Cher Dominique,
Tout d’abord merci pour cet article et pour le débat qu’il a suscité, mais force nous est de constater qu’en dehors de notre corporation, la vision du système de soins par nos concitoyens en souvent floue et fréquemment polluée par une "pensée unique" distillée soigneusement dans les médias.
Pour tenter de recentrer le débat, je voudrais rappeler ce que j’appelle le "trépied instable" :
Le droit à l’accès aux soins, ne signifie pas la gratuité des soins, il y a là une confusion lourde de conséquences. Que signifie donc le droit à l’accès aux soins, si la gratuité des soins a conduit, par ses effets pervers délétères à une disparition totale de l’offre, faute de viabilité de celle-ci ? La première qualité de l’offre de soins, c’est qu’elle existe !
Le trépied sur lequel on fonde un système de santé idéal qui voudrait des soins performants, faciles d’accès et gratuits, ne peut pas exister longtemps, c’est un trépied instable, car il diverge. La demande n’étant pas régulée devient quasi infinie, et trouve forcément un facteur naturel limitant qui mette un des trois points en défaut :
Si vous voulez des soins performants et faciles d’accès, ils ne seront pas gratuits, c’est le système libéral. Les organismes sociaux peuvent réfléchir à en atténuer l’impact sur les gens les plus modestes, mais c’est leur boulot, pas le notre.
Si vous voulez des soins performants et gratuits, ils ne seront pas faciles d’accès, c’est le système britannique ou canadien, vous avez des files d’attente. Les gens peuvent mourir dans les files d’attente sans doute beaucoup plus sûrement qu’à errer à la recherche des quelques sous qui leur donneraient accès au premier système, avec la porte ouverte à une régulation beaucoup plus injuste que dans le premier système, à savoir les passe-droits et les dessous de table clandestins.
Si vous voulez des soins gratuits et faciles d’accès, ils ne seront pas performants, car vous allez devoir faire appel à du personnel sous payé et sous qualifié, que vous allez surcharger de travail. C’est malheureusement souvent le cas dans nos hôpitaux dans certains coins de France, et là, côté évaluation des pratiques, il y a du travail à faire !
Donc sur trois points il faut en choisir deux, ce choix est politique, il ne nous appartient pas, c’est au citoyen de le faire. Son opinion va changer lorsqu’il passe d’usager potentiel à patient. En bonne santé, face à une perspective de soins, il choisira la gratuité. Le malade en détresse et qui souffre place en premier la facilité d’accès à des soins performants, et lorsque le pronostic vital est en jeu, dépenser des sous pour sauver la mise n’est pas un problème.
En résumé, je dirais que c’est au citoyen de choisir, non pas le meilleur système, mais le moins mauvais. Il faut sortir de l’idée que "faire payer le malade, c’est dégueulasse", ce qui est "dégueulasse" ; c’est de faire attendre le patient plus que de raisonnable, ce qui est "dégueulasse" c’est de rogner sur la qualité des soins.
Donc = choisir de sacrifier un des trois piliers du trépied instable pour préserver à coup sûr les deux autres et revenir sur un système stabilisé.
Le corps médical a donné ce qu’il a pu, il faut que nos concitoyens réalisent que nous sommes au "bout de la ficelle" et que nous ne pouvons pas donner davantage.