Bon ben un avis un peu divergent...
Il n’y a jamais eu en nombre absolu autant de médecins en exercice dans ce beau pays. Pourtant, il n’y a jamais eu autant de spécialités d’exercice sinistrées dans ce beau pays.
Il est remarquable qu’à une autre époque, pas si éloignée, la pléthore relative faisait que nulle spécialité n’était sinistrée, même celles aujourd’hui en souffrance et pas forcément très lucratives (médecine générale certes, mais aussi médecine scolaire, médecin de prévention - PMI, médecine du travail, etc.). Quand je me suis installé, il n’y a pas tout à fait 25 ans, nous prenions tous les postes disponibles et nous ne discutions pas le prix des présentations de clientèles...
Alors, il y a des raisons professionnelles, liées à la valorisation insuffisante du métier, matériellement ou symboliquement.
Des raisons socio-culturelles aussi probablement, liées à l’évolution de la structure démographique des nouveaux médecins, mais aussi à l’évolution de leur origine géographique et sociale.
Des raisons culturelles, liées à une formation initiale des médecins inadaptée aux réalités du métier, et propre à générer des représentations très négatives de ces réalités.
Mais je pense aussi qu’il y a des raisons politiques, qui relèvent d’une sorte d’inconséquence à la fois des représentants des professionnels, et des responsables politiques.
Je dois payer les études de mes enfants, qui ont choisi des voies professionnelles pour lesquelles l’université ne présente pas d’offre compétitive : je paye donc des écoles supérieures privées, chères. Cela m’a permis de prendre conscience du coût réel de la formation d’un cadre supérieur ou d’un ingénieur, a fortiori d’un doctorant. Dans beaucoup de pays étrangers, dits libéraux, c’est ce coût réel qu’on vous fait payer (entre 10000 et 30000 euros par année de formation supérieure selon le pays et le prestige de l’université). Au passage, je fais le constat amer que payer mes impôts permet de payer les études quasi-gratuites des autres, mais ne m’exonère pas de payer en plus celles des miens pour lesquels le système public n’offre pas d’équivalent, mais là n’est pas le sujet...
Ces constats me conduisent à reposer une question forcément pas dans l’air du temps, pas très politiquement correcte : comment ces milliers de nouveaux médecins que la société française a formé généreusement, proposent-ils de rendre au pays ce qu’il lui ont coûté ?
Je précise que je suis médecin généraliste, longtemps investi dans la formation, initiale et continue, et dans la représentation professionnelle. J’ai cessé depuis quelques années de m’épuiser à jouer au Don Quichotte.
B A