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Vieux 04/08/2008, 23h56   #67
iseulta
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Localisation: La haut sur une colline..
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Re : Selection temoignages.

De la rue a la colline


Bien avant d’être à la rue, l’alcool avait déjà fait pas mal de dégâts dans ma vie, que ce soit sentimentalement, familialement ou avec ma santé bien évidemment. Et longtemps j’ai pensé que c’était la faute à Brice si je me suis retrouvée sur un banc public, mais a ce jour je sais que l’alcool est responsable a 100% ;

J’avais envie de parler de cet épisode de la rue et du rôle qu’a joué l’alcool dans ma vie a cette époque parce que c’est assez particulier.

Un matin je me retrouve sur le pallier de mon « chez lui » un sac poubelle avec mes fringues,je n'avais que ça, et pas de clés!
Je me rends de suite compte que je suis dehors, d’autant plus que j’étais prévenue. ’tu arrêtes ou je te fous dehors » !! J’avais essayé de gérer l'alcool, de tricher aussi mais j’y suis pas arriver.

Je range mon sac dans un grenier et je file chez l’épicier du bas acheter une bouteille de rosé avec des étoiles. Et puis presque machinalement , comme si cette place m’attendait, je me dirige dans un parc ou se retrouvent les sdf. Je « m’installe ’C’est le début de 3 années pendant lesquelles je vais errer, squatter, faire du bénévolat dans des centres, même deux cures ! J’ai une adresse au CCAS, je suis « reconnue » an tant qu’sdf.

L’alcool a beaucoup d’importance dans ce monde. C’est la clé ! Si tu peux payer tu peux picoler, t’es bien vue, t’es chouette, et tu fais partie de la bande.
J’avais le rmi, donc pas trop dur au début, mais 1800 balles dans la rue ça dure 72h ? Pas beaucoup plus.
Alors je tape la manche, a la sortie des postes ou des églises. Au feux rouges aussi.
Mais toujours (enfin presque)je suis arrivée a avoir la clé pour ne pas a subir les affronts, « t’as pas de thunes, tu bois pas » Je ne pouvais d’ailleurs pas me le permettre, les crises d’épilepsies me guettaient, le DT aussi.

On triche et on ment quand on est alcoolique, c’est encore plus vicieux dans cette situation, on vole et on cache . C’est chacun pour soi et sans empathie ni même sympathie, juste de l’hypocrisie. Pourtant tout le monde est dans la même galère mais ce n’est pas possible de tout partager, au risque de se faire bouffer.

Les jours et les mois passent, je vais mal. Je n’ai plus de regard, plus de sourire, plus d’estime de moi, je me contente de boire. Et je bois vraiment beaucoup !!
Ma vie n’avait de sens que si j’avais une bouteille dans mon sac, et 10 francs (un soleil comme on disait) . Sinon c’était comme si j’étais a découvert sans pouvoir aller remplir mon frigo. Pathétique non ?
M’en sortir ? Je n’en avais pas envie, parce que pas de raisons. J’en trouvais pas. Je ne cherchais pas. Les minutes se suivaient, les gorgées aussi, les cadavres de bouteilles s’accumulaient, les nuits froides tombaient, et les matins pluvieux nous donnaient une raison de plus pour boire. Les matins ensoleillés aussi d’ailleurs.
Tout est prétexte a boire.

J’ai bougé a différents endroits de la France, équipée d’un sac a dos, je suis allée dans un centre qui accueille les sdf et j’ai cru a un moment que ça allait enfin se terminer.
1 mois par ci sans boire, un autre par là, sans conviction aucune, sans envie, sans détermination. L’appel des étoiles sur la bouteille était plus fort.

A la suite de cette longue période de vie de patachon, un ras le bol s’est installé. Une saturation de la vie au jour le jour. Ça a été ma chance ce ras le bol !


Si je n’avais pas bu dans la rue, je n’aurais pas pu supporter cette vie, je n’aurais sans doute pas survécu, l’alcool m’a permit de toujours être dans un autre monde, celui qui existe aujourd’hui, celui dont je rêvais.

Il faut se donner les moyens de s’en sortir quand on croit que tout est devenu impossible.
J’ai mit beaucoup de temps sans doute parce que la vie que je menais m’avait ôté tout espoir. J’ai longtemps cru que je terminerais ma vie seule, dans un coin, sans me réveiller.

Le passage de la rue a une sédentarisation n’a pas été simple, j’étouffais dans les apparts, je ne dormais plus la nuit, et la journée je continuais a fréquenter les sdf.

Ca a été long a se décider dans ma tête, possible que le fait que je sois revenue dans ma région natale m’ait servit.

Aujourd’hui sur la colline, je suis super heureuse de voir que j’ai réussit a me relever, je suis entourée de vignes pour mon grand plaisir, ces paysages changeants , les couleurs hors saison, et le calme tellement réparateur.

C’est juste un vrai bonheur

Dernière modification par iseulta 13/10/2010 à 10h05.
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