Bonjour
A propos de Sophia que vous citez pour étayer votre critique de mon analyse, j’avais en effet écrit un article très négatif sur ce système d’éducation thérapeutique. C’est un exemple très intéressant car nous avons des données factuelles.
Il se trouve que par le hasard de mes activités variées, j’ai été amené à intégrer récemment à la CNAM le conseil scientifique du projet Sophia pour y représenter un syndicat libéral, et j’ai assisté à un première réunion. J’ai aussi eu copie du rapport complet réalisé par la société CEMKA EVAL et qui n’a pas été rendu public à ce jour.
En réunon, j’ai pu constater qu’aussi bien la direction de projet à la CNAM que les autres membres du conseil scientifique avaient une culture très limitée de l’évaluation et de ses écueils.
Après donc avoir pu juger sur des faits précis, je vous confirme que ma critique initiale était plus que fondée. La réalité est même pire que ce je pensais.
Un exemple très significatif en terme de financement de la santé publique : le coût de ce système d’accompagnement des diabétiques est de 100 euros par an. Soit l’équivalent de deux consultations de généralistes et d’une consultation d’un diabétologue conventionné par an.
Pour ce prix, les prestations fournies sont :
Quelques brochures envoyées par la poste. Sont-elles lues ?
entre 1 et 2 coups de téléphone par une infirmière (par an)
L’accès à un site internet qui, en pratique, n’est consulté par personne.
C’est une vraie caricature, d’ailleurs stigmatisée par l’IGAS dans un rapport récent.
Ce programme d’accompagnement coûte donc presque autant que le suivi médical des patients par leur généraliste.
Si l’on avait pu donner aux généralistes et aux infirmières de terrain (comme le recommande l’IGAS) deux consultations annuelles uniquement pour parler diabète avec leurs patients (sans prescription ni suivi spécifique) l’impact n’aurait pu être que supérieur.
C’est un exemple de ce qui rend malade notre métier : nous refuser les moyens de le faire tout en dépensant beaucoup d’argent pour faire de la mousse inutile autour.
Et je ne vous parle pas de la télémédecine qui se profile à l’horizon...
En pratique, je vous confirme que je crois mieux comprendre que vous l’économie de la santé, ses contraintes et ses pièges. Je sais que cela peut paraître prétentieux au vu de votre formation, mais tant pis. "Pour chaque problème, il y a une solution simple, évidente, et fausse."