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Vieux 06/05/2012, 00h18   #144
Vincentb
A nouveau sur mon chemin
 
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Re : T'as oublié mon pauvre Vincent

Lundi 13 décembre 2010

Je vous avais promis le 04 novembre 2010, mais ayant commencé à le taper, je me suis rendu compte qu'il n'y avait rien de spécial à en dire. C'était ma sortie de cure, donc je suis passé directement au 13/12/2010.



La cure que j'ai attaqué le 07 octobre, s'est très bien passée. Pleins de découvertes, de travail sur moi. Je suis sorti la 04 novembre. La rechute n'est pas là. Et une envie de bien faire est en moi. Une envie de réussir cette abstinence.

Voilà, ça fait trois mois que je suis abstinent, mais il me manque quelque chose dans mon abstinence: l'argent.

Pourquoi l'argent? Parce qu'un psychologue n'est pas gratuit. Et que j'ai claironné qu'il fallait que je me libère par la parole. Donc, je me retrouve un peu coincé sauf que......

.....Quelques jours plus tôt, Smoothie et Pouti35 m'ont encouragé à aller voir dans un CCAA. Et là, c'est gratuit(je ne savais même pas que ça existait....Merci Atoute)!
Autant vous dire que pendant un an, je vais en avoir pour "mon argent". C'est gratos, alors je vais en bouffer sévère. Une voire deux fois par semaine. En France, on a la chance d'avoir de telles structures, alors, il ne faut pas s'en priver.

Je continue de lire Atoute et me renseigne énormément. Qu'est-ce que j'ai pu en choper des choses géniales sur l'abstinence et l'alcoolisme!!! Pourtant, je vais me désinscrire sans aucun réel motif, juste parce que je me dis que j'en ai plus besoin. J'ai toujours dit qu'Atoute avait été un superbe lieu d'informations avant d'être un lieu de soutien pour moi. Ceci explique un peu ma désincription. Je reviendrai peu de temps après sous un autre pseudo (Lancelot), puis avec un troisième(sous mon pseudo actuel) avec une quatrième inscription. Instable Vincent, non? Oui, mais entier!

Bref, j'en viens à ce jour si particulier pour moi. Car il a été un déclencheur formidable de l'aventure que je vis aujourd'hui.

Il fait froid ce matin là. J'ai demandé à Laurence de déposer la petite chez la nounou car j'avais rendez-vous avec une psychologue. Elle n'y a pas trop cru. Elle était encore dans l'idée que la cure suffisait. Elle m'en voulait même un peu de passer autant de temps sur Atoute.


13h00

Je pars à pied au CCAA de Besançon(un ANPAA plus précisément). Je suis tranquille, impatient et anxieux en même temps. Besançon me paraît bien triste. La vue sur les fortifications depuis le pont Charles de Gaulle m'apparaissent bien grises. C'est pas la grande forme. En plus, je suis un peu à la bourre. Donc, je marche très vite. Je me mets à transpirer(chose que j'ai gardé de mon alcoolisme....Je ne transpirais que très peu avant que je me mette à picoler). Plus la transpiration monte et plus l'anxiété me gagne. Qu'est-ce que je vais pouvoir lui raconter que je n'ai pas dit à Véronique(la psy) en cure?

Justement parlons en de mes séances avec Véronique. Ca s'est bien passé, mais je n'ai pas tout balancé non plus. Non volontairement, mais je ne pensais pas que cela serait d'une grande aide. Le hic, c'est que tout ce que j'ai dit avec Véro sont des choses que je savais déjà de moi. Rien de nouveau(et pourtant.....). Peu de choses sur la honte notamment. Car malgré ce qu'on peut parfois dire, je sais aussi me remettre en question et faire mon introspection. Je suis habitué depuis tout jeune ado à faire des analyses sur moi-même.

J'arrive dans la rue de la République. Pendant un instant, je me retourne pour chercher l'avenue Cusenier des yeux. C'est là que mon frère habite et j'y vois comme un refuge de la dernière chance. Si je continue, je vais me retrouver dans la rue Morand et là, c'est fini ,je ne pourrai plus faire demi-tour!!!
En fait, je sais pertinemment que l'accouchement va être super dur. Que c'est les forceps et la césarienne réunis par Robert l'apprenti charcutier qui m'attendent, parce que le bébé, ça fait trente ans que je l'ai dans le bide, il est énorme et qu'il va pas vouloir se faire déloger facilement de son petit nid douillet où je l'ai logé et nourri pendant des années à grand coups d'apéros solitaires.

13h25

Ca y est! Je suis au 2 de la rue Morand. J'appuie sur la sonnette. Un clic et la porte s'ouvre. Est-ce l'enfer, le purgatoire ou le paradis qui m'attendent? Les escaliers me paraissent sales, interminables dans ce vieil immeuble bisontin datant de la grande mission au XIX° siècle. Cette odeur de bois anciens qui sent le moisi et qui me rappelle la cage d'escalier d'un immeuble similaire où je me défonçais avec de l'eau écarlate ou du trichloréthylène quand j'avais 15 ou 16 ans. Déjà pour masquer ma vie et ses blessures. C'était bien avant de découvrir les supers pouvoirs de l'alcool. Les marches craquent si bruyamment qu'elles couvrent le vacarme que fait mon coeur dans la poitrine. Il fait si sombre dans cette cage d'escalier!
J'y suis! Je sonne....Et j'entre. Un intérieur tout en couleurs, gai, accueillant. Ca tranche sec après la noble vétusté de la cage d'escalier.

Une dame est en train de taper quelque chose sur son PC. Elle s'arrête net quand elle me voit, me balance son plus beau sourire et m'accueille d'une voix douce et rassurante.

-Bonjour Monsieur, vous désirez?
-Bonjour, j'avais rendez-vous avec un psychologue à 13h30.
-Oui, avec qui?
-Je ne sais absolument pas, désolé.
-Vous êtes Monsieur?
-Monsieur Vincent.
-Oui, vous avez rendez-vous avec Madame C. Je la préviens que vous êtes là. Asseyez vous, je vous en prie.
-Merci.

Je m'assois dans un fauteuil. Et je prends "L'est républicain". Je le feuillette 30 secondes sans le lire et je le repose.
Quelle ambiance..... Tout est si calme. Les poissons en face de moi dansent un ballet hypnotisant. Les revues sont bien alignées. La cheminée Hausmannienne inspire une sécurité et une sérénité sans faille. Le chauffage ronronne..... Et puis BOUM. Au plein milieu de cette ambiance zen, j'explose en moi-même!!!

-Bordel Vincent, c'est quand que tu vas la cracher ta valda. T'as envie de replonger? Bordel, t'as pas assez souffert? T'en veux encore? T'es maso? T'aimes souffrir juste pour te distinguer de la masse humaine heureuse que tu détestes tant? Juste pour faire ton rebelle comme d'habitude? Juste pour être différent? Tu vas faire des cures tous les deux ans? T'as fait tout ce qu'il fallait jusqu'à présent. Ne gâche pas tout! Putain, sors tout. Balance tout ce que t'as jamais osé dire! Vas-y fais le, ou tu ne t'en sortiras jamais. Je t'interdis de ressortir de cet entretien sans avoir tout dit à cette nana bordel de merde!!!(c'est mon petit ange gardien sur mon épaule droite qui me parle)
-Mais euuuuuh?!?! Qu'est-ce qui t'arrive? Laisse nous tranquille dans notre merde. On aime bien y être. On fonctionne comme ça.(c'est mon petit démon à gauche de mon épaule qui me parle)
-Toi, tu fermes ta grande gueule! Vincent, Fais le et c'est tout. C'est un ordre!


Je ne suis sûr de rien, mais je crois que mon petit démon ce jour-là s'est définitivement barré de mon épaule gauche. Il a certainement trouvé un refuge sur l'épaule de quelqu'un d'autre.

Non de Dieu, je vais tout sortir. Je suis à une heure de la libération!


-Monsieur Vincent, bonjour. Je suis Nathalie C. Vous me suivez?
-Bonjour, oui bien-sûr.
-Allez y rentrez et asseyez vous. J'arrive tout de suite.
-Merci.

Le bureau donne sur la rue Morand et je distingue l'enseigne de Galeries Lafayette ou je faisais mes provisions de Trichlo et autres Acétone. Je crois que ça va m'aider!

-Alors, comment allez vous? Vous êtes suivi par un alcoologue? Vous avez un traitement?
-Je vais très bien. Je ne vois pas d'alcoologue. Je n'ai aucun traitement.
-Pas d'anxios? Pas d'AD?
-Non.
-Un petit traitement à base d'Aotal peut-être?
-Non.

Son regard semble un chouia interloqué. Je suis sûr qu'à l'époque elle s'est demandé si elle avait affaire à une plaisanterie.

-Alors qu'est-ce qui vous amène?
-Voilà, j'ai trente cinq ans. Je suis alcoolique depuis une dizaine d'années. J'ai fait une cure à Brosville et j'ai décidé d'entamer une psychothérapie. J'ai commencé en cure, mais je n'ai pas été entièrement honnête.
-Ah bon?
-Disons que j'ai menti par omission.
-Racontez moi un peu votre vie(elle prendra des notes pendant tout le long de notre entretien)
-Je suis né le 08 novembre 1975, j'ai deux parents divorcés depuis environ 4 ans qui ont été mariés pendant 30 ans. Ils se sont mariés peu de temps avant ma naissance.
J'ai 4 frères et soeurs. Je suis le deuxième. Je suis le seul à être alcoolique. Par contre, ma soeur est en psychothérapie et mon frère cadet a été cocaineman et a totalement arrêté il y a 6 ans environ. Pour ma part, j'ai essayé les drogues peu onéreuses tels que les solvants, l'ether (le cannabis malgré mes nombreux essais, ne m'a jamais attiré). J'en étais devenu accro pendant une année environ.
J'en reviens à ma vie. A deux semaines, je me suis retrouvé à l'hôpital pour une bronchiolite. Une semaine d'hospitalisation avec l'interdiction pour mes parents de venir me prendre dans leurs bras. Aaaah, les médecins de l'époque. Sûrement le premier de ce que j'appelle mes abandons.
Mon père jusqu'en 1980 était peu présent.
De toute façon, le peu qu'il était là. C'était pour nous foutre des raclées à mon frère ainé et moi. Pourtant, c'est un homme bien. Nous avons beaucoup de plaisir à nous voir aujourd'hui.
Toute ma famille maternelle est originaire d'un petit village près de Pontarlier. La ferme, les vaches, les sapins, les montagnes. Toute mon enfance, mon adolescence et ma vie d'adulte. Ma mère a sept frères et soeurs. Ma grand-mère morte en 1981. Une femme qui ne m'a jamais repoussé. J'ai encore le souvenir des régalad's qu'elle me donnait. Une femme magnifique morte d'alcoolisme. Elle s'est mise à boire après la mort d'une de ses filles. Des oncles et tantes merveilleux. Des souvenirs formidables. A coup sûr, l'endroit où je voudrais être enterré.
Ma mère est donc originaire de là-bas. C'est une femme droite et révolutionnaire sur les bords. Mai 68 a été son apogée, elle en a d'ailleurs gardé un esprit révolutionnaire(prête à descendre dans la rue avec les djeun's pour manifester contre le CPE, par exemple). Elle est têtue comme une mule. Elle est exaspérante, mais c'est une bonne mère pour des jeunes enfants. Ma fille et ses cousins cousines adorent aller chez elle. Par contre, à partir de 1980, elle aura la main très lourde avec moi. Mon père devenant de plus absent, elle a repris le rôle des raclées laissé vacant par mon père.

Ma famille paternelle est originaire de Besançon et d'Ornans. Mon père a huit frères et soeurs. Mon père ne sait pas manifester son amour. Il fait comme on lu a appris, il tape. Mon grand-père était très violent. Et un jour, mon père s'est barré et ne l'a jamais revu vivant. Il en a gardé une terrible blessure (de n'avoir jamais pu lui reparler vivant CE qu'il essayera de soigner toute sa vie, mais avec des mauvais outils. Je pense aussi qu'il m'a transmis une phobie de sa mort par son deuil avorté. Il m'a aussi transmis la phobie de la noyade(sauf que j'ai toujours adoré l'eau, donc c'est pas très compatible: ma passion l'a emporté). Mon père est un homme bizarre. Il est capable de vous mettre une torgnole pas possible et de vous embrasser tendrement dans la seconde qui suit. L'éducation qu'il a reçu et ses restes.

Donc, je résume: une mère tendre, mais dure et têtue. Un père qui pense que pour exprimer sa virilité, il suffit de taper pour se faire respecter. Un grand-père paternel que je n'ai pas connu et son épouse qui est une bonne grand-mère quoique un peu "violente" parfois(j'éxagère un peu). Un grand-père maternel, gentil mais froid comme un hiver à Mouthe(un peu comme ma mère) et une grand-mère maternelle gentille, présente, tendre. Un amour pour ses petit enfants.

La peur de la mort. Cette phobie de mourir un jour (j'en ferai un topic à l'occasion). La peur d'être abandonné aussi. Pourquoi?
La bronchiolite que j'ai évoqué plus haut et puis....
Un jour, j'ai 3 ans et je m'endors paisiblement sur la baquette arrière de la voiture de mon père. Je me réveille dans un vacarme assourdissant. De l'eau partout, du bruit. Et mon père qui n'est pas là. Bordel, où est-il? Il est certainement dans le bureau de la station-lavage à draguer une secrétaire qui doit traîner dans les parages. Et moi, je hurle, je pleure. Fin du tunnel de lavage, il arrive, me console. Fin de l'histoire.

Et puis..... J'ai quatre ans, mon frère ainé et moi jouons dans la cour à coté de l'étable. Il y a un poulailler. Dans ce poulailler, il y a une cabane pour que les poules puissent pondre. Il n'y a pas de fenêtre, il fait tout noir dedans. Seul un tout petit trou à terre permet aux poules de rentrer et sortir. La porte est toujours fermé à clef. Et mon frère a la bonne idée de me faire croire qu'il y a un jouet dedans. Je m'approche naïvement, lui me pousse dedans et ferme la porte à clé et s'en va en direction de l'étable. Et toutes les poules effrayées qui "volent" me piquent avec leur bec dans le noir et moi, je hurle, je pleure, j'essaye de me terrer. J'ai 4 ans et je vais mourir dans ce poulailler mangé par les poules. Je reste environ cinq minutes qui me paraissent une éternité dans cet enfer noir avant que ma grand-mère alerté par le fait que mon frère soit seul, s'inquiète et se mette à ma recherche. Ils ont tous cru que j'étais tombé dans la fosse à purin. Moi, j'avais fini par me taire pour ne pas que les poules sachent où j'étais, comme pour me protéger donc ils ont mis 5 bonnes minutes à me retrouver. Je crois que mon frère a dû en manger une bonne ce jour-là! Aujourd'hui encore, personne ne me fera jamais rentrer dans un poulailler. Si c'est une basse-cour, pas de soucis. Si c'est une cabane de poulailler, c'est hors de question!

Et puis...... J'ai 9 ans. Mon comportement commence à faire peur à mes parents. J'ai des tendances suicidaires couvertes sous formes de jeux. Je me fous sous les voitures quand elles arrivent dans le village. Je m'amuse à foutre le feu dans un champ de paille(le reste du blé récolté) et à me mettre au milieu des flammes. Ou encore, je m'amuse à monter sur le toit enneigé de la classe de neige pour sauter du troisième étage pour atterrir dans une névé. Heureusement, j'ai été rattrapé à temps.

Bref, mes parents ont peur. Alors, ils me mettent à l'internat. Je suis coupé de mes racines. Moi le vilain petit canard dont personne ne veut. Mes frères et soeurs sont bien à l'abri dans le foyer familial et moi le paria, je suis rejeté. J'en pleure toutes les nuits pendant un an. Je suis si triste d'être loin de ma famille, de mes amis. 40 km, c'est peu, mais c'est gigantesque quand on a neuf ans. Mes parents ont peur, ou bien ont-ils voulu se débarrasser d'un poids? Toute ma vie, je traînerai ça dans ma tête. Ma mère, m'a t-elle réellement voulu? N'était-ce pas la bonne occasion de se débarrasser de moi que de me mettre à l'internat? Toute ma vie, je traînerai ça avant cette psychothérapie.
Pendant cette année d'internat, je rentre le mercredi et le week-end chez mes parents. Quand le samedi soir, je regarde la télé: j'aime mettre ma tête sur la cuisse de mon père. Et lui, pose sa main chaude et rassurante (oui, il ne faisait pas que nous taper) sur mes cheveux. Mon père rien que pour moi, le bonheur!
Et j'adore aller renifler dans la cuisine ce que ma mère a préparé pour le dîner. Elle me prend la tête contre son tablier. Je sens son odeur qui me manque tellement la semaine. Des bons moments d'intimité avec mes parents.
Mais j'aimerais tellement avoir les mêmes avec mon frère. Lui, me repousse souvent en prétextant qu'il fait trop chaud. Immédiatement le syndrome vilain petit canard ressurgit.
Et puis le lundi, arrive le moment funèbre du retour à l'internat. Le lundi matin, je pleure dans les bras de mon père qui me dépose. Je lui dit que je l'aime, que je ne veux pas qu'il me quitte. Je l'en supplie. J'ai appris il y a peu qu'il pleurait souvent après m'avoir laissé.


Il est intéressant de noter que c'est 7 mois après le début de cette psychothérapie que m'est revenu en pleine poire l'histoire du viol dont j'ai été victime à l'internat par un collégien. Sans cette psychothérapie, je traînerais encore mon boulet comme un condamné. Sans doute que ça n'a pas aidé à me faire une belle image de mon souvenir de l'internat.

Arrive l'adolescence. Un complexe de supériorité s'est emparé de moi. Vincent est toujours décrit comme le beau gosse de la classe, propre sur lui, déjanté, rocknroll à mort. Le rebelle des bacs à sable. Seulement, le mec super cool est aussi un grand timide sous une carapace de cuir et de patchs.
Alors quand une fille jette son dévolu sur lui, tout va bien. Mais quand il y en a une qui rejette ses avances ou qui rompt avec lui, c'est un drame pour lui!!!!
Pourtant, il est gentil comme sa maman lui appris d'être avec les filles. Il est attentionné, il est gentil, il est tendre, il est fidèle (notion très importante pour lui vu son passé paternel. Très important également chez ses frères et soeurs).
Ca y est il se sent rejeté, mal aimé. Et un jour, alors qu'il a 18 ans, il découvre un produit qui va tout changer pour lui dans son rapport avec les filles. L'alcool va le transformer. Il en a déjà bu, mais il n'a jamais pris de cuite. Y a un début à tout.

-Monsieur Vincent, comment décririez-vous vos rapports avec vos frères et soeurs?

Aie, la question que j'espérais éviter!!!

-Nous sommes très proches. On s'entend bien, on part très souvent tous ensemble en vacances avec nos enfants respectifs. On a eu des bons moments de fratrie, on est toujours là pour l'autre, on se respecte et on s'aime, mais.....
-Mais????

Pfiouuu, dur de dire ça à quelqu'un les yeux dans les yeux!!! Allez Vincent, lâche toi, vas y!!!!
-Mais, on a eu des rapports incestueux quand j'avais 11 ans.On a tous deux ans d'écart.
En fait, j'en ai eu avec mon frère ainé, ma soeur cadette et mon frère cadet.
Il n'y a eu aucun rapport de force. Ca s'est fait d'une manière tendre et respectueuse. Il n'y a jamais eu pénétration; juste des caresses.....
(Bordel, vincent lâche tout, vas-y!!!)
....caresses manuelles et buccales.
C'était une manière "empirique" de découvrir lces choses-là. dasn ma petite tête, je me suis dit que tant qu'à le faire autant que ce soit avec quelqu'un qu'on respecte et qu'on aime. On s'est tous simplement trompés de sentiments.

Putain ,c'est fait, c'est lâché. Non de Dieu que ça fait du bien! Pfiouuuuuuu!!! Et c'est qu'un début. Le reste viendra au fur et à mesure des nombreuses séances qui vont suivre celle-ci.

-Aujourd'hui, vous en avez parlé avec eux.
-Non, jamais.
-Je pense qu'il serait temps d'en parler calmement avec eux.
-Promis, je vais le faire.

Et je vais le faire quelques jours après. Mes frères et soeurs, que je verrai individuellement prendront l'initiative que j'ai prise comme étant très bonne et seront ravis d'en discuter en adulte.Tout se passera très bien
. Par ailleurs, ça m'a permis d'en parler à trente personnes lors de ma première réunion à Vie Libre. Pareil ,ça n'a pas été évident à lâcher devant autant de monde, mais j'y suis arrivé et ça m'a fait un bien fou.

-Que pensez vous de vous?
-Un mélange de merde et de prairies fleuries.
-Allez y, développez.
-Par exemple, j'ai d'énormes qualités comme la générosité. Je suis capable de donner ma chemise à quelqu'un. Je suis ultrasensible et j'ai du mal à supporter l'injustice(voir le fil de Svaincra sur la colère), je suis prêt à rentrer dans le lard de quatre types qui en agressent un.
-Eh bien, c'est bien!!!
-Oui mais......
Putain Vincent c'est la troisième fois aujourd'hui que je te le dis. Tu ne sortiras pas d'ici sans que tu aies posé les bases d'une vraie psycho. Et non un ersatz que tu as sorti aux derniers pros que tu as rencontré.
-Oui mais???
-...Mais par contre, je suis fainéant comme une couleuvre. J'en ai terriblement honte. Je ne supporte pas le boulot. C'est bien pour ça que j'ai raté mes études supérieures quand j'étais jeune adulte. Bien plus facile de picoler et courir les filles(je venais de découvrir que l'alcool me permettait de draguer autant que je voulais...Pourtant, quand j'étais avec une fille, j'étais sérieux. Mais quand j'étais célibataire, je m'en donnais à coeur-joie!). Bref, je suis une grosse feignasse. C'est très dur à accepter car mes parents sont des bosseurs. Et je suis le seul de ma famille à être comme ça. j'ai jamais voulu bosser car je me considérais comme trop intelligent pour aller étudier avec les autres boeufs. C'est vrai que j'avais papa et maman derrière moi financièrement, donc tout roulait. Et puis un jour, il a fallu aller travailler et là, je me suis retrouvé à faire des boulots que je ne supportais pas, donc j'étais constamment en absentéisme. Je suis devenu fainéant par lâcheté. J'ai repris mes études lors de ma première abstinence.

Ce qui est fou, c'est que du jour où j'ai réussi à en parler, la honte est partie d'elle-même. La fainéantise aussi. Et qu'aujourd'hui, j'adore le travail....Et le repos aussi. Quand je dis aux gens que la parole guérit de tout, j'aimerais vraiment qu'on me croit.


-Monsieur Vincent, on va s'arrêter là pour aujourd'hui.
-Je voudrais vous dire une dernière chose. Je ne viens pas dans votre cabinet chercher des responsables à mon alcoolisme. C'est moi qui tenait la bouteille, personne d'autre. Mais je viens essayer de comprendre comment j'en suis arrivé là. Par quel mécanismes de défense?
-Très bien. On se voit mardi prochain.
-Parfait.
-Bonne journée et au revoir.
-A vous aussi. Au revoir.

Ma psychothérapie va durer un an environ avec Nathalie. Grâce à cela, je vais pouvoir arrêter de chercher des coupables. Mais plutôt trouver des solutions. La différence est énorme quand on attaque une psychothérapie. Merci à vous Nathalie. Merci!


14h30

Je quitte la pièce, dit au revoir à la standardiste en passant dans le hall d'accueil.

Je descends les escaliers. Qu'est-ce qu'ils sont beaux ces escaliers, le bois est magnifique. Tellement noble! Les senteurs sont délicieuses!!! Tiens, y a de la lumière, je n'avais pas vu! Bizarre, non?

Je sors rue Morand, et je cours chez mon frère rue Cusenier. Non pour fuir comme tout à l'heure, mais pour vivre! Je suis libre et apaisé.

Dernière modification par Vincentb 04/05/2013 à 17h52.
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