Bonjour et merci pour ces chiffres.
Tout le problème est là : vu de l’extérieur, la réaction classique est "de quoi se plaignent-ils avec ce qu’ils gagnent ?"
Ces revenus importants sont liés à une forte activité et une forte productivité, rendues nécessaires ou plutôt obligatoire par le faible nombre de médecins. Ils cachent aussi de fortes disparités, avec une triste réalité plus vraie encore que dans d’autres métiers : ceux qui gagnent le plus sont trop souvent les plus médiocres. Ceux qui râlent parce qu’ils n’ont plus les moyens de soigner leurs patients correctement sont ceux qui travaillent bien et qui souffrent de plus en plus (ce n’est pas mon cas car je suis en secteur à honoraires libres). Pour un médecin, une secrétaire n’est pas un confort, c’est indispensable lorsque l’on a une activité significative.
C’est la rémunération horaire qui est faible, par la rémunération globale. Un médecin généraliste qui passe 20 mn en moyenne avec chaque patient (personnellement, je ne sais pas faire autrement) et qui passe 25% de son temps à des tâches non rémunérées (courrier, téléphone, déplacements à domicile, formation, paperasse) facture 50 euros bruts de l’heure. Tout artisan vous expliquera qu’il ne reste pas grand-chose une fois les charges déduites.
Seulement 8% des médecins diplômés s’installent en libéral. Cela me paraît un signal fort et peu contestable de la faible attractivité de ce métier. Comparez les revenus moyens que vous citez avec les 40000 euros annuels d’un médecin salarié. Pourtant, c’est bien ce salariat que recherchent les médecins. Bizarre, non ?
Quant à la féminisation et le taux d’étrangers comme marqueurs de professions financièrement dévalorisées, ce n’est ni raciste ni sexiste, c’est une réalité, un fait social qui ne traduit pas de jugement de valeur de ma part sur ces catégories. Ces deux marqueurs sont reconnus comme
significatifs de profession sous-valorisées, car les femmes et les étrangers sont moins bien payés à travail égal que les hommes nationaux. Croyez bien que je trouve cela profondément anormal.
Mais vous avez raison, c’est insoluble ou plutôt inaudible pour le public. Le phénomène a été le même pour les infirmières. Il y en a de moins en moins, mais tout le monde trouve normal de ne pas valoriser leur profession. Alors on fait venir des infirmières étrangères pour boucher (rarement) les trous dans les planning.
Il ne se passera donc rien avant l’explosion du système. Il en est souvent ainsi, c’est la loi du genre. Je trouve ça triste mais bon, les médecins sont tellement indispensables et rares qu’ils survivront.
Les 70 messages déjà postés sont représentatifs des commentaires habituels sous les articles qui traitent de ce sujet. Ils sont plutôt de meilleure tenue que ce que j’ai pu lire ailleurs.
Je n’arrive pas à en vouloir aux gens qui pensent comme vous. Je reconnais que vu de l’extérieur, ça paraît incompréhensible. En fait, les gestionnaires de la santé devraient faire un stage de 6 mois dans un cabinet de médecine générale, et les médecins devraient faire un stage identique dans une caisse primaire d’assurance maladie. Comme toujours, ça se passe mieux quand on comprend l’autre. Mais c’est trop tard.
On se donne RV dans deux ans au plus tard : http://www.atoute.org/n/Deserts-medicaux-Plus-pour.html le dépassement d’honoraires représentera alors 100% de la facture.