Bonjour tous,Tout d'abord, j'ai plusieurs commentaires et réflexions à apporter, je vais donc tenter de clarifier ma pensée.
Kristian, vous êtes arrivé avec un débat, qui bien qu'il porte le titre de "liberté de choix de thérapie" semblait plutôt, dans ses premiers messages, démontrer un parti-pris manifeste pour les médecines dites naturelles, au détriment de la médecine traditionnelle.
Si j'ai eu une réaction aussi brusque, c'est que ce type de discours fait bien des ravages dans la tête des gens qui ont une maladie mentale grave. J’ai vu, rencontré, croisé, plusieurs personnes qui ont cessé leurs traitements, pensant pouvoir se soigner uniquement avec des plantes, des gouttes d'eau, ou autre trucs du même genre. Il s'avère que ces personnes, on finit la plupart du temps par se retrouver à l'urgence, hospitalisées et à reprendre du début, tout le long processus en vue de trouver la meilleure combinaison de médicaments possible, la plus efficace, sans trop d’effets secondaires. Lorsqu’on discute avec les intervenants du milieu, on se rencontre que ces situations sont loin d’être rares.
Cette position m'a semblée être confirmée lorsque vous m'avez dit ceci:
-> "Je ne m'étonne cependant pas de ton attitude Aloés, puisqu'il s'agit la d'une presque parodie des "réflexions" généralement développees par une partie du corps médical, autoritaire"
Il faut comprendre, que je ne suis aucunement un membre du corps médical. Donc associer mes propos à un discours dictatorial médical est erroné. Vous n'avez fait que déformer mes propos dans le but de lancer plus loin votre débat sans prendre le temps de questionner ma position, qui, comme je l'ai mentionné plus haut, faisait suite à un discours qui m'apparaissait assez inflexible.
-> "Je sais qu'il est dur de concevoir que d'autres peuvent penser différemment, que d'autres détiennent également une partie de vérité, que d'autres ont également des résultats."
Au contraire, je suis toute ouïe en ce qui concerne les diverses thérapeutiques existantes. Par contre, en dehors de certaines herbes qui peuvent apporter un soulagement à des maux peu sévères (exemple le millepertuis pour une déprime passagère), je n'ai jamais entendu parler que l'on pouvait guérir, soigner efficacement, ni même stabiliser une schizophrénie, un trouble bipolaire, une anorexie, un trouble de personnalité, en utilisant uniquement une médecine naturelle.
-> "Un anorexique n'a jamais été soigné par médicament. Même si on a pu par ces moyens lui permettre de se détendre et de se réalimenter, même si on a pu lui voir reprendre du poids, il n'en sortira guéri et vierge de toute psychose que si les noeuds tortueux de sa pensée ont pu patiemment être dénoués et retissés harmonieusement et la les médicaments et la médecine que vous décrivez n'y peut rien en l'état."
Les médicaments peuvent plus que ce que vous en dites. Bien qu'ils ne guérissent pas, ils permettent une stabilisation importante, qui par la suite permet un travail psychothérapeutique. J'ai été traitée, soignée et guérie pour un trouble alimentaire, et je sais ce dont je parle. Les médicaments ne m'ont pas uniquement permis de me détendre. Ils m'ont donné assez de stabilité pour restructurer ma vie, la force pour faire face à un travail psychothérapeutique, pour me rééduquer point de vue alimentaire et émotif.
Dans vos derniers messages, vous parlez d'Agathe en ces termes:
-> "elle est suivie par un homéopathe et un psychiatre".
Il s'agit ici d'un tout autre discours. Être suivi par un psychiatre et en concomittance, choisir une thérapie dite naturelle, qui complète le traitement médical principal, est une situation bien différente que de se baser uniquement sur celle-ci. Je préfère ces propos manifestement plus nuancés que ce que vous apportiez au tout début.
Cette position s’approche d’avantage de ma pensée, je me permet donc de développer plus à fond ce thème. J'ai eu à faire face dans ma vie, à une grave maladie somatique: la maladie de crohn (maladie inflammatoire des intestins). Ainsi qu’à plusieurs problématiques psy. Dans les deux cas, j'ai privilégié en premier lieu, l'approche médicale traditionnelle. Et c'est d’ailleurs ce qui m'a sauvée la vie. Sans la cortisone dans le traitement de la maladie de crohn, je ne serais plus ici. Il en est de même en ce qui concerne les stabilisateurs de l'humeur, que j’ai eu besoin pour contrer les effets dévastateurs des troubles de l’humeur.
Cependant, je ne suis pas une patiente « facile » qui s’arrête au traitement proposé sans poser de questions. Je suis plutôt du genre à lire, à m’informer, à pousser plus loin. A investiguer les traitements possibles, tant du côté de la médecine traditionnelle, que les autres possibilités. C’est de cette manière, entre autre, que j’ai trouvé des liens intéressants entre les propriétés anti-inflammatoires des acides gras oméga-3 et leur utilisation possible pour la maladie de crohn. J’ai pu utiliser cette information, la transmettre à mon gastro-entérologue, qui loin de trouver cette idée farfelue, m’a appuyé dans ma démarche. J’ai pu faire le tri avec lui, en lien avec ce que je lui apportais comme information. Nous avons éliminé, ensemble, ce qui semblait trop farfelu, ou risqué, pour en revenir à des choix qui s’avéraient intéressants et en aucun cas nuisibles pour moi et ma santé.
Que ce soit l’effet placébo, ou de réelles propriétés, d’avoir pu utiliser l’association d’une thérapie « classique » médicale avec quelques gellules et/ou herbes en complément de ma thérapie de base, m’a donné le sentiment d’avoir participé activement à ma thérapie et à mon rétablissement. C’est un exemple au niveau somatique. Mais, à mon avis, il s’applique aussi bien pour des maladies psychiques.
Le Dr. Dupagne souligne quelque chose, qui à mon avis est important, et face auquel je désire réagir :
-> «Trop souvent, lorsque le patient se mêle de donner son avis sur le traitement, la réponse cinglante est "si vous ne me faites pas confiance, trouvez-vous un autre médecin". »
En effet, le choix du thérapeute est tout aussi essentiel que le choix d’une thérapie. Dans l’exemple ici donné, bien qu’il arrive que ça soit apporté autrement, on retrouve à la base de cette attitude, une forme d’autoritarisme fermé. En cotoyant le monde médical, c’est une attitude qu’il m’est arrivé de rencontrer, heureusement plutôt rarement, de la part du personnel soignant. Dans un des cas c’était un médecin que je n’ai vu qu’une fois, ce qui, bien que fortement désagréable, ne m'a pas été préjudiciable sur le long terme. Dans l’autre cas cependant, il s’agissait d’un psychiatre qui avait à charge mon dossier.
Ce psychiatre était un vieil homme à la retraite, appelé à travailler occasionnellement dans la clinique externe que je fréquentais. Peu au courant des nouvelles molécules, et peu ouvert au dialogue, le traitement m'était d'avantage imposé que proposé. De plus, il était hors de question de modifier sa manière de travailler. Je m'étais fait répondre à peu près ceci: "Si mes méthodes ne vous plaisent pas, vous pouvez partir, j'ai tout un tas de dossiers qui m'attendent", ceci dit en me désignant la pile de dossiers sur son bureau.
Avec une telle attitude, il m'a été impossible de trouver un terrain d'entente, un fonctionnement commun en ce qui avait trait à mon traitement. D'ailleurs, celui-ci présentait des effets secondaires non négligeables, auquels ce médecin ne prêtait aucune attention. Ne me sentant pas en confiance, et sachant qu’une telle attitude ne pouvait que nuire à mon rétablissement. Plutôt que de subir passivement la situation, j’ai changé de psychiatre, pour en trouver un qui « collabore » d’avantage avec moi.
J’utilise ce mot, pour faire comprendre, que si il y a des attitudes que l’on devrait modifier de la part des médecins, il en est de même concernant les malades.
Il est vrai que les patients qui posent des questions, qui s’impliquent dans leur traitement sont plus demandants qu’un patient qui ne dit mot et qui approuve sans mot dire son traitement. C’est un exercice qui demande plus de temps, plus d’énergie de la part du médecin, mais qui à mon avis, optimise grandement les chances de rétablissement, de guérison, de réussite. Un patient qui se sent impliqué dans son traitement, mobilise d’avantage ses forces en vue de se rétablir. Les médecins lassés, blasés, faisant preuve d’un autoritarisme borné devraient reviser leurs positions à ce propos.
De la même manière, certains patients, malades, entretiennent ces rapports hyérarchisés avec le personnel médical. Beaucoup d’entre eux, remettent leur santé physique ou mentale entre les mains de soignants sans jamais s’informer ou se questionner sur le bien fondé du traitement en cours. Combien de personnes prennent des médicaments sur une longue période sans savoir réellement ce que c’est, à quoi il sert ? Beaucoup trop à mon avis. J’ai souvent entendu dire « mon médecin m’a prescrit ça sans rien me dire ». Les médecins devraient un peu moins supposer, lorsqu’ils offrent un traitement, que la personne en face d’eux « sait », et expliquer d’avantage. De même que, la responsabilité du malade est d’oser poser des questions. « Je n’ai pas osé, j’ai eu peur d’avoir l’air fou » disent-ils.
Plusieurs malades ont une attitude infantile face au personnel soignant. Le mythe du « médecin qui sait tout » et du « patient qui ne sait rien » devrait se transformer et faire de plus en plus de la place à la coopération. Personnellement je me suis entourée de soignants que je perçois comme des collaborateurs. Ils ont le savoir à propos des maladies et des traitements. Et moi je suis celle qui me connaît le mieux et qui est à même d’apporter une participation active face à mon traitement.
Bref, que les médecins bornés face un effort d’écoute, de compréhension, de collaboration face à leurs patients. Et que les patients face un effort de responsabilisation en ce qui concerne la prise en charge de leur problématique. Et la médecine deviendra dès lors plus efficace.
L’attitude face à la maladie, face à la guérison joue pour beaucoup dans le rétablissement, qu’on se le dise.
Je ne sais pas si j’ai dérivé un peu (ou beaucoup) du sujet initial, quoi qu’il en soit, je crois avoir touché des points importants concernant la relation médecin-malade, et tenter de mettre mon (long) grain de sel dans le débat concernant le choix d’une thérapeutique, d’un thérapeute.
Bien à vous tous,
Aloès