé où sont recueillis pour un temps plus ou moins long des personnes malades ou sans abri, des enfants, des vieillards. Asiles publics, privés :

11. À l'œuvre du travail, à la crèche sainte-Marie, à l'orphelinat saint-Joseph, à l'asile de Châtillon et à l'hôpital saint-Marceau, s'ajoutaient aujourd'hui une ferme modèle, près d'Évreux, deux maisons de convalescence pour les enfants, sur les bords de la Manche, une autre maison de retraite pour les vieillards, à Nice, des hospices, des cités ouvrières, des bibliothèques et des écoles, aux quatre coins de la France; ...
ZOLA, L'Argent, 1891, p. 390.

SYNT. attestant les différentes spécialisations. Asile d'aliénés ou absol. asile, asile des aliénés; hospitaliser à l'asile d'aliénés; des échappés d'asile; asiles de convalescents (LITTRÉ-ROBIN 1865), asiles d'indigents, asiles de nuit ,,destinés à recueillir temporairement pendant la nuit, sans distinction d'âge, de nationalité ou de confession, les personnes qui n'ont pas de logements`` (Revue de l'Assistance publique no 24, 1953, p. 427), asile de vieillards.
Au XIXe s. Salle d'asile et absol. asile. ,,Établissement d'éducation destiné à recevoir, pendant le jour, les enfants des deux sexes, que leurs parents, éloignés du logis par le travail quotidien, ne peuvent garder avec eux`` (CHABAT 1881) :

12. Jusqu'à l'âge de six ans, je fréquentai l'asile tenu par les religieuses de la Providence. (...) À l'asile succéda l'école communale.
BILLY, Introïbo, 1939, p. 21.

DÉR. Asilé, subst. masc., néol. d'aut.Personne recueillie dans un établissement charitable, un asile : ,,Des asilés de tous les hospices, envoyés par une communauté!`` (E. FARAL, La Vie quotidienne au temps de Saint Louis, 1942, p. 17). (1942, E. FARAL, La Vie quotidienne au temps de Saint Louis, p. 17; suff. -é*).
PRONONC. ET ORTH. 1. Forme phon. : [azil]. 2. Forme graph. ,,L'orthographe asyle s'est conservée jusqu'au XIXe siècle; on la trouve encore dans Littré, à côté de l'orthographe actuelle, consacrée par Acad. 1878`` (ROB.). FÉR. Crit. t. 1 1787 cite une graph. azile, sans l'attribuer avec précision.
ÉTYMOL. ET HIST. 1. 1355 Antiq. rom. « lieu inviolable où une personne en danger trouve refuge » (BERSUIRE, Tite-Live, ms. Ste-Gen., fo 10d ds GDF. Compl. : Asile fut .I. lieu ou un bois en la cite de Rome previlegié que quiconques s'enfuioit en celi lieu il estoit saux de quelque crime que il eust fait); 2. 1657 p. ext. « tout lieu où l'on se met à l'abri d'un danger » (SCARRON, Roman comique, II, 16 ds Dict. hist. Ac. fr. : Un moulin se présenta au pauvre homme comme un asile); 3. 1669 « retraite, séjour » (PASCAL, Pensées, ibid. : Qui auroit eu l'amitié du roi d'Angleterre, du roi de Pologne et de la reine de Suède, auroit-il cru pouvoir manquer de retraite et d'asile au monde?); 4. 1859 (BOUILLET : Le nom d'asile est consacré aujourd'hui à dénommer des établissements spéciaux de bienfaisance qui servent de retraite à des infirmes, des vieillards).
Empr. du lat. asylum « lieu inviolable, refuge » attesté dep. Varron (Frg. Non., 44 ds TLL s.v., 990, 77); cf. VIRGILE, Aen., 8, 342, ibid., 990, 57 : hinc lucum ingentem quem Romulus acer asylum rettulit; v. Kl. Pauly, 1964 s.v. asylon; au Moy. Âge, ann. 958-62 « id. », LIUTPRANDUS, Antap., 1, 33 ds Mittellat. W. s.v., 1119, 12 : neque... ecclesiae confugientibus poterant esse asylum; 2 lat. médiév., ann. 875, ADREVALDUS, Bened., 33, p. 494, 16, ibid., 1119, 20 : stationem navium suarum acsi asylum omnium periculorum in insula... componentes.
STAT. Fréq. abs. littér. : Asilé. 1.
BBG. BACH.-DEZ. 1882. BLANCHE 1857. BOUILLET 1859. Canada 1930. CAP. 1936. CHABAT 1881. DUL. 1968. DUPIN-LAB. 1846. Foi t. 1 1968. LACR. 1963. LAFON 1969. Lar. méd. 1970. LAVEDAN 1964. LEP. 1948. LITTRÉ-ROBIN 1865. LOZINSKI (G.). Entrée ds la lang. d'un mot nouv. Mois (Le). 1938, t. 86, pp. 192-197 (s.v. asilé). MARCEL 1938. MARCH. 1970. Méd. Biol. t. 1 1970. MOOR 1966. NOTER-LÉC. 1912. Pol. 1868. ST-EDME t. 1 1824.
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 19h07   #13
leonie leo
Membre
 
Date d'inscription: avril 2007
Messages: 466
Re : Pourquoi les asiles ?

Bonsoir thyraguselo,

Aurais-tu des citations datant du XXIème siècle et plus proche du langage commun et de la connotation du mot "asile" quand il s'agit d'HP?
leonie leo is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 20h07   #14
Zophia
Se débat dans sa bulle.
 
Avatar de Zophia
 
Date d'inscription: juin 2007
Messages: 491
Re : Pourquoi les asiles ?

Je sais que c'est à partir du début du XIX voir fin du XVIIIe siècle que la psychiatrie est devenu une discipline médicale à part entière. Les "fous" sont petit à petit devenus des "malades" reconnus en tant qu tel.
Le mot psychiatrie daterait de 1802 mais est resté très peu utilisé tout au long du XIXe siècle où l'on parle de médecine des aliénés. Les malades mentaux étant concidérés comme des aliénés, et les soignants, des aliénistes ou aliénants et on les "enfermait" à proprement parlé dans des asiles.
C'est à cette période où s'observe les plus grands progrès en médecine; que ce soit en médecine générale ainsi qu'en "psychiatrie". C'est vraiment à cette époque que l'on a idée de penser que les "fous" sont des malades et qu'ils faut les soigner comme tout malade.

Un peu plus tard, on a l'idée de séparer les hopitaux des services "d'aliénés" et faire la distinction (paradoxalement) entre médecine général et psychiatrie.

C'est vraiment à partir de la seconde moitié du XIXe que l'on observe les plus francs progrès.

Sinon j'ai trouvé ceci qui pourrait vous intéresser:

Citation:
Les structures d'accueil et de soins aux personnes atteintes de troubles mentaux ont une longue histoire.

Sous l'Ancien Régime existaient déjà de nombreuses institutions, laïques et religieuses, destinées en tout ou partie aux aliénés d'esprit (telles les Petites-Maisons à Paris ou les Charités des Frères de Saint-Jean de Dieu). Plusieurs de ces établissements ne survivront pas à la tourmente révolutionnaire.

Au XVIIIème siècle, l'Hôtel-Dieu de Paris est l'un des rares hôpitaux publics du Royaume réservant des salles spéciales au traitement des fous, une pour les hommes, deux pour les femmes. Les deux autres établissements «les plus proches de la Capitale, où l'on s'occupe encore du traitement des maniaques» (Jacques Tenon, 1788) sont alors l'Hôtel-Dieu de Lyon et l'Hôpital Général de Rouen. La Provence dispose aussi de trois hôpitaux consacrés aux fous: l'hôpital d'Avignon, ouvert en 1681, l'hôpital de la Trinité d'Aix, ouvert en 1691, et la Maison de Saint-Lazare à Marseille, ouverte en 1699.

En 1818, Esquirol ne dénombre pas plus de huit "Etablissemens spéciaux", répartis de façon très inégale sur le territoire national: l'Hospice des aliénés de Marseille et la Maison Royale de Santé d'Avignon, l'Hospice des aliénés de Bordeaux, l'hospice de Saint-Méen (Rennes), la Maison de Maréville près de Nancy, la Maison de Santé d'Armentières, la Maison de force de Lille et la Maison Royale de Charenton.
En cette France du début du XIXème siècle, des aliénés sont aussi reçus dans 31 hospices ou hôpitaux, 12 dépôts de mendicité et 6 prisons, ou "maisons de force et de correction". Le nombre total de lits est alors de l'ordre de 5.000 (dont environ 1.200 dans les huit établissements spécialement consacrés aux aliénés).

Avec la loi du 30 juin 1838, qui fait obligation à chaque département de se doter d'un asile d'aliénés (ou de traiter avec un asile d'un autre département), leur nombre s'accroit au fil des décennies, et celui des lits approche les 55.000 en 1888.
Certains départements sont restés toutefois fort longtemps sans établissement (il en était encore ainsi en 1958 pour les Ardennes, la Corse, le Doubs, la Drôme, le Gard, l'Indre, le Loir-et-Cher, la Loire, les Pyrénées-Orientales, la Saône-et-Loire, la Seine-et-Marne)

Puis, dans le mouvement inauguré par la mise en place de la sectorisation (1960-1971) et le développement des prises en charges ambulatoires, l'installation de nombreux services de soins psychiatriques dans des hôpitaux généraux ou de petites unités en ville, ont augmenté encore le nombre de lieux d'implantation.
Nous proposons ici une liste des établissements, disparus ou en activité (les établissements privés y seront intégrés ultérieurement). Cette liste est naturellement évolutive: le processus de délocalisation et de création de services hors les murs des anciens "asiles" est toujours en cours.

Ces établissements ont pour la plupart changé de nom : ces noms successifs sont alors dans notre liste indiqués l'un après l'autre.

Entre parenthèse sont précisées lorsque nous les connaissons, dans l'ordre:
- l'année d'ouverture ou l'année où l'établissement a commencé à recevoir des "fous", "aliénés", "malades mentaux", "patients psychiatriques"...
- éventuellement ces deux dates, séparées par un / ,
- l'année de fermeture ou de cessation d'activité psychiatrique s'il y a lieu.

De nombreux établissements cités possèdent désormais un site internet. Nous remercions nos visiteurs de nous signaler les adresses -voire l'existence d'établissements- dont nous n'aurions pas connaissance, et évidemment toute inexactitude.


Sources: http://psychiatrie.histoire.free.fr On trouve pas mal de choses intéressantes dans ce site:


Sinon, il est vrai qu'au départ les asiles étaient de véritables prisons, mais il faut se rappeler qu'il en va de même pour les hôpitaux (généraux): ces derniers servaient à enfermer les pauvres, les mendiants d'avantage qu'à soigner! Et on les évitaient à tout prix même au seuil de la mort.

Dernière modification par Zophia 29/10/2007 à 20h26.
Zophia is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 21h02   #15
Circee
Ex Modératrice de Santé Psy
 
Avatar de Circee
 
Date d'inscription: mars 2006
Localisation: Métropole pleine de stress
Messages: 4 112
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par Ondine
Cou²,

C'est un peu fort comme mot "asile" non" ?

Tous les services psychiatriques ne sont pas des endroits glauques ; il faudrait peut-être définir le mot "asile" ?

Il recouvre plusieurs sens. De façon plus courante que les exemples contenus dans le post de Thyraguselo (merci pour la doc Nico c chouette!) on parle de terre d'asile par exemple.

Certains étrangers peuvent également demander l'asile politique, on parle de droit d'asile dans ce cas.

Me demande si je suis pas hors sujet moi d'un coup là.
__________________
" La différence, c'est ce silence parfois au fond de moi".
Circee is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 21h04   #16
Valerianne
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Bonsoir,

Moi je n'ai connu que la clinique privée, une très belle clinique située à Saint Mandé qui accueillait (accueille) aussi des toxicomanes. Paradoxalement, nous étions assez protégés du monde extérieur, et la réadaptation à la vie "normale" a été très dure pour moi (après environ 1 an 1/2 d'hospitalisation).
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 21h13   #17
Milaine
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Bonsoir Circée,

Hors sujet ?

Pour ma part, le droit d'asile me parle, même pour les fous que nous sommes.
Le réfugié qui demande un droit d'asile fuit une terre où la folie des hommes le condamne à vivre en survivant dans un monde insécurisé, souvent violent, dans lequel il ne peut vivre "digne".
Je trouve que ce terme correspond aussi aux besoins des "fous". Le monde qui les entoure devient alors une menace, ils peuvent également devenir une menace pour le monde et pour eux.
Il faut alors un lieu pour accueillir, sécuriser, permettre de vivre dignement.
Oui, c'est un droit d'asile quelque part.

heu
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 22h08   #18
mowak
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par leonie leo
Bonjour Mowak,



J'ai la sensation que tu parles de ton expérience.



Sur le fond je suis plus ou moins d'accord avec toi.
Mais d'où vient le problème? De l'intérieur (des hôpitaux) ou de l'extérieur (de la société, de son regard, des moyens (matériels et humains) qu'elle veut bien mettre en oeuvre pour offrir une vie sociale à des personnes malades)? Des deux?


Pour répondre à tes questions:

1. Je rectifie un terme qui me gêne: hôpital et (non asile)
Donc en ce qui concerne les hôpitaux, je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi (même si, je préfèrerai voir ces hôpitaux disparaître au profit d'autres moyens). Pour l'instant, une partie de la société porte encore un regard sévère vis-à-vis de personnes atteintes de pathologies psy. Donc l'hôpital est aussi un endroit dans lequel ils savent qu'ils ne seront ni jugés, ni rejetés.


2. C'est une belle idée mais qui comporte beaucoup de risques. Par exemple, laisser des personnes en proie à n'importe quoi et n'importe qui au risque de voir aussi des sectes en faire leur pain béni. C'est UN exemple, les risques ne se limitent pas qu'aux sectes.


3. A mon avis, certaines pathologies nécessitent des médicaments, pour calmer, pour limiter des phases délirantes etc...


J'aurai envie de reformuler les questions telles qu'elles reviennent (d'ailleurs souvent):

1-2. Comment améliorer la prise en charge et le sort des patients (càd leur insertion ou réinsertion dans la société), dans quel context, et avec quel personnel soignant.
Faut-il pour cela augmenter les effectifs?
Faut-il développer les logements thérapeutiques?
(Là j'aurai envie de répondre : oui)


3. Quelles sont les responsabilités des labos vis-à-vis de la mise sur le marché de certains médicaments?
Quelle sont les responsabilité des médecins qui les prescrivent?

Comment soigner un patient à qui on pourrait éviter une médication et l'hospitalisation mais dont on sait que la thérapie nécessite une durée longue et un encadrement important?
Quelles thérapies seraient les plus adaptées (tout en sachant que les thérapies évoluent) et comment les faire évoluer sans risquer d'enfoncer un patient dans une ou plusieurs pathologies?


la plupart des personnes en prison ne sont pas fous, ne sont pas reconnues par la société comme fous. Par exemple il y a des assassins en prison : un assassin n'est pas forcément fou pour la société, dangereux mais pas fou.
Ainsi on sépare la prison, qui réunit les personnes responsables des délis qu'elles ont commis ( même si en prison il y a des malades psy qui ont commis des fautes mais qui n'ont rien à y faire ), de l'hopital psychiatrique, qui mets ensemble des personnes (qui n'ont commis comme fautes que d'être) malades. ( Je me trompe peut-être : les H.O sanctionne peut-être des délis ).
Cette distinction n'est pas claire dans la tête des gens parce qu'elle n'est pas claire dans la réalité : par exemple encore maintenant on sort pas aussi facilement d'un séjour à l'HP que d'un hopital général.

Léonie leo, par mes raisonnements en trois points je voulais montrer qu'on essayais d'apporter des solutions à des problèmes qu'on avait nous-même créer : on invente des médicaments pour faire sortir d'hopitaux psychiatriques, que l'on a nous-même contruit, des personnes, qu'on a nous-même enfermés. ( humour, ironie ? )
aussi moi aussi j'aimerai que se développent encore plus de strutures du type appartements thérapeutiques ou financés, les IAF, les familles d'accueils payées ect...qui remettent les personnes malades directement dans la société quand c'est possible et avec des traitements aussi

mowak

Dernière modification par mowak 29/10/2007 à 22h10.
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 22h19   #19
Circee
Ex Modératrice de Santé Psy
 
Avatar de Circee
 
Date d'inscription: mars 2006
Localisation: Métropole pleine de stress
Messages: 4 112
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par mowak
Ainsi on sépare la prison, qui réunit les personnes responsables des délis qu'elles ont commis ( même si en prison il y a des malades psy qui ont commis des fautes mais qui n'ont rien à y faire ), de l'hopital psychiatrique, qui mets ensemble des personnes (qui n'ont commis comme fautes que d'être) malades. ( Je me trompe peut-être : les H.O sanctionne peut-être des délis ).

mowak

Bonsoir,

Il y a je pense plusieurs choses intéressantes à distinguer dans ce que tu dis.

D'abord, l'opposition prison-hp.
Tu as raison, il y a beaucoup de malades psy en raison et ils n'ont rien à y faire; ils sont mal voir pas soignés du tout et leur souffrance est ignoble et à leur pathologie initiale s'ajoute très souvent des pathologies carcérales.

Ensuite le côté sanction de la HO. C'est plus compliqué que l'on croit.

Quand quelqu'un est placé en HO (je dis bien HO et pas HDT) il y a la notion de trouble à l'ordre public, avec l'idée de possible mise en danger d'autrui.

Sans ce critère, la personne sera placée en HDT. Tu me diras au quotidien ça ne change rien, ce sont les mêmes HP, mais ça a son importance, surtout pour la sortie et même pour les conditions de séjour d'ailleurs.

De plus, quand un criminel ou délinquant est reconnu irresponsable de ses actes pour raison de pathologie mentale, il ne va pas en prison , mais à l'HP sous le régime de la HO.

Donc dans ce cas là, précisément, la HO remplace la prison et on peut donc s'interroger sur le caractère punitif, même si ce sont des cas où les soins en milieu fermé sont souvent indispensables...

Mais c'est aussi à cela qu'est due la confusion dans la tête des gens dont tu parles: parce qu'en effet, il y a des délinquants en HP.

Du coup les gens font l'amalgame...
__________________
" La différence, c'est ce silence parfois au fond de moi".
Circee is offline   Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 22h22   #20
stephanie1
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par d_dupagne
Je lance une nouvelle discussion à partir d'un message de Mowak

Citation:
Posté par Carnam
Bonsoir,

Je vais être assez cynique et exprès exagérer.

Je pense que la santé du patient (en cas de psychose) est secondaire pour ceux qui s'en occupent.

Il s'agit de protéger la collectivité, au prix de quelques diabètes, problèmes d'obésité ou autre.



Citation:
Posté par d_dupagne
Je rappelle que les neuroleptiques, malgré tous leurs défauts, sont les médicaments qui ont permis aux psychotiques de sortir des asiles où les conduisaient leurs délires


Personnelement, aucun élément de mes délires ne m'as conduit à l'hp ( aucune voix ne m'as dit : va à l'hp ! ),
ce sont bien des médecins qui m'y ont enfermé nuance.

Je rappelle pour l'Histoire que les asiles à l'origine n'ont pas été construit
pour le soin mais pour y enfermer toute sorte de gens ( malades mentaux, protituées, mendiants ect... ). Récupérés par les medecins (?) en 1785 comme lieux de soins, les asiles n'en sont pas moins restés des lieux d'enfermement.

ce que je veux dire vous l'avez compris c'est que cette formulation : "les médicaments qui ont permis aux psychotiques de sortir des asiles" n'est vrai que si :
1- on cret des asiles
2- on y mets des personnes dedans
3- on donne des médicaments pour en sortir

vicieux non ?

on pourrait faire autrement :

1- pas d'asiles
2- donc personne dedans
3- donc pas de médicaments pour en sortir

mowak

bonsoir à tous

pour ma part ça n'eest pas les neurop qui m'ont permi d'allerr mieux mais une sinergie entre tous les facteurs de mon bien être qui m'on permis d'aller mieux

je m'explique mon généraliste voyant que je ne vais pas bien previent mon psy qui prévient ma ccéllule familiale

parr défaut tout ça me revient dans la gueule et là je sais que je délire c'est pas beau tout ça

ben d'une ceertaine manière je remerciee les acteurs de ma vie
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 23h23   #21
not blind
 
Messages: n/a
Re : Pourquoi les asiles ?

C'est intéressant. Ce qui me frappe moi c'est que justement on a remplacé le terme "fou" par "malade" et "malade mental", et que finalement la connotation négative est peut-être encore plus forte. On reconnaît à la folie une force, un éclat qu'on ne reconnaît pas au malade mental, ce qui semble d'ailleurs logique. Notre statut en est diminué.
Car comme Nicolas, je ne renie pas tout ce qu'ont brassé mes délires. Certaines idées étaient justes, je crois. Diminuée, je l'ai été surtout après, soit par le traitement, soit par les conséquences sur mon cerveau de ce grand brasier qu'a été la folie.

Quand j'étais jeune et n'avais pas encore sombré dans le délire, beaucoup de gens disaient que j'étais folle, comme on dit à d'autres filles qu'elles sont jolies. Du jour où j'ai été hospitalisée, on ne m'a plus appelée ainsi mais j'ai senti peser sur moi un autre regard, celui-là vraiment dérangeant.
Le mot n'était plus prononcé, en revanche le regard sur moi avait pris de l'altitude.


Moi les non "fous" me dérangent aussi d'une certaine manière.

Bien sûr qu'il faut hospitaliser car une bouffée délirante est une souffrance inouïe, et cette souffrance, il faut l'arrêter. Bien sûr il faut des médicaments qui permettent au cerveau de se détériorer moins rapidement.

Je ne suis pas très claire. En fait je m'insurge un peu contre le fait de considérer la folie comme une maladie. Je parlerais davantage de blessure à la tête, quelque chose comme ça. Parce que à partir du moment où vous imaginez une maladie de la tête, c'est toute notre personne que vous considérez comme malade, là où d'autres que nous, d'autres malades, malades du cancer, malades de la jambe ou je ne sais quoi, sont considérés comme des personnes avant tout.

Moi je me considère comme une personne, qui a subi un traumatisme à la tête mais qui reste une personne. Le traumatisme n'a pas contaminé toute ma personne. Enfin c'est ce que je souhaite.

En fait j'ai fait hors sujet, mais je tenais à le dire.
  Réponse avec citation
Vieux 29/10/2007, 23h44   #22
Zophia
Se débat dans sa bulle.
 
Avatar de Zophia
 
Date d'inscription: juin 2007
Messages: 491
Re : Pourquoi les asiles ?

Joli poste, je suis bien d'accord surtout avec ceci
Citation:
Ce qui me frappe moi c'est que justement on a remplacé le terme "fou" par "malade" et "malade mental", et que finalement la connotation négative est peut-être encore plus forte. On reconnaît à la folie une force, un éclat qu'on ne reconnaît pas au malade mental, ce qui semble d'ailleurs logique.
Zophia is offline   Réponse avec citation
Vieux 30/10/2007, 01h44   #23
flyman69
Membre
 
Avatar de flyman69
 
Date d'inscription: avril 2005
Messages: 274
Re : Pourquoi les asiles ?

Moi plus ça va plus j'ai du mal avec le terme maladie mentale, tout simplement parce qu'il ne correspond scientifiquement à pas grand chose.

Il n'existe aucune méthode fiable et scientifiquement prouvée pour diagnostiquer une maladie mentale et encore moins d'examen permettant de mettre en avant un déséquilibre d'ordre biologique ou chimique... Comment, alors, parler de maladie au sens propre du terme ?

Je ne parlerai même pas des critères moraux qui sous tendent certains de ces diagnostics. On se rapellera notamment que le jour où l'homosexualité a commencé à être acceptée socialement, des millions de gens ont cessé d'être "malades"...

Bref, je pense qu'il est bien plus adapté de parler de troubles psychologiques, de plus ou moins grande intensité que de maladie mentale.

Toutefois, contrairement à notblind, je pense que le terme de folie est t encore pire puisqu'il est très chargé au niveau normes. Grosso modo, le fou c'est celui qui est différent, qui échappe au contrôle social, le risque étant alors d'assimiler des déviants, des gens simplement différents mais qui ne sont pas en souffrance psychique au groupe "folie".

Pour ce qui est des hopitaux psychiatriques anciennement nommés asiles, pour ceux qui s'interressent à ces questions dans une perspective sociologique, je ne peux que vous recommander l'excellent ouvrage "asiles" de Goffman dont vous trouverez une synthèse ici après et qui montre avec une grande finesse les travers de ces institutions. http://homepages.ulb.ac.be/~ctolley/notes/Goffman1968.htm .

Dernière modification par flyman69 30/10/2007 à 01h47.
flyman69 is offline   Réponse avec citation
Vieux 30/10/2007, 02h29   #24
Zophia
Se débat dans sa bulle.
 
Avatar de Zophia
 
Date d'inscription: juin 2007
Messages: 491
Re : Pourquoi les asiles ?

Le mot fou se teinte néanmoins d'un certain attrait pour le génie, une différence que l'on peut cultiver et qui peut susciter une certaine admiration. Tout ceci étant bien entendu à prendre avec des (grosses) pincettes.

Sinon, je regrette mais les mécanismes chimiques de certains troubles (bipolaire notamment) sont quand même désormais bien connu. Ceci étant, je suis d'accord pour garder un certain recul par rapport à tout ce qui touche le "psychisme". La psychiatrie n'étant pas une science exacte.

Il n'empêche que pour être reconnu, il faut parfois entrer dans des catégories, hélas. Alors se dire malade est parfois pas complétement inutile.
Zophia is offline   Réponse avec citation
Vieux 30/10/2007, 12h17   #25
Ondine
Modératrice
 
Avatar de Ondine
 
Date d'inscription: septembre 2005
Localisation: Normandie
Messages: 5 620
Re : Pourquoi les asiles ?

Citation:
Posté par not blind
C'est intéressant. Ce qui me frappe moi c'est que justement on a remplacé le terme "fou" par "malade" et "malade mental", .

Je le croyais aussi mais en fait non ; récemment j'ai vu deux émissions où les psychiatres qualifiaient deux malades de fous.
__________________
Ondine,
Modératrice "très patiente" de Santé-Psy.

"Science sans conscience n'est que ruine de l' âme."
Ondine is offline   Réponse avec citation
Réponse


Outils de la discussion
Modes d'affichage

Navigation rapide



Les données de ce forum ne peuvent être utilisées sans l'accord écrit de leurs auteurs. CNIL 722655 aucune utilisation de vos données personnelles sans votre accord.