Bonjour Arc-en-Ciel,Merci de ton témoignage qui m’a beaucoup remuée en faisant ressurgir des souvenirs vieux de 30 ans, à l’époque où j’allais en psychothérapie chaque semaine dans un CMPP à Paris.
Je ne sais pas du tout ce qu’a voulu dire ta psy, je crois impossible d’interpréter - autrement que chacun à sa manière - deux mots prononcés comme pour elle-même, surtout connaissant l’état émotionnel où chacun des deux protagonistes se trouve en fin de séance… seuls ceux qui ont vécu cela comprendront.
Ce qui m’a désolée, c’est que tu aies considéré les soins au CMP comme des actes gratuits, te sentir toi-même assimilée à un « acte gratuit », et t’en sentir humiliée.
Pour moi aucun soin ni en dispensaire ni en cabinet privé, n’est gratuit. Dans les deux cas c’est l’assurance maladie collective qui paye les praticiens en fin de compte. La seule différence est que dans un dispensaire on n’a pas à faire l’avance des frais et que la prise en charge est à 100 %. Mais maintenant que je suis adulte, que je gagne ma vie et que je ne suis plus prise en charge à 100 % par l’assurance maladie, je consulte mon psychiatre à son cabinet, j’avance les honoraires, et je suis finalement remboursée complètement par l’assurance maladie et mes deux mutuelles complémentaires. C’est dans tous les cas la collectivité (dont je fais partie comme tout le monde) qui paye mon psychiatre. La différence est davantage dans les revenus du psychiatre qui sont supérieurs en exercice libéral. Mais travailler en dispensaire leur permet de se former, de travailler en équipe, de se faire connaître et de se créer une clientèle.
Je me sens fière et heureuse d’être dans un pays qui permet aux personnes d’accéder aux soins de médecins spécialistes dans des dispensaires. Comment aurais-je pu accéder à une psychothérapie quand j’étais jeune ? Ma mère avait peu de moyens, et elle était dans un déni complet de mes problèmes. Et dans ma famille on ne fréquentait jamais le médecin, ni généraliste ni spécialiste, ni même le dentiste, très peu l’ophtalmo… alors le psychiatre : même pas la peine d’y penser ! En gros chez nous le médecin, c’est pour signer les bulletins de décès !
Le fait d’être dépistée, et orientée vers le CMPP m’a permis non seulement d’accéder aux soins psychiatriques, mais en plus d’avoir des soins de grande qualité et en lien avec ma scolarité. En plus de la psychothérapie, j’ai pu avoir quelques rendez-vous avec le responsable du CMPP, qui était un grand professeur, quelqu’un qui avait écrit des livres, un de ces types à l’ancienne mode plutôt humble et discret, probablement convaincu qu’il pouvait encore apprendre des choses en écoutant attentivement ses patients (tout le contraire de ces deux ou trois charlots pétris de certitudes qui se pavanent maintenant à longueur d’antenne à la télé pour nous asséner leurs conseils psys à deux balles).
Ce spécialiste a travaillé dans ce centre bien après l’âge de la retraite, pratiquement jusqu’à sa mort… là on peut vraiment parler d’acte gratuit… c’était probablement du bénévolat qu’il faisant alors pour venir en aide à des jeunes. Mais même le bénévolat, est-ce vraiment un « acte gratuit » ? On se paye toujours de quelque chose, ne serait-ce que d’estime, de reconnaissance… sinon il s’agirait de sainteté… même si pour lui j’étais un « acte gratuit » et bien je suis fière et heureuse, je le redis, d’avoir pu l’être.
Mon seul regret est qu’il y ait encore tellement d’exclus des soins psychiatriques… je pense surtout à toutes les personnes qui souffrent de psychose ou d’états limites et qui sont en prison ou SDF… cela est une grande régression dans notre pays en ce moment.
Je suis d’accord avec toi que le fait que le médecin écrive sur la feuille de soins « acte gratuit » est assez dérangeant, puisque c’est faux. Au CMPP où j’allais, tout était fait pour que la consultation n’ait justement pas l’air d’être gratuite. Après chaque rendez-vous il fallait signer sur un registre. Si on ratait une séance sans raison valable, on était tenu de payer la séance (mais ça ne m’est jamais arrivé). Je ne sais pas si ce système se pratique encore maintenant.
C’est dommage que tu n’aies pas eu l’occasion un peu plus tard de parler de tout cela avec ta psy, ou que tu ne te sois pas sentie suffisamment en confiance avec elle pour le faire. Cela aurait être intéressant pour toi comme pour elle, et peut-être déboucher sur une séance très constructive. Ce qui me fait dire cela c’est le fait que tu y penses toujours six mois après. Cela signifie que tout cela a une signification très profonde pour toi. Si ma psy du CMPP m’avait informée qu’elle allait ouvrir son cabinet et réduire ses consultations au centre, je me serais sentie abandonnée, et j’aurais été terrifiée et furieuse.
Changer de psy est bien plus difficile à mon avis que changer de n’importe quel autre spécialiste. J’espère que tu pourras trouver un psy qui te convienne et continuer ton suivi et ta progression.
Bon courage, amitiés.
Pandore