Bonjour et merci de débattre de ce sujet difficile.
Pendant longtemps, j’ai communiqué sans élever le ton, comme ici http://www.mmt-fr.org/article108.html - sans grand succès. Pendant ce temps, les urologues employaient une agence de communication professionnelles, jouaient sur l’angoisse des épouses, et consacraient des sommes considérables à la promotion du dépistage.
Je me suis adapté en 2008 avec le slogan "Touche pas à ma prostate" qui a enfin fait mouche. Pourtant, depuis 1998, la HAS répétait inlassablement que l’intérêt du dépistage n’était pas établi. J’ai en effet détourné une affiche de l’AFU, mais bon, l’humour est l’arme des pauvres. Cymès m’a bien traité au Grand Journal "d’Ayatollah de la santé publique".
Vous avez raison de dire que rien n’est jamais définitif en matière de science, mais dans le cas précis, c’est pourtant le cas. Les urologues ayant généralisé le dépistage avant son évaluation, il sera désormais impossible de lancer de nouvelles études. Le dépistage par PSA est définitivement enterré. Je souhaite comme vous que l’on trouve un jour un test efficace pour dépister les cancers agressifs, c’est sur ce point que le débat n’est pas définitif.
La réflexion de l’USPSTF, d’un haut niveau scientifique, tient compte des toutes dernières études. Comme la HAS et l’USPSTF, je ne partage pas votre point de vue à leur sujet. Elles ne peuvent emporter la conviction.
J’aimerais comprendre un jour pourquoi la France s’est révélée incapable de fournir des données utilisables dans le cadre de l’étude européenne ERSPC qui est pourtant régulièrement brandie par les urologues français. Si vous avez la réponse, ça m’intéresse. J’attends aussi avec impatience les données de qualité de vie de cette étude qui tardent à être publiées.
Pour ce qui est des sociétés savantes qui ne recommandent pas ce dépistage :
American Cancer Society
Collège de Médecine Générale Français
Collaboration Cochrane
Royal College of Australian Practitioners
La liste n’est pas exhaustive.
Vous soulevez le fait qu’il n’y a guère que les associations d’urologues qui défendent ce dépistage. Certains de mes confrères y voient une attitude mercantile liée au fait que ce dépistage et la chirurgie qui lui fait suite correspondent à une part significative du chiffre d’affaire des urologues. Je m’inscris en faux contre cette vision réductrice et anticonfraternelle de la polémique. Pour avoir débattu avec mes correspondants urologues, je sais qu’ils sont sincères et que leur seule préoccupation est la santé de leurs patients.
En fait, vous donnez l’explication par votre question finale : combien vois-je de cancers de la prostate dans une année ? la réponse est peu, j’en vois très peu. J’en vois peu car ce cancer est tout de même rare, et que l’âge du décès, 80 ans en moyenne, rend ce dernier le plus souvent moins dramatique que des cancers du poumon ou les tumeurs cérébrales du jeune retraité.
Au contraire, les urologues voient et soignent de nombreux cancers de la prostate, ce qui biaise leur vision de la maladie. Ils sont confrontés au drame des hommes de 60, voire 50 ans, dont la maladie est révélée par des métastases. Là où un généraliste ne sera confronté qu’à un ou deux diagnostic de ce type dans sa carrière, un urologue en voit plusieurs tous les ans.
Au travers de son activité, l’urologue se persuade que le cancer de la prostate est un problème d’une grande fréquence, et comme c’est un chirurgien, il rêve de pouvoir l’extirper précocement pour éviter le drame des métastases. Il veut tellement bien faire, qu’il en oublie d’évaluer son activité. Il peut même rester aveugle devant l’évidence : son activité de dépistage est globalement néfaste pour ses patients.
Si j’étais urologue, je serais peut-être victime du même biais cognitif. Je ne veux pas faire le procès des urologues, mais j’aimerais qu’ils arrêtent de mutiler mes patients. Car si vous soignez plus de cancers de la prostate que moi, c’est moi qui suit les victimes de la chirurgie qui ne vont plus vous voir. Leur vie est brisée par l’impuissance ou surtout par l’incontinence, et les suicides de sont pas rares.
Quelle que soit la sincérité de votre motivation, il faut que vous preniez acte de la réalité scientifique et que vous mettiez fin à ce "désastre de santé publique", comme le qualifie le découvreur des PSA Richard (...)