Cher docteur Lucas,
Je crois comprendre que si polémique il y a, celle-ci prend source aux sein de quelques malentendus.
Tout d’abord, permettez moi de me présenter : je suis un jeune anesthésiste (35 ans) exerçant en province. Lisant et commentant les blogs médicaux depuis presque deux ans maintenant, je me plie à l’exercice ainsi qu’à l’utilisation de Twitter depuis peu. Même sous couvert d’anonymat et à l’instar de ma vie extra-professionnelle, je suis et reste médecin en toutes circonstances. J’ai prêté serment et juré de respecter le code de déontologie médicale. Mes rapports à l’instance ordinale sont des plus cordiaux. Croyez-le ou non, le respect de la déontologie médicale ainsi que le principe de confraternité sont pour moi une préoccupation de tous les jours. il m’est régulièrement arrivé, notamment sur le blog d’une célèbre confrère, d’émettre des avis dans ce sens quand les propos tenus me semblaient à la limite du raisonnable.
Vous aurez probablement la surprise de constater que je fréquente régulièrement le site du CNOM pour m’informer des différentes prises de position de l’Ordre sur les sujets d’actualité, doublée du fait que je partage volontiers la plupart des prises de position de l’instance ordinale sur de nombreux points.
Notamment sur ce qu’il est convenu d’appeler la "télé-médecine", dont les tenants et aboutissants sont clairement détaillés dans le document PDF soumis plus haut. Il est également exact de signaler que le CNOM a mis en ligne ce texte sur son site, à la rubrique "e-santé", dans le sous-menu "déontologie sur le web" et sous l’appellation "livre blanc Déontologie sur le web". Vous en conviendrez peut-être, l’accessibilité de ce document me semble difficile et en contradiction avec les principes de visibilité immédiate (sur la page d’accueil) qu’il préconise. Mais ceci est un point de détail, je vous l’accorde.
Mon désaccord personnel concerne les réseaux sociaux et plus particulièrement de microblogging. Je ne conteste aucunement le pouvoir de l’Ordre à édicter des principes d’utilisation dès lors que ceux-ci concernent des médecins. Le Code de Santé Publique l’y autorise, comme vous le précisez à juste titre. Ce qui me parait problématique, c’est que toute labellisation, a fortiori par une institution fatalement non légitime aux yeux de la communauté virtuelle (très prompte à réagir lorsqu’il s’agit de préserver sa liberté d’expression) engendre facilement une mise à distance de l’acteur concerné par le reste de la société numérique. Le médecin concerné peut craindre de perdre la proximité, la confiance fragile de l’interlocuteur qui ne parlerait pas aussi librement à un représentant de "l’institution" médicale.
Détruire cette possibilité de préservation du lien avec le patient potentiel me parait regrettable. Le médecin noyé "dans la masse" numérique me semble aussi utile à sa propre communauté que le médecin réel. A mon avis donc, le blogging anonyme même aux yeux du Conseil doit avoir sa place. Je peux me tromper, nous verrons cela à l’épreuve du feu.
Confraternellement, Docteur Lucas (si tant est qu’il s’agit réellement de vous, car après tout rien ne me le prouve)
John Snow