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"réflexions d'un infirmier psy sur la psychose"

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rose_noire (254 messages) Envoyer message email à: rose_noire Envoyer message privé à: rose_noire Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
23-01-05, 12:10  (GMT)
"réflexions d'un infirmier psy sur la psychose"
Bonjour,

Suite à mon problème débattu sur un autre post, suis-je psychotique en étant schizoide, je suis allée poser la question sur serpsy, un site d'infirmiers psy. Fridom, comme à son habitude, m'a répondu par une réflexion très interessante sur la psychose que je vous livre ici. Il passe le bonjour au dr Dupagne.

Rien qu'avec le DSM IV, c'est compliqué. Si on ajoute la nosographie française différente de la nosographie anglo-saxonne (hors DSM IV), ça se complexifie encore. Si maintenant je vous dis que les psychanalystes ont encore une classification différente, vous allez craquer. Je ne vois d'ailleurs pas vraiment comment on peut faire autrement.
Les pathologies en psychiatrie ne sont peut-être des pathologies que métaphoriques. La psychiatrie n'a peut-être pas grand chose à voir avec la médecine. En tant que telle la schizophrénie n'existe pas plus que l'hystérie ou la paranoïa. Réellement. Dans vingt ans, une autre entité nosographique aura peut-être remplacé la schizophrénie. Tout ces précautions oratoires pour dire que tout cela est fluctuant. Lorsque l'Allemagne dominait l'Europe, la nosographie allemande était reconnue. Lorsque Allemagne et France se faisaient la guerre (ou se préparaient à se la faire) les deux nosographies s'affrontaient et se tiraient la bourre. Aujourd'hui c'est Bush le maître du monde. La nosographie de son pays est la meilleure. Les diagnostics en psychiatrie sont aussi marqués par la politique, l'économie.
Je me sers personnellement assez peu de la nosographie, je préfère repérer les mécanismes de défense utilisés. C'est beaucoup plus utile, plus fiable. Et puis ça permet de travailler avec la personne in vivo.
Je sais qu'il peut être important de connaître son diagnostic. Le problème est qu'on lit encore, pour en savoir toujours plus, que les définitions ne coïncident pas. Si l'on se réfère davantage à la nosographie allemande, française ou anglo-saxonne on a des définitions qui ne se recoupent pas. Les mots utilisés par les auteurs sont différents, on compte ainsi une dizaine de mots légèrement différents pour décrire la dissociation ou la dépersonnalisation. De quoi entretenir une certaine méfiance.
Vous avez un médecin qui vous dit la vérité sur un point qui de toute façon en psychiatrie est mineur et n'intervient que pour la recherche, ce que ni vous, ni votre psychiatre ne faites, parlez lui de vos doutes, de vos questions. L'autre aspect de la question est que pendant que vous vous mélez de ces querelles byzantines, vous ne parlez pas du principal (enfin me semble-t-il) : vous.
Il faut savoir aussi (c'est important) que psychose et névrose sont des groupes de maladie, comme cancer si vous voulez, comme hépatite ou comme diabète. On peut avoir un diabète insulino-dépendant ou gras, une hépatite A, B, C, etc. Pareil pour névrose et psychose, indépendamment de toute idée de gravité. La métaphore s'arrête là parce que les traitements seront différents. Névrose et psychose sont également des modes d'organisation de la personnalité. Si l'on se réfère à la psychose comme mode d'organisation de la personnalité, qui peut donc être non décompensé, on ne se réfère pas forcément à la psychose comme maladie et on ne dit donc pas la même chose. C'est très complexe j'en suis conscient.
Supposez que je sois un prof de maths un peu dans la Lune, je plane pas mal, mes élèves se moquent de moi, pédagogiquement je suis une catastrophe mais comme prof de maths, comme mathématicien je suis hyperbalèze. J'ai peu d'amis, tous matheux. On pourrait dire que je n'ai qu'un intérêt dans la vie : les maths. Dans ce domaine je suis hyper-adapté. Il est possible sinon probable que ma personnalité soit organisé sur un mode psychotique. On dirait si je devais rencontrer un psychiatre que j'ai une personnalité schizoïde. Mais, pour peu que rien ne vienne me déstabiliser je ne décompenserai jamais une psychose. Je ne serai jamais psychotique au sens psychiatrique du terme même si ma personnalité est organisé sur un mode psychotique.
On estime que 40 % des gens sont organisés sur un mode psychotique et autant sur un mode psychotique. Les autres seraient borderline ou pervers. La normalité analytique représenterait 0,0001 % des gens. Je n'ai personnellement jamais rencontré qui que ce soit de normal au sens psychanalytique du terme.
Tout cela pour que vous relativisiez et peut être vous centriez sur vous-même, sur vos réactions face au stress, sur votre histoire. Il y a réellement des choses plis intéressantes à évoquer avec un psychiatre que son diagnostic.

Cordialement,


Fridom

P.S. Ne concluez pas de mes propos que les psy sont des charlatans. La psychiatrie n'a que deux siècles alors que la médecine a deux mille ans et pourtant la médecine n'est thérapeutique que depuis la découverte des antibiotiques, c'est-à-dire 43-44.

Et dans un autre post :

Cher Eliguane,

Quels sont donc ces 40 % que j'aime tant ?
Les 40 % de matière grasse ? Avec le zyprexa et consors c'est plus que 40 %. Il est vrai que dans le fromage ce sont ces 40 % là que je préfère. Marieley elle-même, m'a dit un jour, enfin je crois, que ce qu'elle préférait en moi c'était ces 40 % là.

Les 40 % de psychose ? Je suis suffisamment dickien, passion que je partage avec Jivé, pour imaginer que ces 40 % sont indispensables à notre monde, qu'il existe des situations où ils sont la solution. Je n'oublie pas ce qu'écrivait Bettelheim à propos des camps de concentration et du clivage : ce sont ces 40 % là qui permettait de s'en sortir. Quand la réalité est horreur, le clivage du moi est le mécanisme de défense le plus sûr même si le prix à payer est terrible. Mais là c'est une question de survie. Oui, il existe des situations où le clivage du moi est la solution la plus sûre pour s'en sortir même si évidemment on ne choisit pas. C'est un aspect de la résilience que personne, cirieusement ne reprend et que Cyrulnik a pourtant décrit. Face à un viol, le clivage du moi est également une des façons de s'en sortir même si là encore, le prix à payerest lourd. C'est ainsi qu'une des victimes d'Alegre a eu la vie sauve (je crois même que c'est la seule).

Les 40 % de côté sain ? Il faut bien si l'on veut soigner et notamment faire des groupes psychoéducatifs. Et puis c'est toujours intéressant de rappeler aux médias et peut-être aux patients eux-mêmes que dans toute situation de maladie, de délire, de crise le côté sain est toujours là et qu'il représente, à une queue de cerise près 40 % de la personnalité. Ceux qui isolent plus vite que leur ombre, qui considèrent qu'on peut isoler, que le patient ne s'en souviendra pas auraient tout intérêt à tenir compte de ces 40 % là. On pourrait concevoir un accueil, des soins dont le but serait de consolider ces 40 %, de permettre un dialogue entre les 40 % psychotiques et les 40 % mettons sain même si je ne raffole pas de l'expression. On va encore me dire que je rêve, n'empêche que je me suis rendu vendredi à l'ancien hôpital de jour où je travaillais, j'y ai revu mettons Gabriel qui m'a accueilli comme si nous nous étions quitté la veille et m'a rappelé la façon dont je l'ai accueilli vingt ans plus tôt, lors dde sa première hospitalisation. Il était un peu vrac (entendez en crise, délirant, halluciné, etc.), je lui avais proposé d'écrire un texte pour le journal, il se souvenait des quelques lignes, du couteau qu'il avait dessinné. Si le côté sain n'était pas présent à ces moments-là, comment pourrait-il s'en souvenir ?
Merci pour la remarque, elle permet de poser des choses que nous n'énonçons pas si souvent.


Fridom

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  Sujet     Auteur     Posté le:     ID  
 RE: réflexions d'un infirmier psy sur la psychose Pandore 23-01-05 1

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Pandore (1637 messages) Envoyer message email à: Pandore Envoyer message privé à: Pandore Voir profil de ce membre Voir addresse IP de cet auteur
23-01-05, 12:41  (GMT)
1. "RE: réflexions d'un infirmier psy sur la psychose"
Bonjour,

La réponse de Fridom est parfaite comme d'habitude. Il faut juste corriger une phrase par : "On estime que 40 % des gens sont organisés sur un mode psychotique et autant sur un mode névrotique". (son "lapsus" est très amusant d'ailleurs).

Espérons que le fait que cette réponse te soit donnée par un professionnel de la santé psychique sera une caution suffisante pour que tu acceptes de l'entendre .

Personnellement, je suis 100 % d'accord avec le fait que l'étude des mécanismes de défense soit le moyen le plus pertinent pour avoir une idée de la structure d'une personnalité. Seulement identifier les mécanismes de défense ne se fait pas en une consultation. Il faut du temps, beaucoup de temps, beaucoup d'écoute, il faut qu'un contact suffisant, régulier, s'établisse entre le thérapeute et le patient, et bien souvent c'est ce temps et ce suivi qui font défaut, pour toutes sortes de raisons.

Cordialement,

Pandore

Non médecin, juste "patiente"
Modératrice de Santé Psy

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