Imprimer cette page
"La science, c’est cool !"
Science citoyenne, intelligence collaborative et serious game

La science bouge. Elle sort des laboratoires pour associer avec succès les internautes à ses recherches. Les invités de Mathieu Vidard (La Tête au Carré) commentent les exemples passionnants rapportés par Claudie Haigneré. La spationaute et ex-ministre conclut en citant la réaction de jeunes "serious gamers" fiers d’avoir participé à une découverte en biologie moléculaire : "La science, c’est cool !"

Pendant longtemps, la science s’est construite quasi exclusivement sur l’expérimentation : élaboration d’une hypothèse, protocole de vérification, réalisation, analyse du résultat.

La simple observation, l’analyse de l’existant, était à l’origine de la magie qui avait précédé la science et les nombreux biais qu’elle comportait lui ont valu d’être cantonnée aux sciences descriptives.

Pourtant, lorsque l’analyse des données existantes est pertinente, elle permet d’obtenir des résultats étonnants sans le moindre protocole préalable. C’est le premier exemple cité par Claudie Haigneré dans la vidéo ci-dessous. J’ai placé des illustrations sur le son de l’extrait de l’émission Les Grosses Têtes au Carré du 13 février 2012.

Il s’agit de l’analyse des connexions sur un site internet spécialisé dans les tremblements de terre pour obtenir des informations fiables et surtout immédiates sur l’apparition d’un tremblement de terre, son intensité et son épicentre ressenti (et non géologique). C’est tout simple, il suffisait d’y penser. Cette belle histoire a été publiée dans Science.

Le deuxième exemple décrit l’intelligence collaborative. Progressivement, les savants ont fait de la science une chasse gardée, pratiquée exclusivement dans leurs laboratoires. Cette exclusion du citoyen du champ scientifique est en fait assez récente. Son retour s’effectue sous forme d’un gigantesque brain storming permis par des outils de partage.

Face à un problème complexe, la mise en réseau de milliers de cerveaux humains a permis de découvrir la structure d’une enzyme qui résistait aux chercheurs. Cette découverte permet de faire progresser la lutte contre le sida. L’outil utilisé est ce que l’on appelle un jeu sérieux (serious game) : Foldit. Cette deuxième belle histoire a été publiée dans Nature.

Le troisième exemple, brièvement abordé par Dominique Leglu, est l’analyse par Google des mots-clés tapés dans son moteur pour suivre les épidémies de grippe. Le résultat est saisissant et permet de suivre l’épidémie grippale sans subir la dizaine de jours de décalage induite par les organisations qui fondent leurs statistiques sur les relevés de leurs réseaux. Comme le souligne la physicienne journaliste, l’analyse massive de données disponibles avec de nouveaux outils est une voie d’avenir que nous commençons seulement à explorer.

Ces trois piliers de la science 2.0 me sont particulièrement chers. Malheureusement, ils ont grand-peine à convaincre le milieu médical. Cette émission montre le contraste entre deux médecins : Claudie Haigneré qui a été happée par les sciences citoyennes et collaboratives, et le sympathique Patrick Pelloux, représentatif de ma profession, qui se sent encore obligé de bafouiller qu’il faut faire attention à Internet...

Les bases de données de l’assurance maladie française contiennent des données qui permettraient de faire des découvertes majeures dans le domaine des maladies, des effets indésirables des médicaments, mais aussi de leurs effets positifs inattendus. Malheureusement, conformément à la tradition française et plus particulièrement à la stupidité de ses organisations centrales, ces données sont solidement verrouillées. Il suffirait de les libérer totalement après anonymisation pour faire réaliser un bond considérable à la médecine, et sans doute des économies importantes à l’assurance maladie. Une anonymisation correcte demande du travail, mais ce n’est rien à côté des enjeux que représentent ces données qui dorment à l’abri des scientifiques.

Ajouts

Un article en anglais sur le crowdsourcing en santé.