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L’intérêt de sophia pour les diabétiques reste à prouver

Le programme d’aide aux diabétiques de l’assurance maladie n’a pas été correctement évalué

lundi 20 juin 2011, par Dominique Dupagne

Les résultats du programme d’assistance aux diabétiques Sophia sont mal évalués. Les publications disponibles sont d’une faiblesse méthodologique inacceptable. Généraliser un tel programme alors que son bénéfice est aussi mal validé paraît prématuré.

Ajout du 8 mars 2013. Cet article est obsolète. Se référer à celui-ci http://www.atoute.org/n/Sophia-les-mauvais-calculs-de-la.html .

Il apparaît donc que les fautifs ne sont pas chez CEMKA EVAL, mais à la CNAMTS qui a tronqué, dissimulé et falsifié les résultats du rapport d’évaluation.

Sophia est le nom d’un programme d’assistance aux diabétiques organisé par l’Assurance Maladie.

Son objectif est “d’accompagner les patients qui le souhaitent, en fonction de leur état de santé et en relais du médecin traitant, pour les aider à mieux vivre avec la maladie et en prévenir les complications.”

Dans un document publié en mars 2011, l’Assurance Maladie (AM) diffuse les résultats d’une évaluation externe, sous le titre :

“100 000 adhérents pour sophia et des premiers résultats médico-économiques encourageants”

Dans ce même document, l’AM déclare : “Près de trois ans plus tard, sophia poursuit son déploiement à grande échelle.”

Or comme nous allons le voir, nous ne disposons d’aucun élément permettant de considérer cette évaluation comme une validation de l’intérêt du projet, et un déploiement paraît prématuré. Une analyse de l’IGAS en 2006 insistait pourtant sur la nécessité d’expérimenter et d’évaluer une telle stratégie avant de la généraliser.

1) Effet sur la santé des diabétiques

Contrairement à ce qui est affirmé, nous ne disposons d’aucun élément démontrant que les diabétiques adhérents au programme sont en meilleure santé.

Tout au plus constate-t-on que les incitations à réaliser certains examens recommandés sont suivies d’effet. C’est bien le moins que l’on puisse attendre d’un programme qui consiste essentiellement à rappeler régulièrement aux patients par téléphone qu’ils doivent pratiquer ces mêmes examens. Cela ne prouve pas que la santé des diabétiques en est améliorée pour autant.

Nous n’avons aucune information sur l’ensemble des critères (normalement définis en début de programme) sur lesquels ont porté l’évaluation. Cette absence de publication initiale du design de l’étude d’évaluation altère la crédibilité des critères sélectionnés, suspectés d’avoir été choisis a posteriori pour accréditer l’efficacité du programme.

Un tableau (page 7) compare le taux d’HbA1c des adhérents sophia à ceux d’autres diabétiques issus d’une autre étude, antérieure. Faut-il en déduire que nous n’avons donc pas de groupe contrôle, qui aurait pu être constitué par randomisation de la proposition d’adhésion ? C’est important et nous y reviendrons. Notons au passage que les différences observées dans ce même tableau, déjà faussées par des échantillons non comparables, ne sont assorties d’aucune quantification de leur significativité statistique. Cette présentation de résultats ne serait pas acceptée dans une revue scientifique.

2) Effets sur les hospitalisations, notamment sous l’angle économique

Trois critères ont été étudiés (page 8)

Pour évaluer “l’effet sophia”, les adhérents sont cette fois comparés à un groupe témoin. Il est précisé “hors département sophia”. Curieusement, ces groupes témoins n’ont pas été utilisés à la page précédente pour mesurer l’évolution de l’HbA1c, remplacés comme nous l’avons vu par des données issues d’une étude antérieure sur un autre échantillon.

Nous n’avons pas de données sur la comparabilité des échantillons sophia et témoins. Cette étude de comparabilité est importante car les adhérents sophia sont des volontaires et donc non représentatifs (comme indiqué dans l’étude page 5, notamment plus jeunes et avec un diabète plus récent que les non adhérents).

Une évaluation fiable de l’effet sophia aurait supposé, comme dans toute étude d’intervention bien menée, la constitution de deux groupes randomisés avant la proposition d’adhésion au programme. Il est regrettable que l’AM ne se soit pas assurée le concours de méthodologistes qualifiés avant de lancer son programme. Le résumé de la méthodologie page 10 n’explique pas comment a été constituée la population témoin. Quand bien même des ajustements ont été réalisés sur l’âge et le profil du diabète, le biais “adhésion à un programme de suivi” ne peut être prise en compte et il ne peut être exclu qu’il soit majeur : l’adhésion à un programme de suivi est susceptible d’attirer des diabétiques plus motivés pour lutter contre leur maladie, plus compliants au traitement et suivant une meilleure hygiène de vie.

Cette différence est d’ailleurs retrouvée dans l’étude portant sur les frais d’hospitalisation à T0 qui montre une différence initiale supérieure à 10% avant toute intervention.

Le suivi de la consommation dans les deux groupes, qui, rappelons le, ne sont pas comparables, aboutit d’après l’AM à “des évolutions un peu plus importantes dans le groupe témoin que dans le groupe sophia”.

Cette formulation surprenante évoque plus le marketing pharmaceutique des années 70 qu’un rapport de biostatistique.

Les chiffres sont présentés sous forme de larges fourchettes, sans moyenne, ni total par groupe, et sans comparaison chiffrée et évaluée statistiquement. Une telle absence de transparence laisse habituellement augurer des résultats peu concluants, voire défavorables.

Il est précisé (page 8) que des variables confondantes ont été prises en compte par “plusieurs méthodes d’ajustement” sans précision sur le critère de choix de cette méthode. Nous avons déjà vu que l’absence de randomisation rend les échantillons structurellement incomparables du fait du biais d’acceptation du programme. Ecrire que ces méthodes d’ajustement permettent d’obtenir une “comparaison précise et fiable” est scientifiquement incorrect. En l’absence de renseignements précis sur l’ajustement de ces variables, le terme "toilettage" vient à l’esprit du lecteur critique.

A la fin de la page 8, il est affirmé que des ajustements ont été réalisés sur un autre critère : le pourcentage de patients hospitalisés au moins une fois dans l’année. Nous n’avons pas de résultat brut, ni avant, ni après ajustement. Les résultats ne mettraient pas en évidence de différence significative. Nous ne savons pas comment ce critère a été choisi, ni s’il existait d’autres critères potentiellement intéressants.

La page 9 nous apprend que les ajustements ont également été réalisés pour calculer l’évolution des dépenses hospitalières, précédemment citées par de vagues fourchettes. Une diminution chiffrée est cette fois fournie, en précisant que sa significativité est “variable suivant la méthode d’ajustement retenue”. Formulation toujours aussi surprenante...

Enfin, la page 10, qui donne des bribes d’information sur la méthodologie, ne lève pas les incertitudes préoccupantes qui entourent ce résumé d’évaluation.

En pratique, ce document ressort plus du marketing ou de la profession de foi que de l’évaluation scientifique. La première page nous apprend que malgré l’inexistence de résultats tangibles, l’AM souhaite étendre sophia à la France entière, engageant ainsi des dizaines de millions d’euros. Ce programme serait abondamment cité dans les négociations conventionnelles actuelles. L’impression globale est que cette publication est destinée à valider cette stratégie, et non à l’évaluer.

Il est temps qu’une autorité de tutelle impose à l’AM une évaluation sérieuse et indépendante du programme sophia, par exemple auprès de professionnels universitaires de l’épidémiologie et de l’évaluation.

Utiliser un document d’une telle médiocrité pour promouvoir un programme aussi important que sophia est insultant pour les médecins généralistes, principaux partenaires du projet, dont la formation inclut une formation biostatistique suffisante pour en détecter les importantes lacunes.

Le seul intérêt potentiel de cette publication est de fournir un sujet parfait (et ne nécessitant aucune traduction...) aux étudiants en médecine passant l’examen final de Lecture Critique d’Article (LCA). Il faudrait simplement prévoir des copies spéciales pour que les étudiants puissent colliger l’ensemble des entorses méthodologiques relevées à partir de leur grille de lecture, tant sont nombreuses les approximations, omissions ou interprétations tendancieuses contraires à la démarche scientifique.

Droit de réponse

Le responsable de l’évaluation du programme sophia chez CEMKA-EVAL s’est ému des critiques dont il est l’objet dans ce billet. Je lui ai proposé de faire valoir son point de vue sous l’article, le voici :

De la concordance des temps politiques et scientifiques…

Cher Monsieur Dupagne,

Je vous remercie tout d’abord de m’autoriser à exercer un droit de réponse face à votre pamphlet. Je comprends pour partie vos attentes, votre incompréhension et votre intérêt pour un programme tel que SOPHIA et son évaluation. Pour autant, vous auriez du vous renseigner avant de jeter l’opprobre sur un travail et sur une équipe dont vous ne savez manifestement que peu de choses !

Cemka-Eval est un bureau d’études créé il y a 20 ans en réunissant les compétences de spécialistes en santé publique, de médecins, d’économistes de la santé et de statisticiens. Nos compétences sont largement reconnues à travers le nombre élevé de nos publications référencées dans nombre de revues majeures (plusieurs centaines à ce jour) et par la plupart des acteurs publics et privés travaillant dans le champ de la santé. Nous sommes ainsi très régulièrement sollicités pour assurer l’évaluation de nombre de programmes de santé publique en France. Dans le champ du diabète, nous sommes impliqués dans la plupart des études majeures conduites en France sur le plan épidémiologique et économique. Nous intervenons également à l’international sur les mêmes sujets.

L’évaluation du programme Sophia nous a été confiée dans le cadre d’une procédure d’appel d’offres légale. Elle a été placée sous la responsabilité d’un Comité technique d’évaluation comprenant les opérateurs du programme, la CNAMTS et notre équipe et sous l’égide d’un comité scientifique regroupant représentant des patients, des professionnels de santé, etc.

Une revue extensive de la littérature sur l’efficacité des programmes de disease management a été dans un premier temps réalisée et communiquée lors des 1ères journées scientifiques de l’assurance-maladie (Janv 2009). Le rapport complet (81 p) a été remis comme il se doit au commanditaire qui en a fait l’usage qu’il souhaitait.

Un protocole d’évaluation (72p) a été finalisé en septembre 2008 après de longs débats méthodologiques. Ce protocole a été validé par le Comité d’évaluation et le Comité Scientifique du projet.

Une analyse spécifique de la population de l’étude ENTRED (INVS, HAS, CNAMTS, INPES) et une enquête ancillaire ont été conduites pour servir de base de comparaison aux évolutions observées. Ce rapport (74 p) a été produit en octobre 2009 et présenté au Comité Scientifique de l’étude ENTRED au sein de l’INVS.

Le rapport final d’évaluation de la première année de fonctionnement de Sophia a été validé en Novembre 2010. Ce rapport (82 p + 499 p d’annexes) a été remis comme il se doit également au commanditaire comme prévu par le contrat public établi.

A ma connaissance, vos considérations et attendus sont basés exclusivement sur les informations transmises par la CNAMTS dans un communiqué de presse qui n’est pas, à ma connaissance, un document à visée scientifique. Rassurez-vous, nous avons mis en œuvre lors du travail d’évaluation tous les tests statistiques qui satisferont votre appétit pour les « p-values ». Je crains même que vous ne finissiez par les trouver quelque peu indigestes.

A la demande de la CNAMTS et dans un souci de communication plus « scientifique » nous avons rédigé, gracieusement, un article destiné à la Revue d’épidémiologie et de santé publique. Une publication en anglais dans une revue internationale est également envisagée. Tout cela prend un temps qui dépasse largement le temps des décisions politiques. Mais nous n’avons que quelques bras (notre équipe ne réunit qu’une trentaine de personnes…) et nous devons naturellement en recruter de temps en temps de nouveaux !!

Dans ce contexte, votre papier polémique n’est pas très sensé. Il repose sur les bases les plus minces et nous met très injustement en cause.

Patience, patience, le temps politique est passé, le temps scientifique est proche. J’aurais alors le plus grand plaisir à échanger avec vous mais cette fois à partir d’une publication sérieuse.

Bien cordialement

Dr Bruno Detournay

CEMKA-EVAL

Responsable de l’évaluation du programme SOPHIA

Comme je m’y étais engagé, je ne ferai pas de commentaire sur cette réaction.

En pratique, ce qui nous manque cruellement, c’est l’ensemble des documents cités dans la réponse de Bruno Detournay qui auraient pu éclairer cette démarche. CEMKA-EVAL est victime de l’absence de transparence de la CNAM et peut-être (nous verrons sur pièces) de la présentation malhonnête de ses données.

Messages

  • Un de mes confrères a ajouté dans sa salle d’attente : "Tout patient adhérent au programme SOPHIA est prié de changer de médecin traitant".

    Pas mal ;-)

  • Nous sommes à plus de 9 mois du communiqué de presse de la CNAMTS et nous n’avons toujours pas les résultats détaillé de cette évaluation. Du mal à trouver un revue qui accepte de publier un tel galimatias ?

  • Tout ceci est totalement accablant et merci à Dominique de relever tout cela : nous en avons besoin.
    La réponse de ce monsieur n’est pas plus satisfaisante, puisque cela me rappelle toutes ces études bidons, certes entourées de comités, de methodologies, et autres succédanés, pour etayer au mieux un programme, une étude d’un organisme donné.
    Ainsi le Samu de france avait commandé en son temps une étude auprés d’une officine ad-hoc, sans doute onéreuse, pour dire tout le bien possible des transports sanitaires héliportés.
    Et on confinait rapidement au ridicule, les hélicos décollaient tous immédiatement ( .... ? ! ) et ils n’avaient à ce titre aucune concurrence possible, dés le 30iéme km....
    Affligeant.
    Ici nous en sommes là et ce monsieur a beau promettre que l’aspect scientifique va venir ( ? ! ) le mal est fait.
    Et il y a beau temps que les médecins un tant soit peu attentifs et lucides savent à quoi s’en tenir sur les manipulations indignes de l’UNCAM quant à ses études, ses chiffres et ses absences de vrais bilans....

  • C’est donc le même institut de recherche ( Cemka-Eval) qui est à l’origine d’une étude ayant permis à la Revue du Praticien- Médecine Générale de titrer sur " l’inertie thérapeutique des généralistes".
    (Revue du Praticien -Médecine Générale ( tome 24, n°850, nov 2010) intitulé : "Epidemie diabétique et inertie des généralistes").

    Faut-il envisager une fois de plus que la rigueur scientifique de l’étude a été complètement brouillée par l’éditeur de la Revue du Praticien ??

    cf les commentaires sur un autre blog :
    http://docteurdu16.blogspot.fr/2012/06/comment-partir-dune-reflexion-sur-un.html

    • Bonjour

      Je ne sais pas. Tout ce que l’on peut affirmer, c’est que CEMKA-EVAL réalise des études et des évaluations pour des commanditaires, et ne communique pas en direct. C’est l’équivalent des agences de notation qui notent les banques et sont payées... par les banques. La veille de sa faillite, Lehman-Brother était notée AAA.

  • Je ne suis qu’un pauvre infirmer libéral qui ne comprend surement rien à rien et est toujours à côte de la plaque MAIS depuis le départ le programme Sophia, dans un relent de paranoïa aiguë surement, m’a toujours fait sentir qu’il avait pour but essentiel de donner simplement à terme toute la gestion des diabétiques aux auxiliaires de vie et plus aux infirmiers (donc d’économiser drastiquement).
    En effet ce qui justifie encore et toujours le passage infirmier auprès des diabétiques fragilisés ce n’est pas le geste de l’injection mais bien "l’éducation" et le "suivi du patient". Si grâce à Sophia ce suivi peut enfin être fait à distance (?) par téléphone (??) les injections pourront donc , encore un fois, être déléguées aux "aidants naturels" suivant la logique acharnée que suit la cnam depuis des années et qui veut que "tout geste que le patient devrait faire seul s’il n’était pas dépendant, les aidants naturels doivent le faire".
    Comme par hasard, paranoia encore, une étude vient démontrer fort à propos et pile à temps que justement ce programme marche du tonnerre et va s’étendre (d’ailleurs les recrutements sont déjà en cours il suffit de regarder le site de cpam).
    Elle est pas belle la vie ?

  • Le rapport d’évaluation de la société CEMKA EVAL n’est toujours pas public, mais il est commenté par l’IGAS et figure en partie dans les annexes : http://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/RM2012-033P_Diabete_RAPPORT_TOME_II_ANNEXES.pdf page 193 à 200

    Les rapporteurs partagent mes réserves et affirment même : "L’évaluateur concluait avec un grand art de la litote : « les résultats ont été obtenus sur une période de temps courte et sous la contrainte de systèmes d’information imparfaits. Ils plaident pour une extension éventuelle du programme jouant sur des économies d’échelle possible et ciblant mieux les populations les moins bien soignées »."

    La CNAMTS a lancé une nouvelle évaluation récente en suivant la même méthodologie que la précédente, mais elle a préféré la réaliser elle-même.

    L’auto-évaluation a toujours été une méthode très sûre :-)

    A ce jour, ce système mal évalué a coûté près de 60 millions d’euros.

  • Une campagne grand public débute sur France Inter pour promouvoir l’opération Sophia.
    Une première curiosité concernant le docteur Détournay :

    DETOURNAY B. Evaluer les activités d’éducation thérapeutique : pourquoi ? Pour qui ? Education Thérapeutique : L’Evaluation. 2012 : 8-12
    • HALIMI S, AUBERT J.P, FONTBONNE A, GUILLAUSSEAU PJ, NACHIT F, BOUEE S, DETOURNAY B. A real-life study of the use, effectiveness and tolerability of rosiglitazone in France : The AVANCE study. Diabetes Metab. 2012 ; 38 : 343-351
    • HALIMI S, BALKAU B, ATTALI C, DETOURNAY B, AMELINEAU E, BLICKLE JF. Therapeutic management of orally treated type 2 diabetic patients, by French general practitioners in 2010 : the DIAttitude Study. Diabetes Metab. 2012 ; 38 : 36-46

    Cemka eval publie de très nombreuse études pour les entreprises du médicament.
    N’y aurait-il pas un peu de conflit d’intérêt entre une étude sur le rosiglitazone, dont on aimerait savoir si les conclusions sur son utilisation sont les mêmes que celles de Prescrire, et l’étude sur le suivi thérapeutique du diabète de type 2.

    Deuxième curiosité : Sophia ne semble pas être un acronyme, donc pourquoi ce nom ?
    Il se trouve que en 2005 Le Labo Génévrier implanté sur le site de Sophia Antipolis de Nice crée une fondation nommée Sophia, dont le but annoncé est la formation continue des médecins notamment en endocrinologie.
    On sait que dans le projet Sophia de la CNAM le rôle primordial du médecin traitant est souligné en permanence.

    Troisième curiosité : en avril 2009
    Les députés Gérard Bapt (PS, Haute-Garonne) et Jean-Pierre Door (UMP, Loiret) ont rassemblé, avec le soutien de Novo Nordisk, laboratoire impliqué dans le diabète, une série d’acteurs concernés sur le thème "Diabète : l’épidémie silencieuse du XXIème siècle" pour réfléchir sur la prise en charge de cette maladie et l’accompagnement du patient

  • Donc, le programme Sophia, coûteux joujou de l’assurance maladie, dont les rapports d’évaluation n’ont jamais été publiés (et pour cause...), très critiqué par l’IGAS, va être généralisé.

    Il est l’objet d’une importante campagne de promotion.

    Cela pourrait paraître révoltant, absurde, stupide. Mais non, c’est le mode de fonctionnement habituel de l’assurance maladie française.

    Personnellement, mon attitude est la même que celle de mon ami Pierre Névians : je préviens mes patients que s’ils adhèrent à cette mascarade, ils devront changer de médecin traitant. Ma patience a des limites.

    • Voici l’affiche qui sera dans ma salle d’attente.

    • Bonjour,

      Je suis moi même diabétique type 2, suivi entièrement et efficacement par mon médecin traitant.
      Je comprend que l’absence de données fiables soit un problème, mais de la à demander à un patient de changer de médecin ?
      N’est ce pas l’occasion, au contraire de leur faire passer une information plus juste ?

      Ou alors mon détecteur d’ironie était mal réglé quand j’ai lu l’affichette.

      Cordialement.

    • Bonjour

      Face aux Shadoks qui l’entourent, le médecin, de plus en plus débordé par la paperasse, finit par perdre patience.

      Ce programme coûte 100 euros par an. Votre médecin apprécierait sûrement qu’on lui propose 50 euros par an pour une consultation qui servirait uniquement à répondre aux questions que vous vous posez sur cette maladie. C’est en tout cas le type de solution que suggère l’IGAS qui a audité Sophia.

      Pour les 100 euros du programme Sophia, vous êtes appelé par une infirmière une ou deux fois par an, vous recevez des brochures sur le diabète et vous avez accès à un site internet.

      L’assurance maladie est tellement fière de son truc qu’elle n’a jamais publié le rapport d’évaluation de la société indépendante qui est citée plus haut. Cette gabegie et cette irruption de l’assureur santé dans le soin, domaine qu’elle maîtrise mal, sont inacceptables.

      Le message est clair : soit vous faite confiance à votre médecin et vous le soutenez dans sa lutte contre les Shadoks de tout poil, soit vous vous soignez ailleurs.

      Parfois, face à l’absurdité et à la médiocrité, lever la tête et dire Stop !, ça fait du bien. Les patients doivent le comprendre.

    • J’ai refait une affiche moins agressive

    • Cher Docteur,

      Devrais-je vous rappelez que votre appartenance à un ordre [caste ?] ne vous autorise pas à déroger aux règles élémentaires de déontologie prônées par ce même ordre ? Refuser un patient qui, certainement parce qu’il cherche plus de réponses qu’il ne sait poser de questions, se tourne vers un service nouveau, je trouve cela pitoyable. Surtout quand il vous appartient d’anticiper les questions et inquiétudes de vos patients afin de les soutenir face à la maladie.
      Interrogez-vous sur le fait que s’ils s’intéressent à d’autres canaux c’est peut-être que vous ne savez pas apporter les bonnes réponses ou le soutien qu’ils attendent...
      Et puis entre nous, je préfère encore qu’ils adhèrent à sophia plutôt qu’ils ne deviennent assidus aux publications douteuses de sites comme "doctissimo"...

      Je ne jugerai pas de la qualité du programme ou de sa légitimité, l’avenir nous le dira...oui, l’avenir, car un tel programme ne fournit pas de réels résultats en 3 ou même 5 ans...

      Bref je tenais juste à souligner mon indignation quant à cette affichette de très mauvais goût !

    • Bonjour
      Le médecin est libre de refuser ses soins sans avoir besoin de se justifier. Un des motifs peut être la perte de confiance nécessaire à une bonne relation thérapeutique. C’est d’ailleurs aussi ce qui pousse souvent un patient à quitter son médecin. Le médecin doit juste s’assurer que le patient pourra continuer à recevoir des soins et ne sera pas mis en danger par cette rupture.

      La participation à Sophia choisie par le patient implique le médecin traitant, ce n’est pas une démarche isolée du patient, qui reste d’ailleurs libre de s’informer où il le souhaite (cela fait 15 ans que je défends activement cette liberté). Dans la mesure où je déconseille ce service à mes patients, l’insistance de leur part à s’y inscrire constitue pour moi une rupture de confiance et me libère de mon engagement.

      En pratique, depuis 3 ans, je n’ai pas laissée l’affichette et aucun de mes patients diabétiques ne m’a jamais parlé de Sophia.

  • Responsable associatif (association de diabètiques) je cherche dans toutes ces observations, le point de vue d’un diabètique ?

    Il serait peu être interessant d’avoir, mais cela n’entre pas encore une fois dans les multis projets , l’avis des gens concernés.

    Comment peut ’on discuter sur un sujet que l’on connait mal pour ne pas y être confronté directement ?

    L’avis d’un médecin diabètique ?

    • La CNAMTS a diligenté une enquête qui montrerait que les diabétiques sont plutôt contents du service. Il est rare que l’on soit mécontent d’être appelé pour avoir de ses nouvelles ;-) Reste à savoir si cela vaut 4 consultations de médecins, son coût actuel.

  • En tant que membre du Conseil Scientifique Sophia, j’ai interrogé le responsable du programme sur un information laissant entendre que des données des patients auraient pu être hébergées aux USA pour traitement.

    Voici sa réponse que je n’ai aucune raison de mettre en doute :

    "Bonjour,

    C’est sans grande difficulté que je suis en mesure d’infirmer les allégations que vous avez pu lire dans une rubrique sur le site Chronisanté (texte inséré, semble-t-il, fin 2010 sur ce site), selon lesquelles les données relatives aux adhérents sophia seraient hébergées et traitées aux Etats-Unis.

    Pour son programme sophia, la CNAMTS a fait appel à une assistance à maîtrise d’œuvre (AMOE). Le marché, passé conformément aux dispositions légales en la matière (code des marchés publics), a été confié à un groupement constitué de deux sociétés : Healthways, société américaine spécialisée en disease management, et la société Altran, SSII française.

    L’hébergement des données des personnes éligibles et adhérentes au service est exclusivement effectué d’une part en France, et d’autre part par la CNAMTS.

    Ledit groupement n’a accès qu’à des données floutées, accessibles uniquement à partir du territoire français et au moyen d’un réseau privé virtuel (Virtual Private Network VPN) avec un contrôle par adresse IP. Un contrôle technique de l’émetteur et la mise en place du réseau sécurisé sont réalisés par le Centre national de gestion du réseau de l’Assurance Maladie. De plus, un filtrage par le pare-feu du site de production de sophia garantit la sécurité.

    Ainsi, aucune donnée nominative relative aux personnes éligibles ou adhérentes au service n’est hébergée ou gérée aux Etats-Unis, ou même par le groupement puisque ce dernier n’a jamais accès aux données nominatives même lorsqu’il travaille dans les locaux de la CNAMTS.

    Enfin, nous disposons d’une autorisation de la CNIL pour réaliser ainsi ces traitements de données, à la protection desquelles nous veillons tout particulièrement tout comme pour le secret professionnel.

    Avec mes cordiales salutations,

    Jean-Paul Prieur

  • Bonjour,
    Encore Interne en médecine, je suis assez consterné par la réaction de mes futurs "confrères" plus âgés.

    Mon travail de thèse correspond justement à la mise en place d’un programme interactif sur l’obésité, un peu comme ce que propose Sophia pour le diabète. (Et tout cela sans aucun conflit d’intérêt)

    Pourquoi ? Parce qu’il a été montré que les médecins généralistes ne faisaient pas d’éducation nutritionelle à leurs patients par manque de connaissance, de temps et d’outils...
    Allez faire un peu de biblio de qualité en anglais et vous verrez ce qu’apporte "le coaching" dans la prise en charge des pathologies chroniques.

    En aucun cas je n’ai peur qu’un "logiciel" me fasse perdre des patients, alors que c’est ce qui ressort de vos messages.

    Vivement que les nouvelles générations de médecins arrivent...

    • Bonjour jeune Padawan

      Tu es bien présomptueux.

      Justement, une publication toute récente montre qu’un coaching intensif dans le diabète n’apporte aucune amélioration en matière de prévention des complications CV, après 10 ans de suivi. Ta biblio est donc incomplète.
      http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23796131

      Quand à ton programme interactif, je parierais très cher qu’il finira avec les autres dans les poubelles des bonnes intentions déconnectées de la réalité. Si tu savais le nombre de programme de ce type que j’ai vu sortir...

  • Dominique, ne citez pas cet article, il est bourré de biais.
    Ne trouvez vous pas étonnant que le LDLc des patients ne diminue pas alors que les autres marqueurs biologiques diminuent ? la réalité est que le régime proposé était un régime hypocalorique mais pas un régime "diabétique" ou "méditerranéen" alors qu’il s’agit des recommandation de la société américaine de cardiologie... Etonnant pour une étude sur le diabète.
    De plus, énormes conflits d’intéret entre les rédacteurs de l’article et l’industrie pharmaceutique. il suffit de voir ce que le promoteur de l’étude disait dans le New York Times : je caricature mais c’est : "nous souhaitons montrer qu’un traitement antihypertenseur bien conduit et un traitement par statines " est aussi efficaces que des règles hygiéno diététiques : étonnant.!
    Enfin : simple question de méthodologie : le critère de jugement principal est en fait un ensemble de critères de jugement : "tient si on ajoutait les AVC, tient si on ajouté les Infarctus" : NON voyons : le critère de jugement pour ce genre d’étude doit être la mortalité un point c’est tout.

  • Bonjour,je suis diabétique depuis 10 ans et inscrit à Sophia depuis le début,pour moi ça ne m’a servit a rien car ce n’est jamais les mêmes personnes qui nous suivent et elle ne sont pas au courant de notre dossier.C est un rideau de fumée pour dépenser de l argent que la secu devrait nous donner pour nous aider financièrement car les diabetiques sont mal reconnus.MOi,j ai 52 ans et après plusieurs arret en ald le médecin conseil m a fait reprendre le travail où j ai été déclaré inapte donc je vais être au chomage prochainement alors que la secu ne m’a meme pas octroyé le plus petit taux d invalidité pour m aider financièrement et Sophia n est au courant de rien et trouve drôle que je sois désespéré.

  • Bonjour, que penser du 3 eme rapport d’évaluation 2015 (pierre emmanuel Couralet) ?
    évite t’il les écueils méthodologiques des précédents ?

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